Analyse du Forum Groupe Chronos - Comment les hommes bougent ?

09 01/2013 de Chronos

Comment les hommes bougent ? Ce n'est pas le titre d'une somme sur les mobilités contemporaines mais celui du dernier dossier de prospective du présent de Chronos. En 2011, l'agence a initié la production annuelle de ces cahiers thématique à vocation pédagogique et de communication. Après un premier numéro consacré aux Tiers-lieux, Tiers-temps, le forum du 14 décembre 2012 a été l'occasion de présenter la seconde publication de la série - Comment les hommes bougent? - qui met en regard une analyse de nouvelles pratiques de mobilité et des éclairages sur l'accompagnement du changement.

 

Léa MARZLOFF, responsable du Groupe Chronos, a introduit la rencontre avec une description de l'ouvrage, du travail partenarial et de la méthode qui ont présidé à son élaboration.

 

Laurence SELLINCOURT, consultante en management des transformations, a ensuite présenté une vision de l'accompagnement du changement et précisé les grands principes qui sous-tendent l'approche de Chronos sur le sujet.

 

Patricia VARNAISON-REVOLLE, responsable du Département Déplacements Durables au Certu, a complété ces interventions en indiquant les principaux messages du Certu sur le management des mobilités.

 

Quelle est la temporalité du changement ? Collectivités, associations, entreprises, usagers, etc. : quel est le rôle de ces différents acteurs ? Ce rôle varie-t-il d'un territoire à un autre, d'un problème à un autre ? Ces questions, et d'autres, ont été débattues à l'issue de ces courtes prises de parole. L'ensemble vous est restitué de manière synthétique dans ce compte rendu de la rencontre.

 

Téléchargez le dossier en cliquant sur l'image

 

 

Présentation du dossier de prospective du présent 2012 - Léa Marzloff

Les dossiers de "prospective du présent" de Chronos visent à apporter un éclairage sur une thématique spécifique. Grâce au soutien du design, ils sont facilement appropriables et ont ainsi une dimension pédagogique.

 

Pourquoi parler de "prospective du présent" ? Loin de présenter des scénarios à long terme fondés sur des probabilités, ces dossiers décryptent des signaux qui émergent aujourd'hui et sont porteurs de changement. Cette prospective a en outre une dimension volontariste : une vision d'un futur souhaitable est proposée.

 

Enfin, l'ouvrage "Pourquoi les hommes bougent" choisi un parti pris dans l'analyse. Il met l'accent sur les mesures douces mobilisées dans l'appropriation du changement. Souvent négligées, celles-ci sont néanmoins des leviers nécessaires à la pleine efficacité de nouvelles infrastructures, de mesures légales et coercitives qui touchent à la structure même des systèmes de mobilité.

 

Le dossier est organisé en trois parties, qui suivent les grandes étapes de l'appropriation du changement : la découverte, l'appropriation, l'implication. Dans chacune de ces trois parties, trois projets ont été sélectionnés qui apportent un éclairage sur l'évolution des mobilités et sur les outils mobilisés dans l'accompagnement du changement. Les mobilisations qui concluent chacune de ces sous-parties constituent autant de synthèses et de moyens d'appropriation de ces sujets complexes.

 

 

© Chronos

 

Les neuf projets sélectionnés dans le dossier sont :

  • Walkscore, site web et application mobile qui calcule le score de marchabilité d'un quartier en fonction des services publics et aménités à proximité du lieu. Le service permet de mesurer si un quartier est plus ou moins marchable. Les agences immobilières se sont largement emparées de cet outil pour renseigner la "marchabilité" de leurs biens.
  • Voiture & co, association française montée à l'origine autour du covoiturage à Nanterre et qui aujourd'hui a deux actions principales : sensibilisation à des pratiques de mobilités durables et aide à l'accès à la mobilité pour les populations fragiles.
  • Avego driver est une application locale de covoiturage dynamique expérimentée dans des contextes variés en Europe et aux Etats-Unis
  • Parking day, évènement international annuel d'une journée en septembre où les places de stationnement automobile sont détournées pour interroger les usages de l'espace public.
  • Give a minute et Change by us sont des plateformes qui permettent le partage d'idées et l'organisation collective pour les transformer en projets dans la ville.
  • Toyoma est une ville japonaise qui a mis en place un ensemble de mesures pour favoriser densification et compacité.
  • Lund est une ville suédoise qui a une politique ambitieuse sur le vélo et le report modal vers les transports en commun.
  • Escolas de Bicicletas à Sao Paolo : un programme ambitieux d'intégration d'une culture cyclable dans les centres d'éducation de Sao Paolo
  • Optimod'Lyon, projet de recherche expérimental soutenu par l'ADEME, qui vise la constitution de services de mobilités innovants grâce au partage de données des différents opérateurs.

 

Une approche de la conduite du changement - Laurence Sellincourt

En règle générale, on considère qu'il existe cinq phases dans l'appropriation du changement*. Dans Comment les hommes bougent ? cependant, nous avons décrit ce processus selon trois étapes, par souci de simplification. Il s'agit de la découverte, de l'appropriation et de l'implication. Le niveau d'expérience de l'individu - depuis l'absence d'expérience, jusqu'aux expériences renouvelées et à l'appropriation sociale - est intégré dans ces trois étapes.

 

 

Chacune de ces trois grandes phases est ensuite subdivisée en sous-parties qui permettent d'introduire neuf points sur l'accompagnement des transformations. Ces derniers se caractérisent par une ligne commune : ils appartiennent au corpus des outils de management du changement adaptatifs, c'est-à-dire de l'approche douce du changement. Nous ne sommes pas là dans le management d'exécution du changement, plus cadré, contraint, dans lequel on va rechercher la construction de normes réglementaires ou de projets qui vont contraindre l'individu dans sa nouvelle pratique, soit par l'interdiction soit par la pression.

 

L'introduction de ces neuf points met en évidence le fait que les outils et les actions de l'accompagnement peuvent être de natures très différentes : information, communication, expérimentation, intégration de l'individu dans le processus de management, etc. Certains des éclairages présentés sont connus, d'autres sont plus originaux comme l'utilisation du concept d'hétérotopie (voir analyse p. 25 du dossier).

 

Plusieurs principes propres au management adaptatif méritent d'être mis en évidence : d'une part, les actions mises en place peuvent être remises en cause par les utilisateurs ou cibles visées. D'autre part, la prise en compte du temps nécessaire à l'adoption du changement est importante. Le management adaptatif suit au plus près les réalités du terrain et cherche à s'adapter aux difficultés des individus confrontés au projet. Pour cela, les principes de facilitation, qui relèvent d'aide et d'accompagnement formels, mais également d'actions informelles, comme la possibilité de rencontres spontanées, sont mobilisées.

 

*Les cinq phases sont : la découverte, l'expérience, la routine (appropriation individuelle), l'appropriation collective ou sociale (norme), l'implication.

 

Le management de la mobilité selon le Certu - Patricia Varnaison-Revolle

Le Certu est un centre de ressources sur la ville durable. Sa mission est d'être à l'écoute du terrain, de faire connaître les bonnes pratiques à l'oeuvre dans les territoires, d'en tirer des enseignements et de les diffuser.

Pour le Certu, traiter du management de la mobilité, c'est s'intéresser à la demande plutôt qu'à l'offre de mobilité dans l'idée d'influencer les comportements et habitudes. L'accent est mis sur la promotion, l'accompagnement, etc. plutôt que sur des mesures structurelles comme la construction de nouvelles infrastructures. Les moyens sont divers : PDE, PDIE, campagnes d'information sur les bénéfices des divers modes alternatifs à la voiture, voire marketing personnalisé. La communication autour du télétravail et des tiers-lieux ne doit pas non plus être négligée.

La France n'étant guère en avance sur ces questions, le Certu a rejoint une plateforme d'échanges européenne appelée EPOMM (ECOMM est le nom de la rencontre annuelle de ces partenaires) pour tirer parti des enseignements des autres pays.

À ce jour, quelques grands messages méritent d'être soulignés :

  • Les outils du management de la mobilité doivent être mieux identifiés, définis et rassemblés dans un tout cohérent et facilement appropriable.
  • Le déploiement de PDE et PDIE n'est pas suffisant. Les démarches de ce type requièrent une animation spécifique pour pouvoir vivre dans la durée.
  • Les PDU se consacrent aujourd'hui quasi exclusivement sur des mesures lourdes : ils doivent intégrer des mesures douces.
  • Enfin, il faut s'atteler à définir les termes de la gouvernance pour le management de la mobilité. Le GART demande à l'heure actuelle à ce qu'il y ait des autorités sur la mobilité durable qui développent ces compétences. Jusqu'où faut-il aller ? Qu'est ce qui doit relever de la responsabilité des collectivités ? Comment éviter de réduire les initiatives privées ? Comment combiner actions publique et privée ?

 

Morceaux choisis - Echanges

La temporalité du changement - Connaissons-nous l'échelle temporelle de chacune des trois phases de l'appropriation du changement ? (Denis Darmouni, Renault)

Laurence Sellincourt : Dans ce domaine, nous sommes face à des logiques individuelles, difficiles à rationaliser. D'un projet à l'autre, d'une action à l'autre, d'un fait émergent à l'autre, nous n'allons pas avoir les mêmes capacités d'évolution. Classiquement, lorsque l'on est confronté à des changements culturel, on considère que l'appropriation du changement prend des années. Sur des changements d'ordre techniques, si une dynamique d'accompagnement et de pédagogie est à l'oeuvre, cela peut prendre quelques mois. De nouvelles pratiques peuvent aussi trouver leur ancrage dans des usages déjà existants, les individus vont alors se baser sur des compétences déjà organisées mais les utiliser dans une autre dimension. Là aussi le changement sera plus rapide. Il est aussi possible de recourir aux méthodes de management d'exécution pour institutionnaliser plus vite une action pour laquelle il y a déjà eu une phase de sensibilisation. Enfin, quand on monte un projet, il est nécessaire d'évaluer le temps souhaité et les moyens en face pour éviter les dé-prescriptions de moyens.

 

Mobilité et démobilité - La vision du Certu du management de la mobilité intègre-t-elle les notions de "quotidien à distance" ? (Bruno Marzloff)

Bruno Marzloff et Patricia Varnaison-Revolle : Dans le récent palmarès de Ville Rail & Transports, le Grand Lyon a été récompensé pour son initiative de covoiturage. Parrallèlement, grâce aux technologies numériques, le quotidien à distance, c'est à dire la capacité à ne pas bouger, se développe. En 2013, le Certu va sortir un dossier qui traite spécifiquement du lien entre management de a mobilité et télétravail.


Gouvernance et représentations - Les écarts entre opinion des élus et grand public

Véronique Michaud, secrétaire générale du Club des Villes et Territoires Cyclables et Bruno Marzloff : Il est nécessaire de travailler sur l'écart entre l'opinion des élus et celle du grand public. Les élus ont ainsi des difficultés à appréhender la transformation des pratiques des usagers quant aux économies de mobilité. On oublie ainsi trop souvent que le covoiturage trouve sa justification dans une réduction des coûts supportés par les ménages.


Quelques réflexions tirées de l'événement PARK(ing) DAY

Stéphane Cagnot et Laurence Sellincourt : L'ambition de PARK(ing) DAY est de réfléchir aux usages de l'espace public et à sa co-conception grâce à l'implication des citadins. Pour Dédale, qui orchestre cet événement en France, l'enjeu est de parvenir à tirer de cette journée un ensemble de recommandations concrètes pour les professionnels de la ville et les élus. Un Livre Vert est en cours de préparation, il sera diffusé en 2013.

L'événement, lancé en 2005 à San Francisco est désormais présent dans plus de 180 villes du monde. Il a démarré en France en 2010 et a pris depuis une certaine ampleur. D'un pays à l'autre, d'une ville à l'autre, on constate que les approches et les modes d'implication diffèrent. Ainsi par exemple, tandis qu'Outre-Atlantique le mouvement est vraiment parti du bas, il a fallu, en France, qu'un réseau d'acteurs s'empare de l'événement pour que la manifestation s'organise. Des passeurs, des éclaireurs sont nécessaires pour favoriser le développement de dynamiques citoyennes dans l'Hexagone.

Dans certains territoires, ce sont les collectivités elles-mêmes qui se sont emparées de l'organisation de l'événement. Ca a été le cas d'Amiens Métropole qui a géré son PARK(ing) DAY de manière institutionnelle, en fermant des rues entières. Dans d'autres collectivités, à l'inverse, les usagers se sont trouvés en conflit avec la Ville car l'événement ne fait pas l'objet d'un accord national.

Pour Laurence Sellincourt, cet exemple illustre bien les enjeux de gouvernance dans les processus d'accompagnement du changement. L'intervention de l'individu dans des projets urbains n'est pas sans poser de problèmes. Elle peut entrer en conflit avec des normes institutionnelles et engendrer un besoin renforcé de régulation, de gestion locale. On comprend bien avec PARK(ing) DAY qu'il est difficile de normer les éléments de l'accompagnement du changement.

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, les territoires, le numérique et le quotidien.

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