Cartographie de la cyclabilité : le vélo cherche ses repères

11 04/2013 de Anne de Malleray

 

Si à Copenhague les cyclistes disposent d'autoroutes, ailleurs la coexistence des modes dans l'espace de circulation peut s'avérer conflictuelle , voire dangereuse. Dans la plupart des métropoles mondiales, la pratique quotidienne du vélo s'amplifie au rythme d'infrastructures dédiées. Ces usages nouveaux mettent à l'épreuve les continuités. Elles se dessinent et s'éprouvent grâce à des cartographies de la cyclabilité. Ces outils sont des supports d'aide à la planification pour les collectivités* et deviennent les boussoles des cyclistes. En Ile-de-France, un appel d'offres a été lancé par la Région pour soutenir la création d'un calculateur d'itinéraires.

L'augmentation de la part modale du vélo - 71 % à San Francisco depuis 2006, 50 % en Ile-de-France depuis 2001, etc. -, fait émerger des questions pratiques : comment assurer la sécurité des cyclistes ? Comment leur fournir des informations pertinentes sur la cyclabilité de l'espace urbain en même temps qu'elle se construit ? C'est l'objet du projet Cartavélo, initié entre 2008 et 2010 par l'entreprise Moviken , spécialiste des systèmes d'informations voyageurs, avec des partenaires institutionnels dans le cadre du Predit - Port-Vert sur les territoires de Rouen et Marne-la-Vallée (voir la présentation des résultats ici ). Cartavélo a développé un référentiel de cyclabilité, classé en 5 niveaux de nomenclature de sécurité routière. Les rues sont évaluées en fonction de la combinaison de trois critères : présence ou absence d'aménagement cyclable et type d'aménagement, vitesse, débit et proportion de poids lourds. Les aménagements dégradés (trop étroits, dotés d'un revêtement abîmé, etc.), ainsi que les dénivelés, sont notifiés sur la carte.

 

Ce référentiel type a permis à Moviken de remporter l'appel d'offres de la région Ile-de-France pour développer un prototype de calculateur d'itinéraires cyclables en 2012. Elle est aujourd'hui en lice pour le second appel d'offres, afin de créer l'outil final. Cécile Gautronneau, 
chargée de mission circulations douces, détaille le cahier des charges : "Le calcul d'itinéraires intégrera trois critères que l'utilisateur pourra faire varier : le relief, la sécurité (la présence ou non d'aménagements cyclables), la simplicité (peu de changements de rues ou non). Plusieurs itinéraires seront proposés, le plus court, le plus sécurisé et le compromis entre les deux. Une feuille de route, type Google Maps, indiquera les rues à emprunter et, sur smartphones et tablettes, un système de guidage en temps réel sera disponible". Le système se veut collaboratif puisque les utilisateurs pourront se créer un compte avec leurs itinéraires préférés, indiquer des difficultés sur le parcours et évaluer le fonctionnement de l'outil. "La carte sera enrichie avec les arrêts des transports en communs, des données VLS et Vélogo, dispositif de stationnement sécurisé dans les gares franciliennes, ainsi que des informations pratiques (météo, qualité de l'air, lieux touristiques, administratifs, endroits où acheter, réparer son vélo...). L'intermodalité est un objectif à terme qui impliquera un partenariat avec le Stif pour que les données du calculateur vélo soient disponibles sur le site Via Navigo ." L'annonce du vainqueur devait être faite fin mars, mais le projet a été repoussé en raison d'arbitrages budgétaires entre la Région et le Stif.

 

 

Cartavélo, détail de la cyclabilité à l'échelle d'un quartier

 

Le matériau de base de la cartographie est la donnée, dont la collecte est un casse-tête, en particulier sur le vélo qui ne figure pas dans les archives des collectivités. C'est ce que constate Géovélo , start-up qui défriche le terrain à Nantes, Tours, Paris, Lyon et bientôt à Toulouse, dans le cadre du Predit. "Nous travaillons comme des artisans, en parcourant les territoires à vélo et en misant sur un système ouvert et collaboratif, sur Open Street Map", souligne Benoit Grunberg, le fondateur. L'approche de cartographie ouverte et contributive de Géovélo le distingue de son concurrent Moviken. "C'est comme comparer Linux et Microsoft", s'amuse-t-il. Le site et l'application donnent accès à un calculateur d'itinéraires intégrant une variable rapidité et sécurité, mais aussi la notation publique des itinéraires proposés et une signalétique pour désigner les perturbations liées aux travaux, bouchons, etc.

 

 

Géovélo, calculateur d'itinéraires à Tours

 

À l'échelle d'un territoire, Géovélo cherche à mettre en place une coopérative avec la collectivité territoriale, les opérateurs de transports et les usagers pour mettre à jour en permanence la base de données : "La méconnaissance des collectivités est parfois grande, à la fois sur les données vélo existantes et sur ce qu'il est possible de réaliser avec. En Ile-de-France, les différents services se connaissent mal et ignorent quelles sont les données disponibles chez leurs collaborateurs. Autrement dit, le partage des données doit d'abord se faire en interne. Enfin, les décisions politiques, les travaux ou encore les arrêtés de voirie ne sont pas renseignés sur une carte ou dans un système d'informations. Dans les grandes agglomérations, les choses commencent à se structurer mais le péri-urbain reste un vaste chantier, sur lequel nous voulons nous positionner."

 

Dans le monde, les projets de cartographies collaboratives essaiment pour faciliter la vie des cyclistes qui évoluent en milieu parfois hostile, comme à Moscou, où une carte a vu le jour en 2010 ou encore à Washington DC, avec bikeplanner.org , calculateur d'itinéraires cyclables intégrant la rapidité, l'inclinaison des rues et la qualité cyclable du parcours. Une étude du Mineta Transportation Institute , menée dans la ville de San José (Californie), cartographie le niveau de "stress" des rues de la ville en se basant sur la vitesse de circulation, l'absence de pistes cyclables et la dangerosité des intersections. Elle met en lumière les ruptures dans la trame cyclable et permet, selon les auteurs, d'orienter avec précision les investissements publics.

 

 

Cartographie des zones sans stress de San José, marquées par des zones de rupture

 

La cyclabilité des villes est un enjeu pratique mais aussi politique, alors que les systèmes de VLS essaiment et que l'image de la ville cyclable est désirable. Cartographier la cyclabilité relève d'un exercice de transparence et d'ouverture dans le jeu des acteurs publics et privés. En plus d'un service pratique pour les usagers, il favorise une planification intelligente des infrastructures cyclables.

 

* Voir à ce sujet, notre projet "Partages, usages et modélisation de la donnée publique" (ANR Ville durable 2010).

 

 

 

 

 

Commentaires

12 12/13 de Etienne Come

Les applications tel que bikeplanner.org peuvent être aisément transférées à d'autres territoires grâce à la nature open source des outils et données utilisés voir les transferts à :

New York http://cibi.me/ et Paris http://velibme.comeetie.fr

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