Zoom sur les outils qui informent sur les pics de pollution en temps réel en Chine véritables bases de données ouvertes de la qualité de l'air dans les villes.
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Information et prévention en open source pour lutter contre la pollution : rencontre avec le fondateur d'Air Visual.

De Beijing à Wuhan, la pollution est devenue une habitude pour les urbains chinois. La capitale chinoise connaît régulièrement des pics de pollution pouvant atteindre jusqu'à 700 μg/m3. Wuhan, pour sa part, enregistre un taux constant d'environ 110 μg/m3 alors que, pour rappel, l'OMS fixe le taux recommandé à 20 et le taux dangereux à 50.

Cela n'empêche pas les Shanghaiens, Pékinois et autres citadins de mettre la barre haute : en-dessous d'un taux de 250 voire de 300, les uns font du footing, les autres jouent au basket ; les vélos sont de sortie et rares sont les masques qui filtrent les particules.

Ce n'est pas faute d'information. De nombreux outils permettent d'être tenu informé des pics de pollution en temps réel et de manière prédictive. Ces outils sont non seulement développés par des entrepreneurs, tels que plumelabs en France ou Gams Air Quality en Chine, mais sont aussi soutenus par le gouvernement chinois. Pour ce dernier cas de figure, l'application Air Quality China fait figure d'exemple.

Si ces outils permettent de mieux choisir ses sorties et ses activités à l'extérieur en cas de pollution exacerbée, Yann Boquillot, fondateur de la start-up Air Visual, rappelle que 80 à 90 % de notre temps est pourtant passé à l'intérieur des bâtiments. La qualité de l'air y est à ce point recherchée que certaines entreprises attirent désormais chalands et salariés de cette manière.

Air Visual propose une station à prix abordable qui mesure précisément les particules et permet à chacun de mieux maîtriser ses espaces de vie. Parce qu'elles sont déployées à travers le monde, les stations d'Air Visual permettent la création d'une base de données ouverte de la qualité de l'air dans les villes.

En quoi la station Air Visual se différencie-t-elle des autres stations proposées sur le marché ?

Avec la station Air Visual, nous proposons une visualisation des pollutions de l'air en intérieur et en extérieur, en temps réel et en prédictif et dans 8.000 villes situées sur les cinq continents. Nous sommes au croisement de l'Internet des Objets, de l'intelligence artificielle, du machine learning et de l'analyse de données multi-sources. Concrètement, la station dispose d'un faisceau laser qui mesure de manière précise la taille des particules. Nos algorithmes permettent de nettoyer les bruits et anormalités, comme par exemple lorsque quelqu'un fume devant la station.

L'application géolocalise les niveaux de pollution.

Quand on a commencé le projet en 2015, les données prédictives concernant la qualité de l'air extérieure n'existaient pas en Chine. Ce n'est que cette année que le gouvernement les a diffusées. Nous avions pris les devants en proposant une prévision de trois jours basée sur un algorithme d'analyse : des données passées diffusées par les villes, des données récoltées par nos propres stations et des conditions météorologiques prévues. Nous diffusons ces prédictions gratuitement. Nous couvrons actuellement 8.000 villes dans le monde entier mais il reste beaucoup de territoires qui ne disposent pas de systèmes de mesure, notamment en Afrique. C'est le cas aussi au Cambodge. Avec nos stations, nous espérons combler ces lacunes.

Les risques sur la santé sont estimés toutes les trois heures.

Notre modèle économique ne repose pas sur l'information divulguée qui est gratuite, mais sur la vente des stations de mesure à des particuliers, des entreprises, des institutions publiques et des collectivités. Le coût pour une station en intérieur est de 200 euros contre 50.000 euros pour les outils utilisés par le gouvernement. D'autres acteurs proposent des stations à prix très bas mais la qualité de la mesure est trop faible pour mettre en oeuvre une démarche scientifique. Nous préférons maintenir une qualité de données supérieure et nous adressons pour cela une cible de particuliers issus d'un milieu social moyen et plus, ainsi que les acteurs publics et privés.

Un boitier Air Visual.

Quelles sont les applications actuelles et potentielles de vos stations à travers le monde ?

Suite à une campagne de crowdfunding , nous avons commencé à vendre et à diffuser nos stations il y a deux mois. 500 stations sont parties un peu partout dans le monde, notamment aux US, en Chine, en France et en Hollande. Dans les échanges avec nos financeurs particuliers, on observe que si les stations sont conçues à ce jour pour un environnement intérieur, elles sont aussi installées en extérieur (en prenant garde à les protéger de la pluie et du soleil). Ce sont a priori des personnes engagées qui portent ce type de démarches, comme des médecins, des chercheurs ou encore des écologistes.

Nous travaillons aussi spécifiquement avec des écoles, des ambassades et des entreprises. Des espaces de coworking se sont montrés particulièrement intéressés. Ils veulent améliorer et promouvoir la bonne qualité de l'air dans leurs locaux pour attirer les petites entreprises et les indépendants.

À court terme, nous aimerions travailler avec des gouvernements et des villes pour disséminer nos stations qui sont moins onéreuses que les centres de mesure actuels. En raison du coût et de la complexité de leurs centres, la plupart des grandes villes ne disposent en effet que de 4 ou 5 points de mesure. Nos stations lowcost éparpillées aux quatre coins d'une ville permettront d'obtenir des données à une échelle hyperlocale et de mettre en oeuvre des actions politiques appropriées. C'est pourquoi nous travaillons à la création d'un produit professionnel, une station davantage protégée. Il nous faudra trouver les moyens avec les villes de les installer dans des espaces sécurisés afin d'éviter le vandalisme.

Concrètement, que souhaitez-vous faire de toutes les données collectées ?

Nous nous inscrivons avant tout dans une démarche citoyenne et communautaire. Nous souhaitons à ce titre mettre en oeuvre une base de données mondiale et ouverte sur la qualité de l'air en ville. Nous permettons également aux villes de se situer les unes par rapport aux autres :

Classement des villes selon leur niveau de pollution.

Comme nous proposons notre service à des particuliers, des acteurs privés et des institutions publiques, nous avons décidé de leur laisser le choix de partager ou non les données générées par leur station dans la base de données ouverte. Les premières données collectées montrent que les Hollandais, les Français et les Anglais partagent plus aisément leurs données à l'ensemble de la communauté. C'est moins le cas des Américains pour l'instant. Ce constat doit être cependant modéré puisque les données collectées sont encore limitées.

Une fois la station Air Visual disséminée de manière conséquente, nous pourrons monter des partenariats avec des laboratoires de recherche pour améliorer les connaissances concernant la pollution de l'air, mais aussi mesurer avec les villes et les gouvernements les impacts des actions mises en oeuvre. Ce sera également un moyen de sensibiliser les populations en leur montrant précisément les impacts d'une mauvaise qualité de l'air sur eux et leurs proches, en termes de santé et d'espérance de vie.

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