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Pour éviter de faire du vieillissement un facteur d'exclusion sociale, il convient de reconsidérer notre perception. Retour sur la conférence UP Campus.
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Penser le vieillissement au delà des clichés ...

Les vieux, les seniors, les inactifs, le troisième âge, la silver generation, les personnes âgées, les retraités... Le segment de la population désigné par ces termes recouvre des réalités sociales et économiques très hétérogènes. Le critère de l'âge, et notamment le seuil des "60 ans et plus", ne permet plus de définir un ensemble de personnes qui auraient des besoins et des comportements similaires. Lors de la conférence "Alors les vieux ? Cap ou pas cap ?" (UP Campus) , Serge Guerin, sociologue et auteur de Silver Generation, 10 idées reçues à combattre à propos des Seniors (Michalon, 2015) et Annie de Vivie, fondatrice des magazines d'information sur le bien vieillir Agevillage et Agevillagepro , sont revenus sur des préjugés souvent formulés à propos de cette génération. Pour éviter de faire de l'âge de la maturité un facteur d'exclusion sociale, argumentent-ils, il convient de reconsidérer notre perception du vieillissement.

Au 1er janvier 2016, les plus de 60 ans représentaient 25,5 % de la population française contre 12,7 % en 1901. D'après l'INSEE, ils seront 31,9 % de la population française en 2050. Les seniors ne constituent plus une faible minorité en marge de la population mais bientôt un tiers de la population française.

Ce tiers de la population, soit près de 17 millions de personnes, est souvent qualifié d'inactif ou d'improductif. C'est sur ce premier préjugé, qui explique en partie les inquiétudes face au vieillissement de la population, qu'a souhaité revenir Serge Guerin. En effet, les plus de 60 ans sont indispensables au secteur associatif (26 % des bénévoles associatifs ont plus de 65 ans) et ils jouent un rôle majeur sur le plan politique local (en 2010, 42 % des maires avaient plus de 60 ans). Les seniors contribuent également fortement à la solidarité sociale. 50 % d'entre eux accompagnent un parent ou un conjoint en situation de fragilité.

La perte d'autonomie est un enjeu certes réel mais qui tend à réduire les personnes âgées à des sujets diminués. Or, il ne faut pas oublier que le vieillissement de la population est dû à un allongement de l'espérance de vie. Aujourd'hui, en France, nous restons vieux pendant près de 20 ans, voire 25 ans pour les femmes. Le cap des 60 ans n'est pas synonyme de dépendance. D'ailleurs, en 2040, le ministère de la santé estime que la France pourrait compter entre 1,7 et 2,2 millions de personnes âgées dépendantes. Soit moins de 10 % des personnes de plus de 60 ans en France.

Aussi, Annie de Vivie interroge la notion même d'autonomie : Que signifie être autonome ? Du grec « autos »  qui signifie « soi-même » et « nomos », la loi, la règle, l'autonomie est la capacité à définir sa propre loi. De ce point de vue, l'être humain est capable, jusqu'au bout de sa vie, d'exprimer ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas. Selon cette acception, l'autonomie n'est pas réductible à l'autonomie physique et à la productivité d'un individu dans la société. Au-delà des situations de dépendance et de vulnérabilité, l'enjeu est de reconnaître aux personnes âgées, la capacité d'exprimer des choix là où la tentation est d'uniformiser les parcours de fin de vie par la mise en institution comme seul mode de gestion de la dépendance.

Enfin, le dernier préjugé déconstruit par les deux intervenants concerne le niveau de vie des personnes âgées : les vieux seraient riches. En effet, pour les entreprises notamment, les seniors sont souvent considérés comme des prospects idéaux : propriétaires libérés de leurs emprunts, parents d'adultes autonomes qui s'assument financièrement, en bref des cibles riches et captives. Cette vision ne correspond pas à la situation de la majorité des personnes âgées. En effet, la pension moyenne de retraite s'élève à 1.306 euros bruts mensuels en 2015, soit moins de 100 euros que le SMIC mensuel brut.

Ces préjugés sur les plus de 60 ans tendent à accroître leur marginalisation, déjà bien réelle. En effet, de toutes les générations, celle des seniors est la plus impactée par l'isolement en France. L'étude de la Fondation de France montrait qu'en 2014 une personne de plus de 75 ans sur quatre était en situation d'isolement. L'âge et la retraite désocialisent une part croissante de la population. L'enjeu actuel est de décrypter la diversité des situations au sein des seniors, à la fois pour mieux répondre à leurs besoins, mais aussi pour capitaliser sur cette génération qui contribue largement à l'utilité et à la solidarité sociales. Révolution démographique et révolution sociale vont de pair.

Depuis son intégration au Groupe SOS, les thématiques instruites par Chronos s'enrichissent et s'orientent notamment vers la santé, l'habitat social et le vieillissement de la population. Chronos a ainsi contribué à la définition des besoins et à la définition de l'offre du projet Seniors CONNECT+ . Ce projet lancé par le Groupe SOS Seniors et la CARSAT Alsace Moselle, vise à faire des établissements de santé des plateformes de coordinations des services à domicile, permettant aux personnes âgées de retarder, d'améliorer voire d'éviter l'entrée en établissement spécialisé tout en assurant une prise en charge complète, à coût raisonné.

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