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Trois nouvelles analyses du Groupe Chronos autour d'un concierge pour votre quartier demain, les minibus privés et les usages des smart buildings.
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Analyses trimestrielles du Groupe Chronos n°9, 10 et 11 - Un concierge pour votre quartier / Les minibus privés / Les usages des smart buildings

Nous vous présentons ci-dessous trois nouvelles analyses du Groupe Chronos pour amorcer le printemps. Voici le programme :

  • Demain, un concierge pour votre quartier ? A partir du rôle historique du concierge, cette synthèse explore des formes renouvellées, liées à l'apparition de nouveaux services, d'enjeux et d'usages : tiers-lieux, consignes, domotique, mobilités en partage, autorégulation énergétique, etc.  A l'échelle d'un immeuble et, de plus en plus, d'un quartier ces changements d'organisation de la vie commune nécessitent un accompagnement des usagers. A travers divers projets en cours, ce dossier revient sur les fonctions possibles de ces "mentors" apportant une assistance aux usagers, proposant une animation dynamique pour installer les nouvelles pratiques et supervisant le bon fonctionnement des systèmes. 
  • Minibus privés : quand les start-up s'essayent au transport collectif. Bridj, Chariot, Padam, Kutsuplus, Rideleap, ces start-up ont en commun de "réinventer" un pan du transport collectif en proposant des minibus plus confortables et à l'usage plus flexible que les bus traditionnels. Quelle est leur stratégie dans des métropoles bien dotées en transports publics et en offres de VTC ? Viennent-elles concurrencer ou compléter le système de mobilité existant ? 
  • Smart buildings : et si l'on pensait aux usages ? Les smart buildings se développent, fers de lance de la politique de maîtrise de la demande énergétique. Toutefois, s'interroger sur la place de l'individu et de ses usages dans le dispositif permet de renouveler la réflexion et d'élargir la notion d'efficacité à d'autres paramètres : celui de la vie future du bâtiment, de son occupation réelle et des façons d'étendre la problématique à l'échelle du quartier. 

Demain, un concierge pour votre quartier

Tiers-lieux, consignes, domotique, mobilités en partage, autorégulation énergétique... Impulsées par certaines sociétés de services, encouragées par les autorités publiques, ou bien mises en place par les usagers eux-mêmes, ces innovations se répandent petit à petit dans nos vies. Mises en avant par les médias, contribuant à la réalisation d'objectifs de développement durable, , elles semblent séduire l'ensemble des parties prenantes, sans pour autant parvenir véritablement à s'enraciner dans la spontanéité du quotidien.

Ces innovations méritent donc un accompagnement sur le long terme afin d'être acceptées, apprivoisées puis appropriées...  ce qui implique, on s'en doute, d'y accorder le temps et les moyens nécessaires.

Pour diverses raisons, l'habitat collectif et le "quartier" représentent bien souvent les cellules idéales pour de telles expérimentations, en offrant un socle du "mutualisation" propice à la maturation de ces innovations.

On pense évidemment aux diverses initiatives relativement récentes de mises en commun d'équipements du quotidien au sein d'un immeuble, depuis la connectique Internet jusqu'aux toit ou buanderie partagés. Plus largement, certains autres services mutualisés comme des conciergeries, espaces de coworking, ateliers vélos, autopartage ou parkings partagés se pensent à l'échelle des "quartiers" - appelons ainsi tout secteur habité et multifonctionnel, accessible entre 30 secondes et 5 minutes à pied.

Par corollaire, ces aménagements et services nécessitent la mise en place d'agents spécialisés, sortes de "mentors" apportant une assistance aux usagers, proposant une animation dynamique et supervisant le bon fonctionnement des systèmes. Apparaît alors la silhouette d'une figure bien connue qui pourrait dès lors trouver de quoi renouveler son rôle : on pense bien évidemment au concierge d'immeuble. Personnalité ancestrale des quartiers, la profession de concierge tend en effet à se renouveler... en adaptant ses missions aux nouveaux besoins des habitants et parties prenantes de "l'optimisation urbaine".

Quelles seraient, dans ce contexte, les missions du "concierge du futur" ?

"Concierge devant son immeuble un samedi matin" - Rue de la Butte aux Cailles (Paris)" - par Jean-François Gornet sur Flickr

La conciergerie d'immeuble : un métier en mutation

Les gardiens et concierges d'immeubles connaissent une évolution conséquente de leur métier depuis quelques années déjà. D'une part, le métier se raréfie de façon notable : 23% des postes de concierges ont été éclipsés au cours des dix dernières années1. D'autre part, et presque paradoxalement, une étude 2 de 2012 confirmait l'extension des "missions" de services confiées aux concierges de copropriété. L'ouverture, en novembre 2011, d' Egérie - "première école des gardiens et employés d'immeubles" - aura confirmé cette mutation en proposant une véritable formation aux futurs concierges :

"ÉGÉRIE entend redonner toute sa place au gardien concierge au sein de l'immeuble d'habitation. Elle passe aussi par l'assimilation de nouvelles compétences, permettant d'offrir de nouveaux services aux résidents."

Egérie, l'école de gardien : mode d'emploi - sur le Dossier de presse officiel

De fait, la profession tend, depuis quelques années, à élargir le prisme de ses savoir-faire. Si les tâches traditionnelles d'entretien général de l'immeuble perdurent, le poste de gardien s'étoffe en intégrant une poignée de services administratifs supplémentaires, ainsi qu'un accompagnement social enrichi. Comme le formule Olivier Lacazin - syndic et directeur de l'agence immobilière "Foncia Vieux Port" :

"Avec l'utilisation d'Internet, de la vidéosurveillance, de la messagerie électronique pour communiquer avec les syndics, mais aussi le maniement des détecteurs de fumées, des défibrillateurs et l'entretien des digicodes ou encore la participations aux petits travaux de maintenance, le gardien accompagne les prestataires extérieurs qui interviennent sur place et est, aux yeux des résidents, un référent."

Si l'extension du métier de concierge prend une ampleur certaine depuis quelques années, une bonne partie de son potentiel serviciel reste inexploitée. Une multitude d'usages innovants et de prestations de services personnalisés pourraient faire partie de cette formation revalorisée. A l'horizon pointent quelques modèles inspirants pour une conciergerie renouvelée...

Tendances et influences  : quels nouveaux services à la charge du concierge ?

1. Le facility manager d'entreprise

C'est dans le profil florissant du facility manager que l'influence pour un "concierge augmenté" sera dans un premier temps puisée. Ce que l'on nomme facility manager - qui correspond au départ à une externalisation des services généraux d'une société (maintenance technique, accueil, courrier...) -, tend à devenir un véritable couteau suisse alloué aux organisations privées. Considérés comme les " prestataires du futur " par les organismes qui en pourvoient les bons offices, ils ont pour objectif de faire le lien entre la vie professionnelle et la vie personnelle des employés d'une structure. Et surtout, d'améliorer leur qualité de vie en prenant en charge certaines tâches du quotidien. Leur offre regroupe ainsi pressing, dépannage et réparation, billetterie, achat de cadeaux, comparatif de prix, babysitting, livraison en tout genre, prise de rendez-vous médicaux, démarches administratives, coiffure, paniers bio , ou encore relaxation...

Les géants du BTP et de l'énergie (Dalkia, Cofely, Spie, Bouygues E&S, Vinci Facilities, Eiffage Construction...) ne sont pas les seuls sur cet ambitieux créneau. De plus en plus de start-ups s'y positionnent (To Do Today, ADNProservices etc.), ouvrant la voie à un écosystème plus riche et diversifié.

Certains organismes indépendants se font une place en proposant ce type de services y compris pour les particuliers en manque de temps. La Roulotte , "conciergerie mobile dans l'Eure", se présente par exemple comme un soutien adaptable aux besoins, "pour ce que vous n'avez pas le temps de faire et ce que vous ne voulez plus faire". Et nos "concierges modernes" deviennent dès lors de véritables auxiliaires de la vie quotidienne.

2. La conciergerie en milieu rural

Ce phénomène fait également sa route dans les milieux ruraux , où commerces et services se raréfient. L'objectif ? Faciliter l'accès des habitants à certains services publics et privés, afin de réduire leur isolement. La problématique des ruralités a d'ailleurs été récemment abordée par  Chronos dans un dossier consacré au renouveau serviciel en milieu rural. De cette étude liminaire émergent diverses solutions de mutualisation de services (plutôt) publics, mises en place afin de palier les inégalités d'accès à certaines prestations dans les cantons les moins urbanisés.

Commerces et services - sur Booste ton village

Dans le cadre des ruralités, la conciergerie - qu'elle soit exercée à l'échelle d'un immeuble ou d'une grande entreprise - intervient de différentes manières. Le secteur public, le secteur privé et le secteur associatif s'y retrouvent ainsi pour prêter main forte à un territoire, et non plus pour devenir "l'assistant personnel" d'un individu trop occupé. Ainsi, comme l'évoque un article de l' Initiative communautaire concernant le développement rural :

"Cette évolution s'insère dans la définition de nouvelles fonctions du monde rural. Ces différents enjeux placent les services à la population au centre d'une réflexion stratégique qui concerne chaque territoire en fonction de la vocation que ce dernier entend développer dans le futur."

Gardiennage et conciergerie modernes doivent ainsi s'adapter aux besoins du territoire spécifique dans lequel ils sont déployés. L'idée serait de développer de nouvelles offres qui prennent en compte à la fois les nouveaux usages émergents ou à "pousser", et les dynamiques du lieu auxquelles elles sont censées répondre. A quoi pourrait donc ressembler cet "animateur de quartier" en devenir ?

Animateur du changement : un rôle en construction

La transformation du métier de gardien d'immeuble s'inscrit très certainement dans cette voie. L'idée serait de concentrer, dans les secteurs habités, l'ensemble des ressources et infrastructures nécessaires pour accompagner ces petites révolutions. Le concierge service tel qu'on le perçoit devrait alors rassembler des prestations de gardiennage classique avec des compétences techniques nouvelles. Formé pour ce faire, le concierge nouvelle génération doit pouvoir incarner un relais essentiel auprès des habitants. Il devient celui par qui le test et l'adoption de nouveaux usages, parfois complexes, peuvent s'effectuer en confiance.

"Les technologies de l'habitat ont le potentiel pour fournir au client une gamme très riche de services d'éco-efficacité énergétique, allant du suivi des consommations, à leur pilotage, et enfin à la gestion et au pilotage de la production locale (voire du stockage)" - sur http://www.smartgrids-cre.fr/

Dans le cadre des innovations liées à la gestion énergétique des bâtiments , le concierge nouvelle génération représente par exemple une autorité de référence, sur laquelle on pourrait s'appuyer. Comme le formulait Frédéric Rei, dans une interview récente :

"Le facility manager va devoir gérer l'aspect technique du bâtiment, c'est-à-dire l'installation du client dès la livraison, la gestion du chauffage ou de la climatisation, voire toutes les parties liées à la gestion énergétique. Le défi du facility manager : gérer la performance énergétique des bâtiments dits "intelligents" où les systèmes d'alimentation en électricité, en chauffage ou en ventilation sont de plus en plus complexes."

Certains le pensent déjà à l'échelle du quartier. Dans le programme de renouvellement urbain de Hallsville Quarter (situé à Canning Town, Londres), une structure portée par Bouygues Développement a été mise en place pour faire participer les différentes parties prenantes. Elle a à sa charge la gestion du quartier (rue, éclairage, parking...), mais aussi l'animation entre les commerces et activités locales afin de créer une véritable "communauté de vie".

Les infrastructures mises en place dans les écoquartiers sont bien souvent de parfaits exemples de ce que la conciergerie de demain devra intégrer dans son programme. Ces laboratoires de l'habitat du futur - qui pullulent partout dans le monde depuis plusieurs années - tentent généralement d'installer l'ensemble des nouveaux usages (énergétiques, de partage etc.) dans un même lieu, échafaudant dès lors une sorte de mini-ville plus ou moins idéale. L'écoquartier suisse d' Eikenott , par exemple, propose les ressources suivantes :

"un dispositif de co-voiturage, des bornes électriques pour recharger les véhicules, des robinets économiseurs d'eau, un système de tri des déchets installé directement dans les cuisines... [...] un jardin-potager, un salon de thé et des aires de jeux sont mis à disposition de tous."

On voit comme le modèle contemporain de l'écoquartier tente de mettre en pratique les valeurs et infrastructures inhérentes au principe de développement durable, tout en stimulant les convivialités quotidiennes dans les lieux concernés.

"Eikenott : l'écoquartier inspiré du mieux-vivre nordique" - sur Bouygues Construction

Se superpose évidemment à ce duo gagnant, la nécessaire mise en place de cellules d'accompagnement à destination des habitants. Car si la théorie s'annonce prometteuse, les usages, eux, ne demandent qu'à être guidés. Certains témoignages montrent en effet qu'un écart parfois considérable est susceptible de se creuser entre la conception d'un écoquartier et sa pratique effective . Et si le blocage ne vient probablement pas des innovations elles-mêmes, il est certain que l'on n'abandonne pas les résidents dans ces "cabinets de curiosités" habitables sans un minimum d'assistance... et c'est là que notre concierge intervient.

Des concierges mentor pour guider la mue des quartiers

Ainsi, l'objectif traité ici est double, il consiste à la fois :

  • à proposer des services innovants et mutualisés aux habitants, leur facilitant le quotidien et réduisant leurs empreintes environnementales.
  • à permettre aux occupants d'expérimenter puis d'adopter de nouveaux usages.

Imaginons ainsi que cette conciergerie novatrice soit à la fois compétente pour déposer les courriers au bureau de poste du coin, proposer un atelier de réparation de vélo, réparer les bornes électriques défectueuses ou encore, fournir la clé de la buanderie partagée tout en animant, pourquoi pas, le fablab du coin ?

Dès lors, cette structure de services particulière - caractérisée par sa présence permanente dans un secteur habité donné - incarnerait un maillon essentiel dans l'appropriation de nouveaux comportements. Car il est bien question d'un rôle de "tiers de confiance", incarné hier par un facteur ou un concierge, à qui serait délégué un rôle d'accompagnateur qui aurait été formé pour cela.

L'humain, le lien, la communauté et l'échange sont des notions centrales dans l'appropriation d'un nouveau service et le maintien de son usage. Et nous appelons de nos voeux la création et la valorisation de ce nouveau métier "d'animateur local du changement".

1Selon l'ancien secrétaire d'Etat chargé du Logement, Benoist Apparu.
2Menée par Caroline Jaffuel en 2012

Minibus privés : quand les start-up s'essayent au transport collectif

Après la génération des offres de partages automobiles entre covoiturage dynamique et offres de chauffeurs P2P2 (Uber, SideCar, Lyft, etc.), de nouveaux services de mobilité apparaissent, au croisement entre le transport à la demande et les VTC.

Bridj , Chariot , Padam , Kutsuplus , Rideleap , ces services ont en commun de "réinventer" un pan du transport collectif en proposant des minibus plus confortables et à l'usage plus flexible que les bus traditionnels. Ces offres visent une clientèle de jeunes actifs connectés, ayant renoncé à la possession automobile dans des villes bien desservies par les transports collectifs. A San Francisco, Paris ou encore Helsinki, elles sont développées par des start-ups soutenues par les pouvoirs publics ou bénéficiant d'un environnement favorable à l'innovation.

Quelle est leur stratégie dans des métropoles bien dotées en transports publics et en offres de VTC ? Viennent-elles concurrencer ou compléter le système de mobilité existant ?

Flexibles oui, mais différents les uns des autres!

S'ils ont en commun de renouveler l'offre de transports collectifs, ces services de minibus se déclinent avec quelques variantes, selon la stratégie de leurs fondateurs. Diurnes (Kutsuplus, Bridj, Chariot, Rideleap) ou nocturnes (Padam), avec des parcours variables reposant sur des algorithmes (Kutsuplus, Bridj, Padam) ou sur des trajets fixes (Chariot, Rideleap), soutenus par les acteurs publics (Kutsuplus, Padam) ou, au contraire, cherchant à les concurrencer (Chariot, Rideleap, Bridj). Petite revue des offres !

  • Kutsuplus (Helsinki)

Lancé en 2012, Kutsuplus est un service de minibus à la demande intégré dans l'offre de mobilité d'Helsinki Region Transport.  Les 15 minibus de 9 places, tous équipés de wifi sont "réservés" en ligne par les passagers, des algorithmes déterminant ensuite le trajet le plus approprié pour répondre à la demande en temps réel. Helsinki Region Transport opère le système, mais c'est Ajelo, une start-up finlandaise*, qui fournit la technologie - un "algorithme de routing" qui permet d'assigner des véhicules à une demande en temps réel. Le service compte déjà plus de 17.000 usagers enregistrés.

L'interface de Kutsuplus

 

  • Bridj (Boston, Washington)

Bridj est développé par une start-up à Boston depuis 2014 et bientôt à Washington Le service propose des minibus de 14 places dotés de wifi. Un algorithme agrège en temps réel la demande pour des trajets domicile-travail sur une zone fixe délimitée par l'intensité des flux liés à ces trajets. Seuls les points d'arrêts à l'intérieur des zones sont susceptibles de changer en fonction de la demande. L'entreprise se refuse à communiquer des chiffres précis de fréquentation, tout en indiquant qu'elle a contribué à "des milliers de trajets".
Site internet : http://www.bridj.com/

  • Chariot et Rideleap (San Francisco)

Chariot propose un système basé sur le financement participatif : si 120 clients acceptent le trajet prévu et achètent en avance des "pass" mensuels, la ligne entre en opération. Le service, qui transporte 700 personnes par jour, ne tient pas compte de la demande en temps réel et propose quatre lignes fixes.

Comme son concurrent Rideleap, il a conçu une ligne de bus luxueuse (wifi, ports USB, jus de fruits pressés !).

Site internet : https://rideleap.com/

A la différence des VTC, les tarifs de Chariot ne varient pas en fonction de la demande ( Twitter )

  • PADAM (Paris)

PADAM est une flotte de minibus de 9 places en Île-de-France, qui propose des trajets nocturnes déterminés en temps réel en fonction de la demande. Créé en 2014, le projet est développé avec l'entreprise de VTC Super Shuttle, filiale de Transdev. L'application revendique plus de 500 téléchargements depuis son lancement il y a un mois et plus de 1.100 personnes transportées.

D'autres offres viennent d'être déployées, à l'instar de Via à New York (dans une partie de Manhattan) et de Loup à San Francisco, un service de taxis partagés mais sur des itinéraires fixes. Reste à savoir si ces offres trouveront leur public dans un contexte fortement concurrentiel.
Site internet : http://padambus.com/

Des usagers "hyperagiles"

Ces nouveaux acteurs prennent le tournant de l'économie "à la demande" en testant leurs offres sur territoires les plus avancés en la matière. Viennent-ils concurrencer les transports publics ?

A Helsinki, Kutsuplus est l'un des services de mobilité proposé par l'opérateur de transports publics, à l'instar du métro ou des bus classiques. Selon Ajelo, la start-up fondatrice, le système de transports en commun d'Helsinki est certes très performant, mais une large partie de la population n'est toujours pas prête à se défaire de sa voiture. Ces minibus partagés et à la demande offrent une qualité de service et un coût suffisamment compétitifs par rapport à la voiture individuelle et aux VTC pour franchir le pas.  Kutsuplus s'intègre par ailleurs dans un projet plus large porté par la ville d'Helsinki et baptisé "Mobility as a service" , visant à regrouper toutes les offres de mobilité.

Bridj, Chariot et Rideleap ne semblent pas s'inscrire dans la même logique. Il ciblent délibérément une population spécifique d'hyperagiles : des actifs intégrés et connectés,  ne possédant pas de voiture, utilisant à la fois les transports en commun et les VTC. Lorsque l'on étudie les trajets proposés par Rideleap et Chariot à San Francisco, ils correspondent aux trajets des "travailleurs de la connaissance" : depuis les quartiers résidentiels jusqu'aux quartiers qui hébergent start-up et laboratoires de recherche.

Passagers à l'intérieur d'un bus Rideleap

A Paris, le service nocturne PADAM cible quant à lui les étudiants ou jeunes actifs qui ne souhaitent pas dépenser leur argent dans un taxi, mais aussi les travailleurs de nuit. Le fondateur, Grégoire Bonnat, évoque aussi le cas spécifique des jeunes femmes qui ne se sentent pas en sécurité la nuit dans les Noctiliens.

Une offre complémentaire ou concurrente des transports publics ?

A Helsinki, l'offre ne vient pas forcément "combler un trou" dans l'offre traditionnelle, mais plutôt offrir une alternative à la voiture individuelle. Elle ne bénéficie pas de l'intégration tarifaire avec le reste des transports publics. En revanche, elle encourage à l'intermodalité bus/marche en permettant de visualiser son itinéraire à pied depuis l'arrêt du minibus jusqu'à son point d'arrivée.

A San Francisco et à Boston, les offres de minibus posent un vrai défi aux opérateurs publics en s'affirmant comme des offres plus rapides et plus confortables - mais dénuées d'une mission de transport public. Les fondateurs axent clairement leur communication sur l'inefficacité et la lenteur des transports en commun, critiquant à la fois les insuffisances du transport public et les tarifs aléatoires des VTC. Lors des derniers épisodes neigeux à Boston, Bridj a pu réaliser un coup de com' efficace : proposer des trajets gratuits toute une journée alors que le métro était complètement bloqué et qu'Uber en profitait pour tripler ses prix ...

Le responsable marketing de Bridj explique ainsi que MBTA, l'opérateur public de Boston "fait du mieux qu'il peut" et qu'il est "un véritable partenaire", mais que "les transports sont bondés, peu fiables, et impliquent de multiples correspondances". Bridj, pensé pour proposer des trajets directs plutôt que pour fonctionner en intermodalité avec d'autres modes, met l'accent sur sa ponctualité et sa capacité à diviser de moitié les temps de trajets pour certains clients. L'entreprise estime que 20 % de ses clients ont délaissé la voiture individuelle pour son service.

Ces minibus représentent donc une solution pour ceux qui sont prêts à payer un peu plus cher pour "fuir" les transports en commun, du moins pour les trajets domicile-travail. Aux États-Unis, les transports en commun accueillent davantage qu'en Europe un public de captifs. S'en éloigner peut signifier aussi s'en distinguer. Dans le cas de Padam, la logique est un peu similaire : l'offre permet de payer moins cher qu'un taxi (mais pas beaucoup moins cher qu'en UberPOP par exemple). Elle propose, là aussi, un trajet plus direct et plus confortable que ceux des bus de nuit parisiens.

Globalement, ces nouvelles offres pratiquent des tarifs unitaires deux à trois fois plus chers que ceux des transports en commun, mais deux à trois fois moins chers que ceux des taxis. Les startups communiquent fréquemment sur ce statut "d'entre deux alternatif", mais rarement sur les coûts associés à l'usage d'un véhicule privé.

Comparaison des prix sur le site de Chariot , Muni étant l'opérateur des transports local.

Comment vont réagir les acteurs traditionnels du transport public face au développement de ces nouvelles offres ? A Boston, le service Bridj est régulé, ayant même l'autorisation d'utiliser les arrêts de bus municipaux. A San Francisco, l'autorité organisatrice suit de près ces nouvelles start-ups, tout en rappelant qu'elle reste garante d' un service public accessible à tous .

On risque de voir se développer un système à deux vitesses. D'un côté, un transport public fréquenté par une clientèle "captive", de l'autre, un service "augmenté" pour les plus aisés. A moins que les opérateurs de transport public ne tentent d'intégrer ces innovations à leurs offres.

En savoir plus :

The Verge - All aboard San Francisco's startup bus craze

Government Technology - Is Ride Sharing's Next Stop a Bus?

Wired - New Helsinki bus line lets you chose your own route

*Ajelo a été récemment rachetée par Split , une entreprise américaine

Smart buildings : et si l'on pensait aux usages ?

Pour Eric Aubspin, président de l'association des ingénieurs en équipement technique, le smart building1 doit privilégier les objectifs de qualité de l'air, de mobilité durable et de mutualisation des énergies, aux objectifs de performance énergétique. Si les smart buildings se développent, fers de lance de la politique de maîtrise de la demande énergétique2, s'interroger sur la place de l'individu et de ses usages dans le dispositif permet de renouveler la réflexion et d'élargir la notion d'efficacité à d'autres paramètres : celui de la vie future du bâtiment, de son occupation réelle et des moyens d'étendre la problématique à l'échelle du quartier.

Impliquer l'usager, un difficile équilibre à trouver. La ville de Burlington 3 aux Etats-Unis fait la preuve du succès de l'implication des usagers du bâtiment. Première ville alimentée à 100% en énergie renouvelable aux Etats-Unis, elle a fourni un outil d'accompagnement aux habitants avec des conseils pour consommer mieux et moins d'énergie. Conclusion : la ville a réduit sa consommation d'électricité en 2015 par rapport à 1989 ! Mieux encore, elle revend une part des énergies renouvelables produites aux communes voisines et réalise 1 million de dollars d'économies annuelles.

Néanmoins, les démarches de réduction des consommations énergétiques via des smart grids n'aboutissent pas toujours favorablement. En témoigne ce retour d'expériences à Dubuque (Etats-Unis), où le système de mesure des consommations énergétiques générait des actions contrastées chez les habitants : si les gros consommateurs diminuaient leur consommation, les bons élèves l'augmentaient. Le signe, selon l'architecte IBM Rick Robinson, qu'il faut accompagner les solutions technologiques d'une réflexion sur les usages.

De la régulation des consommations à une meilleure utilisation des espaces

Un autre levier de performance énergétique consiste ainsi à proposer une affectation des espaces en fonction des usages. C'est ce que met en avant Sylvain Frodé de la Forêt4 : "l'utilisation des données ne sert plus uniquement à la performance énergétique mais à la performance du bâtiment tout court et notamment à l'organisation des espaces selon les usages qui sont faits du bâtiment". Dans cet esprit, la  société américaine AMX redéfinit le "smart building" et propose un système intégré d'optimisation des consommations énergétiques en fonction des besoins d'espace des salariés. Seules les salles réellement occupées sont "activées". Elle ouvre la voie à des systèmes de réservation de salle élargis à l'échelle des bâtiments, permettant d'affecter les espaces en fonction des besoins des individus afin d'éviter les sur-consommations énergétiques.

Ce champ d'innovations permet d'adresser plusieurs enjeux, dont l'intégration des nouvelles formes de travail mobile4. Ainsi, un salarié peut être invité à se rendre dans un espace de co-working à proximité de son domicile, plutôt que dans les locaux de son entreprise situés plus loin, réduisant ainsi son empreinte carbone globale. La start up MySeat facilite cette démarche grâce à un système de capteurs qui indique par une cartographie en temps réel les places restantes dans l'espace de travail convoité.

©My Seat

Le bâtiment en  réseau

Pour garantir une meilleure efficacité énergétique, il faut dépasser l'échelle du bâtiment lui-même et donc penser le smart building à l'échelle du quartier, en lien avec les offres servicielles et les activités qui l'entourent. Il en est ainsi du projet Lyon Smart Community , où les systèmes photovoltaïques des bâtiments créent de l'énergie stockée dans les batteries de la flotte de véhicules électriques en autopartage. C'est aussi le projet d'optimisation de la consommation d'énergies6 au sein d'un quartier d'Issy-les-moulineaux. L'an dernier, une application de cette organisation mutualisée est passée par  l'extinction de la climatisation de Bouygues Télécom, bâtiment dont la consommation énergétique équivaut à celle d'une centaine de logements, pendant 15 minutes. Cette action, sans dommage quelconque pour les occupants du bâtiment, a permis d'éviter un pic de consommation dans le quartier.

©2015 Toshiba Corporation

Faire du neuf avec du vieux

Au risque de créer une inégalité économique et sociale entre des bâtiments neufs ultra-technologiques et des bâtiments déjà existants7, le smart building doit trouver des modalités de mise en oeuvre légères, possibles à greffer sur les infrastructures existantes.  C'est dans cet esprit que s'est développé l'écosystème Darwin en repartant de l'infrastructure initiale8 et en y intégrant des techniques pour permettre la transition énergétique du bâtiment. Un exemple est son double réseau de distribution qui, par l'eau pluviale récupérée, devrait couvrir environ 90% des besoins des usagers du bâtiment. Autre exemple d'agilité, celui de l'objet connecté Qivivo qui mesure les consommations énergétiques des individus et les régule en fonction des usages réels (baisse du chauffage en leur absence, par exemple). Le projet Wikibuilding de l'architecte urbaniste Alain Renk propose encore une autre forme d'agilité du bâtiment. Elle passe ici par l'adaptation du lieu aux projets d'occupation actuels mais aussi à venir : d'un logement à un restaurant, vers des bureaux, un hôtel, des magasins ou encore une conciergerie. Cette capacité d'adaptation rendue possible par l'open source et la matière (bois) de construction permet de faire évoluer le bâtiment sans repartir sur du neuf.

Le smart building plus agile bouleverse les métiers traditionnels du secteur de l'immobilier et du bâtiment, ouvrant la voie à des démarches de formation et d'accompagnement des acteurs traditionnels comme des nouveaux entrants. On assiste à l'émergence de nouveaux métiers comme l' assistant à maîtrise d'usage, qui consiste à accompagner les usagers d'un bâtiment performant, au développement de groupes de travail multi-partenariaux dédiés10 qui amorcent une recomposition de la chaîne de l'immobilier ( Ibi blog ).

CHIFFRES CLES

> L'analyse du cycle de vie réalisée sur la démarche d'éco-rénovation de Darwin démontre que l'impact du bâtiment est de 70 % inférieur à celui de la construction d'un bâtiment neuf de taille similaire sur l'indicateur  "énergie primaire" et de 98 % inférieur sur l'indicateur  "changement climatique". Source : Darwin

> En 2020, les compteurs intelligents, qui autorisent une communication bi-directionnelle entre le réseau et l'utilisateur, devraient représenter 29 % du marché global des compteurs d'eau, contre 18 % en 2013. Source : Electroniques

> En Île-de-France, les bureaux ne sont occupés réellement que 45 % du temps de travail. Les bureaux à placement libre sont une réponse intéressante à cette sous-occupation. Source : Myseat

Pour aller plus loin

> Le Projet Lyon Smart Community

1bâtiment à énergie positive
2Chaud Froid n°788, Avril 2015
3 42.000 habitants
4directeur bâtiments et infrastructures chez Schneider Electric
5voir l'ouvrage Sans bureau fixe aux éditions FYP
6 Issy Grid
7 Batiactu - Faut-il craindre l'obsolescence programmée dans le bâtiment
8Bâtisse qui accueillait anciennement une caserne et qui héberge aujourd'hui une pépinière d'entreprises
9affilié au secteur du bâtiment, sa mission est d'intégrer les usagers dans la conception et la gestion du bâtiment
10 Init environnement , la Smart Building Alliance , l' UMR SAGE , etc. (J4)

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