Le Monde mentionne "les quelques 160 hectares 'artificialisés' (de l'urbain conquis sur la campagne) chaque jour en France ; entre 1992 et 2004, l'augmentation de l'extension de ces surfaces est de 20%, alors que la population ne croissait que de 6%." L'étalement entraîne mécaniquement une croissance des flux et des congestions. Autre congestion, celle des flux d'un Internet qu'on imaginait illimité : "la demande pour les services Internet est exponentielle, tandis que les investissements dans l’accès à Internet sont linéaires", selon l’institut
Nemertes Research . Ecrans évoque l'étouffement des infrastructures du réseau d'ici 2010 et
la guerre de la neutralité : "La Neutralité vise à empêcher la création d’un Internet à plusieurs vitesses et la naissance d’un Internet privé et payant." En effet, les Comcast, AT&T, Verizon et Time Warner réclament au Congrès la possibilité d’ouvrir des voies rapides et payantes à la manière des autoroutes. Ils ont pour eux la légitimité de fournir des infrastructures de réseau gratuites. Ils sont pour l'heure contrés par les administrateurs d'internet et par les Google, Yahoo, Microsoft, situés objectivement du côté des usagers et donc pour le maintien des règles. Enfin, Le Monde rappelle l'
engorgement d'une ligne du métro parisien. La ligne 13, d'une charge de 600.000 voyageurs-jour, explose avec un taux moyen d'utilisation de 116% et annonce l'extension de ces congestions à la majorité des lignes parisiennes d'ici 2010. L'offre s'essouffle ailleurs aussi et ne sait plus répondre aux besoins de mobilité. Mais les "besoins" sont-ils la "demande" ?
Trois articles, trois sujets, trois espaces – mêmes constats d'inflations et d'engorgements. L'espace géographique, l'espace d'Internet et l'espace des déplacements tentent l'ajustement de l'offre et la demande. La loi du marché est implacable : si des ressources inépuisables cessent de l'être, alors des marchés se créent pour contingenter l'offre (l'air par exemple avec le négoce des CO2). Le raisonnement vaut-il pour la mobilité ? Les mobilités "métriques" et numériques butent sur des limites de solvabilité d'espace et d'énergie. Créer plus des canaux pour que s'écoulent les flux surnuméraires ? La fuite en avant porte en germe de futurs engorgements (
La solution, c'est le problème ) : la solvabilité de l'espace se réduit tandis que l'addition des canaux crée la multiplication des flux. Un nouveau canal absorbe le trop plein de flux, mais crée un appel pour de nouveaux flux. La régulation par les prix permettrait l'équilibre ? Beaucoup regardent avec attention la "congestion charge" de Londres et Internet se pose le problème dans les mêmes termes. La régulation par les prix est admise avec son lot d'inégalités. Dans les
Echos , Pierre Coppey PDG de Cofiroute confirme, "Pour être durable, la mobilité doit être payante". Les mobilités ont un prix qui ne cesse de croître parce que les ressources pour les servir se raréfient, même si l'analyse est en porte à faux avec les sirènes du low cost ou avec le discours du coût marginalement nul des données numériques. Serions-nous pris en tenaille entre la restriction et la régulation par les prix ? L'idéologie de la "neutralité" masque un équilibre incertain dont l'usager est l'otage et tombe dans l'impasse d'un malthusianisme de l'offre, d'un repliement sur soi et d'un reniement du droit aux mobilités.