Quand le dinosaure devient agile. Retour sur les ateliers de la gare d’octobre 2012

08 11/2012 de Charles Capelli

 

Déconstruire la gare pour construire du lien

 

Du gris au vert, du fermé vers l'ouvert, du logistique au multiservices, la gare se transforme sous la pression des dynamiques sociales, urbaines et environnementales. Mais comment ? Un modèle systémique commence à faire consensus : oublier le bâtiment qui ressemble davantage à un dinosaure urbain et penser à la fonction durable, c'est l'enjeu de ce 7e Atelier de la gare qui a proposé des pistes de réflexion sur le futur de la gare motrice dans la lutte contre le réchauffement climatique, l'étalement urbain et la promotion des nouvelles sociabilités (télétravail, intégration des fonctions, etc.).

 

Le siège de Gares & Connexions a accueilli Fabrice Bonnifet, directeur développement durable du groupe Bouygues, Jean-Louis Jourdan, directeur développement durable du groupe SNCF et Xavier Desjardins, maître de conférences en urbanisme à Paris 1 Sorbonne.

 

La gare urbaine, ce cher dinosaure

 

Le bâtiment procède d'un autre temps et doit nécessairement évoluer pour perdurer face aux enjeux économiques et écologiques. Le problème majeur est la gestion de la viscosité de la foule. Car, l'augmentation du prix de l'essence détermine celle de la fréquentation des trains et donc des personnes en gares. Pour Jean-Louis Jourdan, il sera impossible d'accueillir tout le monde avec le modèle actuel, les frottements sont tels qu'ils interdisent la fluidité des trafics. D'autant que ce bâtiment est une bulle de chaleur : les matériaux présents ont une inertie thermique trop importante pour assurer une température vivable en cas de canicule prolongée.

 

Il faut aller au-delà de la végétalisation des toits ou de l'utilisation du paiement sans contact pour réduire les frottements physiques, il faut déconstruire la représentation de la gare fermée et l'ouvrir - au sens propre et figuré - à la ville et, à plus grande échelle, au territoire.

 

Du bâtiment au système urbain

 

S'ouvrir à l'urbain. Se confondre avec la ville et devenir un lieu de vie selon Jean-Louis Jourdan. Les formes présentes de mobilités et de sociabilités transforment la fonction comme on le voit à Strasbourg où le parking à vélo, déjà grand, est remplit en permanence. Quel meilleur endroit que ce hub pour faire ses courses (l'opération Paniers fraîcheurs lancée par la SNCF en Ile-de-France connaît un véritable succès), laisser ses enfants à la crèche comme en gare de Roanne ou en Gare du Nord ou encore aller chez le médecin, etc. ? La situation centrale de la gare dans la chaîne des mobilités de l'individu incite naturellement les autres fonctions à s'y agréger.

 

Ouverte à la ville, elle fait système avec elle, et produit des bénéfices énergétiques ("pourquoi ne pas utiliser l'énergie cinétique de l'arrivée des trains en gare pour alimenter les logements et bâtiments alentours ? Stockholm utilise déjà la chaleur de la foule pour cela"), économique ("les économies d'échelles sont induites par la concentration autour de la fonction") et environnementaux.

 

Pour conclure, ce rassemblement des fonctions posera la question de la gouvernance. Qui décide et gère une chaîne d'acteurs comprenant bien plus que les acteurs de la mobilité (déjà bien nombreux) ? Les intervenants se sont accordés sur la nécessité d'identifier un tiers de confiance qui fasse le lien entre les différents parties. Jean-Louis Jourdan a convoqué les biocénoses et leur biotope pour imager l'enjeu autour du jeu d'acteurs : le biotope est un espace ou un ensemble d'être vivants constituent un éco-système (la biocénose), la prédation y est absente car chacun contribue à la co-construction de l'ensemble. Cette métaphore pour dire que la gare doit être un lieu de coopération des acteurs pour lequel un modèle économique basé sur la mutualisation reste à inventer. Pour terminer, Fabrice Bonnifet a souligné l'urgence du traitement de ces problématiques : "si nous ne les traitons pas, d'autres le feront."

 

 

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, les territoires, le numérique et le quotidien.

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