UK flag

La France, terre d'innovation digitale dans les politiques publiques. Retour sur Communautez, un événement consacré au lien entre numérique et société.
Le
Publications
Par

Communautez ! Transformation numérique : comment innover pour le service public ?

La France serait-elle devenue le paradis de l'innovation digitale dans les politiques publiques ? Collectivités locales et services étatiques peuvent-ils espérer voler la vedette aux start-up et grands comptes du numérique ? Les acteurs publics sont-il en mesure de faire preuve d'agilité dans les réponses qu'ils apportent aux besoins des usagers ? Autant de questions soulevées dans le cadre de Communautez, un évènement récurrent consacré au lien entre numérique et société.

Au menu de la séance du 18 février, la transformation numérique des services publics, illustrées par quelques institutions à l'avant poste : le Centre national du Cinéma (Julien Neutres, chargé de mission), Sens Critique (Guillaume Boutin, co-fondateur), Etalab (Simon Chignard), la Mairie de Paris (Emmanuel Gregoire, Adjoint en charge des Ressources Humaines, des services publics et de la modernisation de l'administration).

La transformation numérique de services publics, kesaco ?

Alors que le projet de loi sur le numérique fait grand bruit, trois exemples d'institutions à l'avant poste de la l'intégration du numérique dans les politiques publiques permettent de saisir les profondes transformations à l'oeuvre dans la notion de service public :

  • Etalab , mission au service du premier ministre, répond à un objectif de mise à disposition des données publiques mais également de prestation de services. L'entité crée et diffuse des produits sur le modèle d'une start-up d'Etat, parmi lesquels le bien fameux Data.gouv mais aussi OpenFisca ou encore MesAides . La seconde recense, en open source, les lois fiscales existantes, permet de réaliser des simulations et donne la possibilité, grâce à des API, de développer des services associés. MesAides vise, quant à elle, à fournir l'information nécessaire sur ses droits aux aides, afin de limiter les risques de non-recours (ne pas bénéficier des aides auxquelles on a droit).

Face aux difficultés à anticiper les mutations d'usages et à stimuler l'innovation, la ville de Paris a quant à elle nommé un responsable de la conduite du changement numérique. Elle a, par ailleurs, fait évoluer son organisation pour agir en mode projet( (la dernière tendance...). Selon Emmanuel Grégoire, adjoint au maire à la modernisation de l'administration, tout l'enjeu est de développer des services qui répondent à la révolution des usages et à la montée en puissance des exigences de qualité, avec des réponses agiles et personnalisées. Celles-ci supposent donc de repenser en profondeur les organisations et façon de faire internes à la collectivités : le back-office, rappelle-t-il, est le nerf de la guerre (former les équipes, repenser les organisations, se faire accompagner par des acteurs spécialisés dans la conduite du changement...).

  • SensCritique , enfin, est un réseau social culturel qui s'est associé au Centre national du cinéma pour proposer un service complémentaire des approches coercitives contre le piratage de film. Face à la faiblesses des mesures prises en France, et à l'éclatement des acteurs porteurs de solutions d'accès légales, l'entreprise et le CNC ont développé ensemble une plateforme de recensement de l'offre de films disponibles légalement en VOD en France. Quel avantage à s'associer ? Le partenariat public-privé leur a permis d'avancer très vite et de couvrir un spectre très large d'offres.

Des acteurs publics tiers de confiance ... et garants de l'inclusivité

Pour le CNC et Sens Critique, la problématique est avant tout d'intégrer le service dans les réflexes des usagers, en l'offrant au bon endroit, au bon moment. Le CNC intervient en tiers de confiance et garant de la qualité de service, mais reste en retrait. Selon Julien Neutres, la finalité poursuivie importe donc plus que la valorisation de l'intervention de l'acteur public.

Etalab quant à lui s'est fondé, à ses origines, sur le modèle Wikipédia : tout le monde pouvait publier un jeu de données. Mais très vite, et parce que les demandes étaient nombreuses, le "sceau" de l'Etat a été aposé sur les jeux de données des ministères. Tout l'enjeu est bien, dans la transition numérique et l'innovation publique, de créer la confiance.

Mais quid de l'inclusivité ? La transformation numérique implique avant toute chose de penser les politiques publiques autour de l'usager et de ses pratiques. Pour assurer la pérennité de ces tentatives de modernisation, rappelle Emmanuel Grégoire, la lutte contre la fracture numérique doit se faire sur le terrain  : continuer à assurer l'accès physique, la formation et la médiation. Les PIMMS, les formations aux adultes ou encore les points d'accès internet sont autant de solutions mises en oeuvre à Paris (et ailleurs !) pour ce faire.

La collectivité doit, en outre, être en mesure de répondre au plus près des besoins. Or, toujours selon Emmanuel Grégoire, la réglementation (et le monopole des acteurs publics sur leur activité) est un facteur de rigidité considérable qui ne permet pas de répondre de façon agile aux demandes des usagers (par exemple assurer un remboursement rapide suite à une erreur de l'administration) et limite les possibilités d'évaluation des politiques publiques (en ne permettant par, par exemple, le croisement de certaines données).

Partager cet article