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Etude des mobilités dans le Triangle Marnais pour SNCF-TE : le défi du porte-à-porte !

Pourquoi les habitants et les actifs évoluant dans le Triangle Marnais délaissent-ils le train dans leurs déplacements quotidiens ? Dans quelle mesure le TER pourrait-il être plus investi par les usagers en mobilité ? Quels sont les leviers d'amélioration de l'offre ?

Dans un contexte de faible pénétration du TER, les AOT du périmètre borné par Reims, Châlons et Epernay ainsi que SNCF s'interrogent sur l'amélioration de sa fréquentation. Une meilleure compréhension des usages et des arbitrages est le principal bénéfice recherché, notamment afin de prendre des dispositions facilitant les pratiques porte à porte. Ces problématiques ont fait l'objet d'une étude commanditée par SNCF-TER Région Champagne-Ardenne et menée par les cabinets Chronos et Sereho à l'automne 2015.

Une démarche pour rendre attractives les propositions des transports publics

Cette étude s'inscrit dans le contexte d'amélioration de l'offre "fer" de SNCF. Elle a pour objectifs de :

Mieux comprendre les habitudes et besoins de mobilité des habitants du Triangle Marnais,

Disposer d'éléments objectifs pour renforcer les parts de marché du transport collectif et plus particulièrement du TER.

Pour mesurer les freins et leviers de l'usage des trois lignes de train parcourant le territoire, nous avons dépassé la focale "train" pour élargir la vision au déplacement "porte-à-porte" des individus (trajet domicile travail...). Pour ce faire, une démarche qualitative a précédé une enquête terrain sur 1.000 résidents du Triangle Marnais.

Concernant la méthodologie qualitative, deux focus groupes ont été menés, d'un côté avec des usagers du TER, de l'autre avec des non-usagers, afin de commenter leurs pratiques des différents modes de déplacement et de confirmer ou de compléter les hypothèses de travail.

Un questionnaire a ensuite été adressé à un échantillon de 1.000 personnes, dont 513 de manière approfondie (les répondants ont retracé leur parcours de la journée précédente).

Etaient ici interrogés :

  • les pratiques usuelles des différents modes,
  • l'identification du « mode principal » (une seule réponse possible),
  • les perceptions, les comportements, les attentes, les habitudes en matière de mobilité,
  • les signalétiques classiques de l'individu et du ménage,
  • les équipements automobiles du ménage.

Constats : une voiture incontournable et une offre de train perfectible

L'analyse des focus groupes et les résultats du questionnaire ont permis d'identifier trois grandes causes d'un usage réduit des TER dans le Triangle Marnais.

La plus importante est l'identification d'une demande de "porte-à-porte", à laquelle le TER ne saurait évidemment pleinement satisfaire, mais pour laquelle elle joue déjà le rôle d'un jalon essentiel qu'elle pourrait compléter en hébergeant des offres complémentaires en amont et en aval.

Ensuite, la nécessité de la voiture se renforce, notamment dans le cadre des déplacements quotidiens routiniers dont elle constitue quasi systématiquement le socle. La majorité des personnes interrogées souhaiterait une intégration celle-ci à l'offre ferroviaire, en proposant par exemple des stations de covoiturage dans toutes les gares et des parkings gratuits à proximité pour inciter au report modal et amplifier l'usage du TER. Assez logiquement, la voiture reste le mode de transport le plus "facile" sur le territoire considéré. Cette réalité est loin d'être une exception en France.

Enfin, les usagers pointent des incompréhensions dans la lecture de l'offre de trains et des inadéquations avec leurs besoins. Carences en communication, faiblesse de l'offre (en termes de fréquence notamment), coût du transport jugé élevé au regard d'autres tarifs SNCF, difficulté à intégrer le TER dans un parcours quotidien global, sont autant de freins à l'usage du train.

Chronos a proposé dans ses analyses un indicateur d'agilité (croisant la fréquence d'utilisation des modes de transports et leur variété) et une typologie des divers usagers afin de faire émerger des cibles stratégiques pour le réseau ferré.

Des leviers d'amélioration pour rendre l'offre TER plus attractive

Les individus évoluent dans un "système de mobilité", qui intègre les intermodalités (voiture, train, bus, car, vélo, marche, etc.) puisqu'il s'agit de prendre en compte le parcours domicile-travail dans sa globalité. Ce "système de mobilité" les amène à prendre en compte quatre facteurs, qu'ils essaient de maîtriser au mieux :

  • temps (vitesse, durée, plage horaire, fréquence)
  • parcours (trajet origine-destination / intermodalité)
  • budget (coût, perception)
  • service de mobilité, à la mobilité, dans la mobilité

La difficulté de pénétration du TER provient essentiellement de la difficile équation induite par ces arbitrages quotidiens. Ces facteurs constituent en revanche autant de leviers que SNCF pourrait activer pour rendre son offre plus attractive aux yeux des usagers, en prenant par ailleurs pour coeur de cible de sa clientèle les individus "multimodaux" considérés comme les plus agiles, et à même de faire évoluer rapidement leur usage des modes de transport.

L'inter et la multimodalité doivent orienter l'offre de transports dans le Triangle Marnais, en faisant en sorte d'intégrer la voiture dans un système de mobilité globale, dans une logique "gagnant-gagnant" entre usagers, territoires et autorité organisatrices des transports.

Cette étude évoque in fine une nouvelle appréhension du rapport train/voiture. Non plus concentrée sur une opposition, l'étude encourage à questionner un train au service de l'automobile. Si le discours peut sembler provocant, il mérite toute de même d'être discuté dans les territoires ou le report modal reste limité et où la voiture reste le mode de transport le plus efficient pour la population.

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