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Penser la ville avant la voiture

La ville comme la mobilité ne doivent plus être façonnées par l'automobile mais par un projet de société.

Le guépard a encore une fois raison : «il faut que tout change pour que rien ne change». Qu'elle soit électrique, à la demande, en partage ou autonome, la voiture maintient sa domination - 80% des distances parcourues en France - et son cortège d'aberrations. 95% des voitures particulières ne transportent que leur conducteur. 95% du temps de vie d’une voiture et un tiers de son temps de circulation en ville sont consacrés au stationnement. La voiture a fabriqué une ville menacée de thrombose, de pollution, de temps perdus. Saura t-on un jour retrouver la fluidité dans les villes ?

Si 66% des français estiment la voiture incontournable, ils sont néanmoins prêts à changer de modèle. La voiture recule dans les cœurs métropolitains mais poursuit sa conquête ailleurs. Pour trois raisons: des usagers captifs pour la plupart, un modèle économique triomphant et un faible consensus politique. La ville, le territoire et le quotidien des usagers sont façonnés par un siècle d'automobile. Il faut avant tout penser la ville que nous voulons. Alors seulement la voiture archaïque s’effondrera pour laisser la place à une voiture autrement, au sein d’un système de mobilité radicalement différent.

Avec le modèle «business as usual», rien ne change. Une offre en perpétuelle croissance satisfait une demande qui persiste à croître. Les plateformes numériques améliorent le taux d’occupation et d’utilisation des voitures. Mais par la baisse des coûts, elles entrainent aussi une hausse de la demande. La mobilité à la demande attaque la domination de la voiture par la combinaison de modes accessibles en centre ville, mais ignore les «déserts de la mobilité». Ce modèle hanté par la croissance masque les exigences d’urbanité, les injonctions du climat et repousse plus loin les gisements solvables de l’habitat. Le cercle vicieux du délitement urbain et des tensions s'accentue.

Inventons ! Martelons que les solutions de mobilité ne sauraient se cantonner aux transports. Une réflexion s'impose sur la forme urbaine, sa densification, les polarités de promimité pour éviter de longs parcours et maîtriser l’étalement urbain. Le quotidien à distance – le télétravail, la télésanté - accompagnera ce mouvement. La ville ne doit pas être le résultat de ses mobilités et d'un océan de voitures. C’est précisément l’inverse que chacun attend.

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