EDITO

Il y a un siècle et demi, Toyoda fabriquait des métiers à tisser
automatiques. Il y a un demi siècle, étranglée financièrement, la firme
échappa à la faillite par des commandes de camions pour l’armée
américaine en Corée. Rebaptisé Toyota, il est devenu premier
constructeur mondial en nombre de véhicules produits cette année.
L'entreprise s'intéresse aux robots et aux modes de locomotion
écologiques et efficients pour une mobilité quotidienne en ville, aussi
bien dans des espaces publics fermés qu’ouverts. L'ambition transparaît
un peu plus à chaque innovation. La dernière se nomme Winglet. Pour
faire court, le Winglet est à la voiture ce que le widget est aux
applications lourdes. C’est un moyen de transport léger, furtif,
fluide, urbain, mobile… emblématique d'une glisse urbaine à laquelle
beaucoup de citadins rêvent. Segway l'avait rêvé, Toyota l'a fait.
Reste à passer l'épreuve commerciale.
(Le reportage est de Karyn Poupée. L'édito et les titres sont de la rédaction Chronos)
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Pour une société où l'on prend plaisir à se déplacer librement
Le Winglet entend simplifier les déplacements dans les rues, les gares, les aéroports, les centres commerciaux… La petite plate-forme à deux roues avec une partie verticale logée entre ses chevilles (modèle S), entre ses jambes (modèle M), ou un manche à poignée à tenir à la main (modèle L) laisse perplexe sur l'équilibre du "mobiliste". Et pourtant, ça marche… comme le Segway. Les Nippons n'imitent pas, ils améliorent. Au pire, s'ils s’inspirent d’un concept, ils en font très vite le diagnostic et en corrigent les lacunes pour leur propre marché. La copie est supérieure à l’original en termes de commodité, d’ergonomie, de qualité et de fiabilité, au moins pour les utilisateurs japonais. Dans de nombreux cas, voitures en tête, ce sont souvent les mêmes défauts qui sont éliminés : encombrement, consommation excessive de ressources, difficultés d’usage. De fait, le Winglet est autrement plus compact, plus maniable et plus sûr que le Segway dans les zones d'affluence. Il passe partout. En revanche, il faut mesurer moins de 1,85 m (et plus de 1,50 m) et peser moins de 100 kg (et plus de 35 kg).
Le Winglet, sur lequel le passager se maintient debout, enferme un petit moteur électrique, une batterie, des capteurs et plusieurs innovations technologiques pour garantir l'équilibre et une manipulation aisée et sûre. Le prototype du modèle le plus facile à manier (avec un manche et une poignée) peut même intégrer un terminal d'information et de localisation. Nous voulons contribuer à créer une société où l'on prend plaisir à se déplacer librement et en sécurité, explique Toyota.
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Pour un quotidien nomade et multimodal
La plate-forme mesure 26,5 cm de long et 50 cm de large. Ne pesant qu'une dizaine de kilog, le plus petit modèle se plie et se porte comme un sac-à-main pour prendre le train ou le métro. La charge totale de la batterie nécessite deux heures pour une autonomie de quelque 30 km, précise un responsable d’un site d’essai de Toyota, Tomio Tsukagoshi. Le Winglet, encore au stade expérimental, est peu rapide (6 km/h). Il est d'abord pensé pour permettre aux piétons d'allonger les distances de déplacement, pour donner une certaine autonomie à ceux qui ont des difficultés à marcher et pour offrir aux personnes mobiles une nouvelle solution afin de mieux combiner les modes de transport sans perdre de temps.
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Des mouvements de glisse urbaine

A peine dévoilé à la presse, le grand public fut invité à le tester une dizaine de minutes par personne dans un vaste show-room de Toyota à Tokyo. Les candidats se pressent. Toyota est obligé d'éliminer les mineurs, les obèses, les trop maigres, les soûlards, les chauffards, puis de tirer au sort… Remplissant tous les critères discriminants, votre serviteur l'a testé. La prise en main passe par le guidon : le pencher vers soi pour incliner la plate-forme et poser un pied dessus, puis repousser le guidon jusqu’à ce que le voyant lumineux situé dessus passe au vert, l’angle est alors correct. Poser le second pied sur la plate-forme, vous êtes en équilibre stable sur l’engin, prêt(e) à avancer ; se pencher légèrement en avant, la vitesse est fonction de l’inclinaison. Pour tourner, plusieurs possibilités. Si l’on veut faire une rotation sans avancer, le plus simple est d’appuyer sur un bouton prévu à cet effet. Avancer ou reculer, c’est naturel : exercer une force avec les jambes d’un côté ou de l’autre en maintenant son corps droit, comme dans une descente à skis.
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Intimidant mais facile
Grosso modo, en cinq minutes, tout le monde pige et commence à s’amuser à faire des tours de piste de plus en plus vite et avec une adresse croissante. Sur les dix personnes observées, toutes ont apprivoisé l'objet sans difficulté… et sans chute. C’est beaucoup plus facile que je ne l’imaginais, témoigne une jeune fille qui n’a jamais fait de ski. Le mode d’emploi est archi-simple et l’on trouve tout de suite ses marques, renchérit un trentenaire amateur de glisse. L'appareil est léger, on se sent en liberté, pas embarrassé, ajoute une troisième. La gestuelle devient très vite naturelle. Plus on prend de l’assurance, plus on se décontracte, plus l’agilité croit. Dangereux pour les piétons ? Non, car le pilote peut arrêter son mouvement immédiatement. Au pire, le piéton saisit le manche pour que la machine stoppe net. "Ce véhicule est prévu pour être utilisé dans les lieux publics où se pressent les passants, assure le préposé de Toyota. Des expérimentations auront lieu cet automne dans des sites où affluent les piétons pour démontrer l'absence de risques.
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Le Winglet est un robot assisté
La commercialisation est prévue en 2010, d’abord pour un usage en site fermé, et ensuite, une fois toutes les règles posées avec les autorités, en extérieur. Le prix n’est pas encore fixé, il se situerait aux alentours de 200.000 yens (1300 euros), selon M. Tsukagoshi, soit quelque 35% du prix d'un Segway. Toyota songe aussi à un modèle locatif. Compte tenu du prix relativement accessible, les personnes interrogées disent qu’à tout prendre, elles préfèreraient en faire l’acquisition. Pour l’heure, Toyota n’envisage pas de le tester hors du Japon. Ce nouveau mode de locomotion, qui a exigé huit ans de recherche, a été développé dans le cadre d'un projet plus vaste de "robots partenaires" lancé depuis plusieurs années par Toyota et entré récemment dans une phase plus concrète avec un budget plus conséquent. Toyota est désormais le fer de lance japonais de ce secteur en gestation, soutenu par les pouvoirs publics. Nous voulons accélérer le développement de robots et outils de mobilité qui apportent une contribution à la société, sur la base de nos acquis et de nos innovations dans le domaine de la production automobile, répète à l’envi le PDG de Toyota, Katsuaki Watanabe.