Entretien avec Lucie Verchère, "Imaginer et tester de nouveaux services en gare"

01 09/2015 de Anne de Malleray et Léa Marzloff

 

En 2015, la Métropole de Lyon a décliné études et expérimentations pour tester des services innovants dans les pôles d'échanges, terme technique pour évoquer les stations et autres gares maillant le territoire et rythmant les trajets quotidiens des individus.

D'abord une étude* pour imaginer des services aux voyageurs et habitants basés sur des dispositifs interactifs (voir sa synthèse ici ) ; puis l'expérience, sur trois jours, de Gare Remix , un laboratoire participatif de création de services in situ en gare de Saint-Paul.

Sur quelle conception de l'innovation ces expérimentations  s'appuient-elles ?  Comment capitaliser sur une expérience telle que Gare Remix, à la fois nouveau dispositif de création collective et boîte à idées pour des services pratiques et artistiques ? Lucie Verchère a partagé avec nous son bilan de ces initiatives. 

Lucie Verchère est chargée de mission Temps et services innovants à la Métropole de Lyon.

 

* Etude Ethno-design pour des services interactifs innovants dans les pôles d'échanges du Grand Lyon (Chronos + Pop Up urbain + Mawenzi Partners)

 

Quels sont les principaux enseignements de l'expérimentation de Gare Remix ?

Il n'y a que des enseignements positifs. L'un des principaux, c'est le processus de gouvernance multipartenarial que nous avons mis en place avec la Région, Gare & Connexions et l'autorité de transport. Les pôles d'échange sont des mille-feuilles de gouvernance et s'il existe de nombreuses instances de régulation entre ces acteurs elles sont très administratives. Là, nous avons fonctionné, dès le départ, en management de projet, en nous libérant des cadres de prise de décision habituels pour faire en sorte que "la mayonnaise prenne". Nous y sommes allés un peu à tâtons, même si l'expérience d'une communauté de makers, passionnés de culture, qui investissent un musée pendant quelques jours pour inviter le public à créer des oeuvres participatives avait fait ses preuves.

On a appris en marchant en essayant de fédérer une communauté créative sur trois jours autour de nouvelles façons de faire la ville. On a lancé un appel à candidatures, en précisant les profils que l'on recherchait :  « urbanophile », « bricoleur numérique », « expert du quotidien », etc.  On a reçu 120 lettres de motivation. Au bout du compte, les 42 participants divisés en 6 équipes ont réussi à créer sept prototypes de services en gare que l'on n'aurait pas pu faire émerger autrement (voir les projets développés ici ).

 

Certains de ces services sont-ils voués à être déployés dans la gare ? 

La SNCF Gare & Connexions est intéressée pour tester 2 ou 3 des services développés pendant Gare Remix à plus long terme. Certains sont axés sur l'écologie, d'autres sur la sociabilité et tous avaient une dimension ludique. J'ai beaucoup aimé le projet Compos'ter dont le principe est de proposer aux usagers de déposer leur compost et déchets plastiques en échange de billets de tram-train gratuits pour aller explorer l'Ouest Lyonnais. Un autre projet intéressant, le Brise Glace, affiche en grand des mots-clés sur le mur de la gare, choisis par les gens qui ont envie de partager un sujet de conversation, une question : comment faire une bonne purée de pomme de terre ? Où aller en vacances ? Les usagers qui attendent leur train peuvent rebondir et enrichir la conversation. 

Il y avait aussi un projet de jardin d'été, les Jardins de Saint Paul, le long du mur de soutènement de la colline  proche de la gare avec un bar autogéré, toboggan géant, transats, jardin partagé... L'idée était que l'hiver les plantes soient hébergées dans le hall de la gare et accompagnées d'assises modulaires, d'une bibliothèque, d'un système d'échange de graines. Cela pose plein de questions de faisabilité mais ce sont des idées fertiles pour faire de cette gare pour l'instant très vide un espace convivial. 

 

Jardin d'hiver avec mobilier modulaire Gare Saint Paul

 

 

Pensez-vous qu'au-delà de l'émulation suscitée par l'événement, ces services puissent trouver leur place dans le quotidien des usagers ?

Je pense que ça pourrait marcher, oui. Si l'on prend le Brise Glace, finalement, ça ne fait qu'encourager ce qui se passe quand on prend régulièrement les transports en commun avec les mêmes usagers. Une assistante me racontait justement qu'elle a des « amis de train » à force de croiser les mêmes personnes dans ses trajets quotidiens.  L'équipe à l'origine de ce service a pris le train pour observer ces sociabilités quotidiennes dans les transports en commun et en a déduit la pertinence de ce service ludique qui invite à l'échange.

 

Dans l'étude menée par Chronos et ses partenaires sur des services innovants, les réponses des gens tournent autour de services physiques (assises, commerces, etc.) et concrets. Comment trouver le bon équilibre entre l'animation culturelle et la réponse à ces besoins ? Quelles sont vos priorités dans l'animation d'un lieu comme la gare ? 

Notre parti pris de départ, c'est de proposer des escales dans les pôles d'échange et de faire en sorte que le temps n'y soit pas subi. Selon les lieux, l'expression des besoins n'est pas la même et ne donne pas lieu aux mêmes propositions. Dans la gare de Vénissieux, plutôt excentrée, l'enjeu était de valoriser les informations liées à la vie du quartier (activités culturelles, loisirs, commerces). Le projet de « mur numérique », qui est pour l'instant à l'état de pré-expérimentation, visait à répondre à cet enjeu. Le dispositif d'écran imaginé permet d'accéder de façon simple et intuitive à des contenus émanant d'acteurs locaux. 

 

 

 

Extrait d'un dispositif numérique pour la gare de Vénissieux.

 

Si nous avons décidé d'organiser en priorité un laboratoire de création à Gare Saint-Paul, c'est parce que le tissu social et urbain était favorable : une gare de centre-ville, connectée à l'Ouest de l'agglomération avec une cible diversifiée : habitants, touristes, étudiants, navetteurs). Mais ce qui est intéressant, c'est que cinq des prototypes cherchent à faire du lien social entre usagers, habitants et commerçants. On a surtout fait en sorte de ne pas passer pour des intellos ou des extraterrestres avec notre projet et de travailler sur du concret en étant adaptés à la communauté locale.   

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, les territoires, le numérique et le quotidien.

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