Chronos a inauguré les flash-forums, nouveau format en petit comité, réunissant des experts et acteurs concernés sur le covoiturage courte distance.
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Analyse du flash-forum Groupe Chronos #1 - Le covoiturage a-t-il besoin de nous ?

Ce forum s'est tenu à Paris le 21 mars 2016

Chronos a inauguré les flash-forums, un nouveau format, en petit comité, réunissant une quinzaine d'experts et d'acteurs concernés sur une focale. Le premier thème n'était pas le plus aisé : le covoiturage courte-distance. Le thème intéresse pourtant tout le monde. Nous avons eu l'occasion de rappeler des initiatives récentes (Google Maps, Waze, Facebook) présageant d'offres servicielles à venir sur ce marché considérable et populaire de la mise en relation conducteur / passager.

Ce qui ressort de ce forum est riche d'enseignements, et nous encourage à répliquer ce format sur d'autres sujets.

Le covoiturage courte distance : des connaissances à affiner

Il manque des données actualisées et détaillées sur le covoiturage courte distance. Riche d'enseignements, l'étude de l'ADEME (publiée en 2015) explore le covoiturage domicile-travail. Elle se base sur l'ENTD 2008 : depuis, le taux de possession de smartphones a explosé, et la voiture en partage a gagné du terrain. Le covoiturage représenterait 3 % des trajets domicile travail, et 18 % des français ont déjà covoituré (toutes distances confondues).

Les distinctions entre covoiturage courte distance et covoiturage longue distance et même avec d'autres formes de partages automobiles restent confuses et appellent un appareil métrique plus précis. C'est ce sur quoi s'est penchée l'étude Mobilité émergentes (Chronos/Obsoco, 12/2014). Précisons que cette enquête (portant sur un échantillon de 4.000 personnes) va être renouvelée cette année; et que Chronos est à l'écoute des demandes qui pourraient y être insérées.

Mieux connaître le covoiturage, c'est aussi mieux connaître les retours d'expériences des acteurs qui ont tenté l'aventure. Mathieu Chassignet appelle de ses voeux un partage transparent des enseignements issus des expérimentations, qu'elles soient portées par des acteurs publics ou privés. Les collectivités systématisent encore trop peu l'évaluation des projets menés. Rappel : la Fabrique des Mobilités s'est saisi de la thématique du covoiturage, au même titre que d'autres relatives aux mobilités, dans une perspective générale des "communs" ; ce qui est évidemment encore plus approprié sur notre sujet. Chronos se met en relation avec Gabriel Plassat pour regarder les convergences.

Encore dans le thème des métriques, il s'agit aussi de se mettre d'accord sur les outils de mesure : raisonne-t-on en nombre de téléchargements d'une application, en nombre d'inscrits, en nombre de membres actifs ? Frédérique Ville (iDVROOM) plaide pour la dernière option, celle-ci restituant les usages réels. [1]

"On fait depuis toujours du covoiturage comme M. Jourdain faisait de la prose." Bruno Marzloff, fondateur de Chronos

Bruno Marzloff rappelle, à partir des données Mobilité émergentes que seul un tiers des appariements relèvent d'une place de marché. Et les covoitureurs ne se cantonnent pas à un rôle assigné : 44 % des covoitureurs le pratiquent à la fois en tant que conducteur et en tant que passagers. Bref, nous sommes face à une pratique ancienne, ancrée dans des routines familiales et de voisinage, qui se consolide par le truchement des technologies !

Alors, qui est ce covoitureur qui nous échappe en partie ? Si le cadre actif urbain technophile est souvent la figure de proue du covoiturage, ce n'est pas l'archétype sur lequel il faut se focaliser ici. Mathieu Chassignet rappelle que le covoiturage courte distance concerne prioritairement les catégories socio-professionnelles moins diplômées et moins aisées que la moyenne française et n'habitant pas en territoire hyperdense. On constate également que la pratique du covoiturage est plus élevée parmi les actifs qui ont des horaires d'embauche fixes.

Ce constat s'explique logiquement : d'une part les cadres et autres CSP+ ont une flexibilité horaire plus importantes que les autres, ce qui rend la coordination plus difficile car plus imprévisible. D'autre part, les emplois tertiaires se centralisent surtout dans les centres urbains, où le réseau de transport est plus dense que dans les zones d'activités.

En territoire peu dense, parier sur "la voiture en commun" ?

Dans le coeur de nos grandes métropoles, le covoiturage comme substitut aux réseaux structurants de transport n'a pas d'avenir - les lignes de train ou de bus régulières font déjà l'affaire !

Bernard Jullien (GERPISA) rappelle que l'intermodalité covoiturage/transports en commun, souvent invoquée par les opérateurs de services de mobilité, reste une chimère en territoire peu dense, où la vaste majorité des habitants « n'a que la voiture ou ses yeux pour pleurer » ! Il souligne le rôle des garagistes comme prescripteurs locaux de mobilité, surtout auprès des ménages populaires pour qui le carburant peut représenter 10 % du budget global.

Dans ces zones, le covoiturage représente une opportunité de fournir un service public de mobilité flexible et peu cher, à l'heure où de nombreuses autorités organisatrices de mobilité se questionnent sur la pertinence de maintenir des lignes de bus ou de cars fixes ou des services de transport à la demande onéreux : « un trajet est subventionné à hauteur de 2,56 € dans une ville moyenne pour 44 trajets par habitant et par an, contre 86 centimes à Lyon pour 328 trajets sur la même période. » ( Les villes moyennes face au syndrome des bus vides . 21/03/16).

Si l'usage de la voiture solo a un coût pour le contribuable (construction et entretien des infrastructures, saturation des parkings, dégâts environnementaux ...), ne faut-il pas considérer que le covoitureur rend un service à la collectivité ? Celui qui réduit son impact environnemental ne doit-il pas être rémunéré en conséquence ?

Qu'attendons nous pour dédommager les covoitureurs ? La Région Nord-pas-de-Calais Picardie n'a pas attendu, elle, pour décider de dédommager les automobilistes , quand bien même ils seraient autosolistes.

Facilitons et libérons les usages !

Comment donner l'envie et les moyens de covoiturer ? La question des incitations est centrale. La définition légale du covoiturage limite la rétribution pour le conducteur au montant qu'il engage pour le trajet. S'il est légitime d'éviter l'effet d'aubaine et d'empêcher l'émergence de "chauffeurs individuels", il reste que la définition actuelle du covoiturage réduit de manière drastique les incitations économiques. Et plus le trajet se réduit, plus l'incitation vire au dérisoire .... Et cette définition n'envisage pas de rémunérer le covoitureur pour les services écosystémiques qu'il rend lorsque le covoiturage évite un déplacement autosoliste (réduction des émissions de CO2, de la pollution atmosphérique, du bruit...). Après tout, dans les zones où l'offre de transport en commun est inexistante ou très chère pour la collectivité (on pense aux zones desservies exclusivement par le TAD), il semble intéressant de tester si une rétribution des covoitureurs (par la collectivité par exemple) contribuerait à développer sa pratique.

D'ailleurs, on peut envisager des rétributions de différentes natures : des réductions du prix du stationnement, des réductions chez des commerces partenaires, une gratuité du péage, le privilège de voies réservées, etc.

Quelle place pour l'acteur public ?

Dans ce cadre, le rôle de l'acteur public est appelé à s'élargir, du prescripteur tout puissant, mais plutôt celui d'un facilitateur, avec quelques rôles clés :

 

  • cibler les territoires où le manque d'offre de mobilité est prégnant pour expérimenter de nouvelles façons d'inciter à la pratique du covoiturage,
  • aménager des aires dédiées, des pôles d'échanges,
  • coordonner les actions des différents protagonistes, en incluant absolument les générateurs de mobilité (employeurs mais aussi équipements & lieux publics, de commerces, d'événements, de loisirs, etc.)
  • garantir la prévalence de l'intérêt général.

Ce forum a permis de rappeler que le covoiturage représente un énorme bénéfice social et environnemental.  Les participants de l'atelier s'accordent à dire que même avec les limites de la définition actuelle, les marges de manoeuvre existent pour expérimenter une rétribution supplémentaire du covoitureur, en provenance de la collectivité par exemple. Un lobbying devrait être réfléchi pour cultiver les germes du changement qui annoncent un marché global. Puisque le covoiturage est bien l'affaire de tous, nous sommes à un moment crucial pour que collectivités, entreprises, opérateurs de transports, constructeurs et grand public s'y investissent pleinement ...

Note : le OuiShare Fest , organisé à Paris du 18 au 20 mai 2016, fera la part belle aux questions de mobilité partagée.

Participants

Organisateurs & animateurs

Bruno Marzloff, fondateur de Chronos - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Marc Fontanes, expert mobilité durable chez Auxilia - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Bertil de Fos, directeur de Chronos - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Laurent Barelier, chef de projets mobilité chez Chronos - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Michel Froment, chargé d'études chez Chronos - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Invités présents

Ghislain Delabie, OuiShare - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Mathieu Chassignet, ADEME - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Olivier Maffre, Grand Lyon - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Olivier Binet, Karos - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Frédérique Ville, iDVROOM - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Bernard Jullien, GERPISA - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Julien Reau, Transdev - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Sandrine de Boras, Transdev - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Louise Lehuger, SNCF Transilien - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Paola Verplancke, SNCF Transilien - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Raymond Uger, RATP - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Guillaume Tilquin, Renault - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Oriane Valès, SCET - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

[1] Voir aussi notre entretien avec Frédérique Ville publié ce mois-ci sur notre site

 

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