Après le forum "Habiter en partage" premier événement du Lab Chronos x OuiShare, Bruno et Léa Marzloff reviennent sur le diptyque habitat et mobilités.
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Les infinies variantes du couple Habiter + Mobilités

Au lendemain du forum "Habiter en partage", premier évènement du Lab Chronos x OuiShare , Bruno et Léa Marzloff reviennent sur ce diptyque passionnant de l'habitat et du déplacement. Pour accéder au compte-rendu de l'évènement et pour télécharger le dossier de prospective du présent Habiter + Mobilité, rendez-vous ici : demainhabiterenpartage.com .

Le dossier " Habiter + Mobilités. Tendances et scénarios pour de nouvelles urbanités ", actualise un sujet vieux comme le monde, la maîtrise du quotidien, de son aire de vie et des activités que l'usager y déploie. Chronos a entrepris de l'éclairer à sa main, dans un exercice pluridisciplinaire qui élargit encore la focale, déjà très ouverte, des mobilités ; et en même temps dans une démarche de prospective qui teste des visions de ce couple paradoxal (Habiter/Bouger).

La mise à jour s'imposait tant les pratiques, les valeurs et les contraintes se bouleversent, tant les équilibres entre les deux termes se recomposent et tant le génie des hommes ne connaît pas de limites. Aussi quelles pistes prospectives fructueuses pour la fabrique de nos villes et territoires peut-on produire en pensant l'habiter à travers la mobilité ou en mobilité ?

Dans ce dossier de prospective, Chronos s'appuie sur l'analyse de tendances émergentes dans le domaine de l'habiter pour proposer six scénarios de services de proximité. Habitat groupé, serviciel, multifonctionnel, connecté, économe et léger viennent ainsi nourrir des fictions autour de packs de mobilité en partage, de navettes autonomes de quartier, de régie de données ou encore de plateformes de services mobiles.

Les lecteurs y trouveront des clés pour décrypter le présent et se projeter dans les usages et métiers qui s'ouvrent lorsqu'on pense le couple habiter + mobilités.

L'HABITAT EN PARTAGE. Comment la proximité favorise une mobilité apaisée ?

Une récente enquête ObSoCo - Chronos ( "Observatoire des Mobilités émergentes" / Saison 2 ) révèle que la marche est un "mode de transport" pour 78 % des Français (99 % à Paris !). Son énorme solde d'évolution (écart entre ceux qui déclarent une pratique plus intense et moins intense) signe la consolidation de la proximité comme valeur. Ce solde positif de 13 % en moyenne France (... et de +37 % à Paris) n'était que de +5 % lors de la précédente enquête. L'accélération puissante de la marche confirme que la proximité contribue à une mobilité apaisée, sans pour autant se confondre avec le repli sur soi. La proximité s'érige alors en valeur et en mode de vie. A Detroit, un appel à projets pense les quartiers en accessibilité à 20' à pied. L'idée mûrissait depuis que l'application Walkscore a envahi les métropoles américaines. L'accessibilité aux ressources urbaines en marche ou vélo devient un principe d'architecture de la ville. Mais la proximité est aussi un élément de refondation des urbanités par les partages qu'elle favorise, et un principe vertueux quand il encourage les circuits courts. D'où, dans ce premier chapitre "L'habitat en partage", deux visions utopiques qui n'attendent que leurs promoteurs pour s'épanouir : "des packs de mobilité partagée pour des habitats groupés" et "TokTok, des plateformes de services en commun et mobiles." Servez-vous !

Piste prospective : Tok Tok Tok, un portail numérique et un réseau de camionnettes modulables qui parcourent des bassins de vie pour proposer des services de proximité. DPP 2016.

L'HABITER AGILE ET SERVICIEL. Comment les lieux en réseaux refondent les mobilités ?

Avec l'avènement de lieux multifonctionnels, le dogme de l'urbanisme fonctionnel indissolublement relié à la voiture personnelle s'efface. L'habitat se saisit aussi de cette hybridation des fonctions quand l'habiter ne se confond plus avec le logement mais permet aussi de travailler, de passer ses commandes, de prolonger les sociabilités ... Cette multifonctionnalité, c'est "le flexible" et "l'agile" face au fordisme, c'est l'adaptabilibilité comme élément d'urbanité ou la résilience comme principe urbain. L'individu et l'habitat connectés soutiennent cette tendance et refondent la productivité sur de nouvelles bases.

Le second chapitre, "L'habiter agile et serviciel" explore la capacité des usagers à se saisir du numérique pour inventer d'autres manières de faire. Multifonctionnalité et multiactivité sont à l'oeuvre, se répondent et organisent autrement l'espace pour s'y mouvoir de manière plus économe. Le travail dispersé se pose aussi au domicile, puisqu'il interpelle partout le travailleur. Cette labilité fait exploser l'inertie d'une extension du bassin de vie à une géographie étendue que permet l'automobile. La logique de connexion digitale confirme l'évolution des valeurs : du lointain au proche, du personnel aux partages et du bâti au service. Les modèles d'affaire s'empressent de suivre cette tendance et le dossier l'illustre avec Nexity (un parc de logements connectés à Paris), avec Orange (les balises GPS du réseau LoRa) ou avec Bouygues Immobilier (Flexom régule les flux des bâtiments : chauffage, lumière, énergie...). Là encore deux fictions sont rédigées pour éprouver les intensifications fonctionnelles des lieux. D'une part "des navettes autonomes et partagées pour résoudre les congestions croissantes du dernier kilomètre". D'autre part, pour que le big data se mette aussi au service de l'immobilier, "une régie de donnée de quartier pour intensifier les pratiques de proximité". Dans ce scénario, l'intelligence collective émerge de contributions des usagers des collectivités et des entreprises à la bourse locale de data. La régie sert alors de socle à un bouquet de services pour lequel tout reste encore à imaginer.

L'HABITER RÉSILIENT. Comment favoriser les accessibilités depuis nos multiples lieux de vie ?

Poursuivant dans cet élan, le dossier "Habiter + Mobilité" surfe sur des inspirations déjà nombreuses ici et là pour forger un "Habiter résilient", dernier chapitre de cette investigation prospective. L'idée maîtresse est d'asservir les technologies aux maîtrises d'usage du territoire, transformant selon le chercheur catalan, Francesco Munez l'habitant en "territoriant", l'habitat s'inscrit dans un espace plus vaste qu'il maîtrise. Michel Serres avait ouvert la voie en parlant du "territoire du 06" (celui ouvert par le mobile) qui implique un paradigme élargi et complexe. Dépassant la performance énergétique du bâtiment, la rupture est de penser en système logement et mobilité. Mettre à profit la connaissance que la machine détient sur nos écosystèmes renvoie à une première fiction d'un accompagnement personnalisé. Le chapitre évoque entre autres la technologie blockchain au service d'un réseau local d'énergie résilient (Brooklyn Microgrid) ou l'habitat social en transition (Calvados Habitat) où les solutions techniques classiques sont dépassées pour ouvrir des horizons innovants. La dernière fiction s'ouvre à une actualité à laquelle le sujet ne peut se soustraire : les réfugiés ont parmi leurs infinies difficultés, celle très prosaïque de se loger. Nous apportons notre contribution là où d'autres ont déjà innové mais avec une approche singulière d'urbanité : "faire naître un quartier avec la contribution des résidents, quelle que soit leur durée de séjour".

Parmi les tendances, le dossier explore les effervescences des habitats épurés, miniatures, légers ..., avec des exemples puisés au Royaume-Uni (Inhabitat), aux Pays-Bas (Nijmeger) et aux Etats-Unis (Spur, première ville "Tiny house friendly"). Cela nous amène à déborder notre sujet pour rebondir sur une Galerie d'exposition virtuelle d'art contemporain dédiée aux modes de vie actuels qui prolongent nos propres questionnements mais aussi ceux soulevés par le programme de recherche du Forum Vies Mobiles (le Think Tank de la mobilité soutenu par SNCF) qui lance Artistic Lab , sur la mobilité et les modes de vie. Nous retenons particulièrement l'exposition "Néo-nomades, un mode de vie du futur ?", du photographe Ferjeux van der Stigghel. Hors des réseaux postfordistes, comment des gens du voyage se saisissent des contingences de l'habitat ? Comment "une culture partagée de l'habitat mobile constitue un 'commun' ?" pour reprendre l'expression de l'économiste Arnaud Lemarchand commentant ce magnifique reportage photos. L'exercice ouvre encore d'autres horizons. Il ne faut surtout pas se priver d'enrichir encore et toujours les visions de ce couple inéluctable et mutant "Habiter+Mobilités".

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