Vous reprendrez bien un peu de temps de transit disponible ? Retour sur le numéro Mobilités de Influencia

29 11/2012 de Bruno Marzloff

 

On regrette le singulier du titre (La Mobilité) quand ce patchwork conséquent délivre le message d'une mobilité forcément plurielle, composite - débridée et débordante pour tout dire. La vingtaine d'interventions (et deux entretiens, dont celui de votre serviteur) rassemblées dans ce N°3 de "La revue de la communication et des tendances" (éditeur Influencia) explorent les mobilités dans de multiples facettes ... chez les séniors et chez les incontournables "Y", si mal nommés ... mais aussi dans les imaginaires et au sein des réseaux sociaux, ... vers la smart city, ou encore du côté d'une distribution décidemment très agile, et même de la santé; et bien sûr, en s'attaquant à la pièce déterminante absolue des mobilités physique et numérique, le travail, provocant un malicieux "se connecter plus pour travailler plus", qu'on peut inverser à loisir. Bref une descente en apnée dans les profondeurs abyssales des mobilités.

 

On s'éloigne déjà loin, très loin des rives des déplacements où se cantonnait jadis la mobilité. Vous l'avez compris, les mobilités se sont immiscées dans les moindres pores de la société, elles ont étendu leurs rhizomes dans la ville, dans nos quotidiens, dans les temps libres, durant le travail et même dans nos lits (un Français sur trois consulte internet avant même de quitter son lit le matin. Si, si !); Donc en s'adossant largement au numérique ambiant. L'étau des transports fait relâche, la mobilité embrasse très large. Il mute à l'occasion vers des divagations imaginaires, des hétérotopies et autres tapis volants, voire "des transports amoureux". De fait, de "nouveaux acteurs du nomadisme" s'invitent au festin d'une recomposition sociétale en fanfare.

 

"Immobilités passagères", voire "démobilités"

 

Les registres naviguent sans nous surprendre entre "errances", "longs cours" et "commute" ... pourquoi pas ? Il était de bon ton de se revendiquer "opérateur de mobilité" il y a encore quelques années ... Ce n'est plus tendance, tellement l'évidence s'impose que chacun est entré de plain pied dans cet univers, que tout est devenu mobile et que nous sommes devenus les opérateurs mobiles ... de nous-même, quasi dans un réflexe de survie. Notre terminal compulsif et chéri n'y a pas échappé dans sa dérive sémantique (le mobile, en français comme en anglais) qui a complètement oublié qu'il s'appelait "téléphone" il y a encore peu.

 

On y évoque des itérations qui s'hébergent dans les gares, dans les tiers-lieux, dans des rues numériques et des voitures communicantes ... taquinant même des "immobilités passagères", voire des "démobilités" mode décroissance (vue par la SNCF, ce qui est un comble ironique). La modernité d'un Jules Verne et de ses fantasmes de conquêtes du loin, du plus, du plus vite, et des séquelles industrielles de l'automobile et du spatial... en prend un sale coup au passage. On ne répugne plus aux contradictions de la lenteur. C'est l'occasion de s'interroger sur des choix industriels : "vaut-il mieux investir des milliards d'euros dans des infrastructures pour gagner 10' ou installer des prises électriques pour gagner du temps dans le train ?", se demande encore à juste titre la SNCF. Saine réaction à l'heure de la dette et des déficits de la planète.

 

"La gymnastique des masques" (des marques ?)

 

Comme le tropisme marketing et publicitaire n'est pas loin chez les éditeurs de la dite revue, on lit "la ville comme un média", et on vogue vers des contrées exotiques qui ont pour nom "cloud branding", BOYD (pour "bring your own devices", mais vous connaissiez tous déjà cette inclinaison à ne faire qu'avec son mobile !) ou "P2P", etc.

 

Un malin complice chipe même à Patrick Lelay son célèbre "temps disponible" qui évidemment devient celui du "transit" (voir le titre de cette tribune), nomadisme oblige et humour à la clé. D'autres "gymnastiques des masques" (on entend aussi "des marques") font partie des explorations et de la recension d'agilités diverses. Mais rendons à César... L'évasion face à la sclérose et à la routine, la construction d'autres rythmes, c'est en effet le "city breaker" - que Chronos avait convoqué il y a quelques années avec InProcess. Il est devenu entre temps une des figures emblématiques d'une mobilité qui navigue dans les eaux agitées des mythes nomades et des réalités aéroportuaires pas forcément glamour.

 

Bien entendu, c'est l'occasion de convoquer le "always on" et dans son sillage le "Time out", nous engluant définitivement dans des anglicismes jargonnant propre à cette audience forcément "mainstream".

 

Itinérance, pop-up et autres stations de mobilité

 

C'est aussi l'occasion de flirter avec des néologismes ou de redécouvrir des mots perdus : "impermanence" est d'actualité par exemple, qui renvoie à des valeurs centrales des mobilités - changement, instabilité, incertitude, désordre, innovation... - ou ce joli mot "d'itinérance", bien plus expressif et ravissant que le vilain "roaming" des télécoms qui sonne comme une locomotive poussive malgré sa métaphore roborative. On a oublié au passage le vocable très évocateur d'agilités - "pop-up" - et on aurait aimé trouver l'oxymore de "station de mobilité" qui souligne si bien les enjeux apparemment contradictoires des mobilités. Cette reliance de la pause et du mouvement est le reflet d'une ville agile, elle est l'image du léger et furtif d'une mobilité qui quitte les congestions et la pesanteur des mobilités motorisés, ou plutôt qui les regardent sous un autre angle. Le temps n'étant pas très loin de ces agilités, on aurait aussi pu parler des "nouveaux temps réels" (le temps cash !).

 

Mobile-bobo et sieste crapuleuse

 

Une fois épuisée les charmes de cette somme des mobilités, lire ce papier d'une page consacrée récemment par Les Echos à la délicieuse "Kristin Frederick, la camionneuse qui mitonne". La gazelle, par ailleurs prix d'honneur du Guide Fooding 2013, oeuvre dans son "Camion qui fume" pour ses "meilleurs burgers de France" avec un succès confirmé (elle a eu depuis les honneur du Figaro Madame, puis de 20' et du Monde, décidément très tendance la dame). Une tendance mobile-bobo certes (l'audience s'y reconnaîtra), mais réjouissante à découvrir chaque jour près de La Madeleine à Paris à l'heure du déjeuner (pub gratuite !).

 

Tout ça ne manquerait quand même pas un peu de sexe, non ?, me souffle mon complice en écriture (non, pas celui du transit ! celui du "temps disponible de transit"). Pour y remédier, seconde page de pub (tout aussi gratuite), du site My Little Paris dont les mobile-bobos parisien(nes) sont dingues (Sieste crapuleuse).

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, les territoires, le numérique et le quotidien.

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