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Les enjeux de l'urbanisme aujourd'hui, ses processus de production et les responsabilités de ses acteurs offrent une nouvelle vision de la ville.
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Urbanistes. D'autres manières de faire

Note de lecture de l'ouvrage Profession Urbaniste , collectif sous la direction de Jean-Yves Chapuis.

Jean-Yves Chapuy, infatigable défricheur de l'urbanisme, réunit chercheurs, consultants, programmistes, urbanistes, spécialistes de l'immobilier, du développement durable, architectes... pour une réflexion partagée sur les enjeux de l'urbanisme aujourd'hui, de ses processus de production et sur les responsabilités de ses acteurs. Beaucoup* parleront de leur métier pour poser ces enjeux, d'autres d'une nouvelle vision de la ville à promouvoir ou de cas d'étude et d'expérience de travail.

Cet ouvrage collectif propose de multiples "aspérités" pour souligner des manières inédites de faire la ville, plus transversales et ouvertes que celles qui régissent encore une conception et une réalisation institutionnalisées de projets urbains.

Editions de l'Aube, février 2015

 

Pour une autre ingénierie urbaine

Tous ces acteurs de l'urbain plaident pour une autre ingénierie urbaine : " Ni la planification urbaine des ingénieurs, ni les projets urbains des urbanistes architectes ne suffisent à faire la ville ".

  • Une manière de faire dans laquelle les élus se mobiliseraient et placeraient l'urbain dans le cadre de la question sociale et des évolutions sociétales (la séniorisation, la délocalisation du travail, une autre logique des temps... il aurait sans doute fallu intégrer le bien commun à l'honneur lors du dernier congrès de la Fnau).
  • Une manière de faire qui se nourrirait des sciences sociales : objet-écosystème en constante mutation. Soulevant au passage la question : " Comment introduire ce mouvement dans les démarches urbaines et l'organisation des services ? ".
  • Une manière de travailler entre les acteurs de la ville, experts, élus, citoyens, où les savoirs accepteraient d'autres regards, où les visions et les expertises se frotteraient de manière constructive, où les champs de compétence ne seraient plus des prés carrés, cernés des miradors de certitudes. A cet égard, l'irruption du numérique représenterait une considérable opportunité avec les usagers (Alain Renk).

Là résiderait en quelque sorte les moteur de l'actuelle ingénierie urbaine.

Pour conclure, l'auteur pose quelques pistes et questions, manière de consolider ce propos :

  • La socialisation des chercheurs et des gens de l'action, et leurs dialogues nécessaires à chaque étape des projets.
  • Une continuité de l'action, au-delà du livrable, pour actualise en permanence les programmes au gré des modes de vie.
  • La place de communautés éphémères, entre recherche et action, hors du contexte professionnel, pour favoriser des lieux qui innovent  (on peut aussi penser aux modes de conception innovants, et au design thinking notamment).
  • Quelle(s) organisation(s) pour les délégations des politiques, noyées dans un éparpillement de responsabilités ?
  • Enfin, l'urbanisme du lien, ça existe ! Il implique une dimension fonctionnelle mais aussi sensorielle, esthétique et éthique (nous plaiderons aussi pour la dimension sociale). "La ville doit être commoditas , certes, mais aussi voluptas. " On ne le dira jamais assez.

Morceaux choisis d'une sélection des 22 textes

Pascal PICQ ( paléonanthropologue )

Le pitch : la question de l'imaginaire : une ville ne peut exister sans mythe fondateur, ni vision partagée.

L'anthropologue de rappeler l'importance d'impliquer ses pairs (" trop souvent oubliés car pensés hors de la ville ") dans la fabrique de la ville. Son analyse : " Les villes de demain seront celles qui auront su installer les possibilités de création de réseaux capables de s'approprier la ville et de favoriser des communautés impensées . (...) Faire que la ville soit une communauté écologique capable de toutes les co-évolutions ."

J.-M. OFFNER ( chercheur et directeur d'une agence d'urbanisme )

Le pitch : Auteur d'une formule lucide et cruelle dans une tribune du Monde " Notre cerveau spatial s'est figé ", l'urbaniste plaide pour la mobilité comme projet de société. " Mobilités : quand la ville bouge ... entre lieux et liens. "

J.-M.Offner veut convaincre l'action publique (et les architectes urbanistes bâtisseurs) que " la société est réorganisée par la vie mobile et la ville en mouvement (...). La société est notre façon d'être en relative avec les autres; notre manière d'habiter le monde. " Les politiques de mobilité, souligne-t-il, portent un enjeu de société urbaine et de citoyenneté à trois égards au moins :

  • La mobilité fabrique des appartenances territoriales (être dans telle zone et bénéficier d'un prix unique pour s'y déplacer, mais aussi être sur une même ligne de transport...).
  • La mobilité agence le proche et le lointain (en distinguant le paradoxe d'un lointain, mieux connecté).
  • Les lieux de la mobilité sont des lieux nécessaires de frottement dans l'espace public.

Et de mettre en garde contre la facilité du grand projet (le tramway ici, mais on pourrait aussi penser à la grande gare qui réglerait tous les problèmes de connexion). Il insiste sur la focalisation des politiques de transport, bref sur l'offre qui s'opère au détriment des outils de gestion de la demande (s'il met en avant tout ici les outils techniques de transport comme la tarification, les PDE... il ne pas va jusqu'à la source, le pourquoi : le binôme travail-habitat, la consommation, etc.).

Christiane CHABOT ( photographe ) & Robert PROST ( ingénieur-architecte )

Le pitch : la ville sensible : " cette part (...), bien que personnelle, est néanmoins essentielle pour fertiliser la conception de chaque projet ". Émotions, couleurs, bruits, instants capturés.

" Comment introduire ces exigences du sensible, et surtout comment les concrétiser (...)". Les projets urbains, de la place du quartier aux grands territoires, s'inscriraient ainsi dans un ancrage collectif, créatif, ouvert sur les sensations et les différents, décalé, convivial, émancipatoire.

Alain RENK ( architecte-urbaniste)

Le pitch : la ville numérique procédant des usagers ou du moins de leur écoute sensible, submergera la smart city des industriels, outil marketing autour d'une ville optimisée par la technique et la croissance sans fin des services associés, payants et donc exclusifs.

Pour nous qui militons pour la conquête des maîtrises d'usage, ce propos est neuf et nécessaire. Dans le contexte de manque d'échanges et de confiance entre élus, experts et citoyens, le numérique monte en puissance et impulse un désir d'implication. De fait, les opportunités de connexions ainsi créées changent radicalement le jeu d'acteurs, propulsant l'usager sur le devant de la scène. L'opportunité de participation active des individus-acteurs par les outils numériques est une perspective clé. Cette vision a logiquement trouvé son incarnation, depuis la sortie de l'ouvrage, par le concept de "wikibuilding", assez décapant (voir le site et une tribune ), favorisant le développement d'outils numériques collaboratifs autour de projets d'urbanisme.

Économie du partage, nouveaux acteurs de la ville qui n'en étaient pas jusqu'ici, évolution des formes de travail, partage de milliards de données en ligne instantanée... tous les signes sont là explique Renk, dont les élus et experts doivent s'emparer pour repenser leur manière de penser la ville. Selon Renk, "l 'impact du numérique commence à produire des basculements considérables au sein des disciplines de l'urbanisme et de l'architecture en introduisant des procédures collaboratives et d'intelligence collective ".

Et encore...

Vincent Guillaudeux ( TMO régions )

Le pitch : sortir du discours récurrent de l'excellence environnementale ou sociale, désincarné, injonctif, éloigné des réalités et réinvestir les imaginaires, l'histoire, la culture, les relations sociales.

Véronique Granger ( programmiste ) ; Bruno Lhoste ( bureau d'études en développement durable ) ; Gwenaëlle d'Aboville ( urbaniste spécialiste en concertation publique ) ;

Le pitch : l'importance du partage des savoirs et notamment avec les citoyens, dont il faut absolument repositionner la relation pour les sortir de leur rôle passif d'habitants.

Marion Talagrand ( paysagiste et urbaniste ) ; Alfred Peter ( paysagiste )

Le pitch : sur les opportunités de recomposition des grands territoires dans lesquels s'effacent la dichotomie ville / nature. Sur la ville multiple. L'urbanisme du lien et la réalisation de lieux qui font liens et sens.

Et d'autres ... !

*Jean-Yves Chapuis a rassemblé les contributions de Gwenaëlle d Aboville, Alain Bourdin, Alexandre Bouton, François Bruant, Damien Caudron, Christiane Chabot, François Decoster, Laure Girodet, Véronique Granger, Vincent Guillaudeux, Corinne Jaquand, Pascale Legué, Christian Le Petit, Bruno Lhoste, Laurent Mouret, Patrice Noisette, Jean-Marc Offner, Alfred Peter, Pascal Picq, Robert Prost, Alain Renk, François Rouault, Marion Talagrand, Éric Tocquer et Philippe Vincent.

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