Entretien avec Philippe Wang, Directeur Machine-to-Machine - SFR Business Team

02 11/2010 de Bruno Marzloff

Selon Philippe Wang, directeur Machine-to-Machine de SFR Business Team, les industries des transports et des télécommunications présentent des analogies fortes en particulier dans leur système de rentabilité et la gestion capacitaire d'un réseau. Il aborde de façon pragmatique la question de la concurrence entre les réseaux et le réflexe protecteur d'étanchéité entre les offres de chacun d'eux, pour conserver un lead. Une position difficile à tenir qu'il vaut mieux laisser choir au profit d'une stratégie win-win de l'interconnexion et de la transparence des services afin de favoriser les nouveaux usages. Il en appelle à une collaboration entre les réseaux. Et pourquoi pas un "Illimythics" des transports ?

 

Cet entretien s'inscrit dans le cadre de la démarche du "Manifeste de la mobilité durable" de l'Union des Transports Publics et ferroviaires, disponible ici.

 

Télécommunications et transports : des analogies

Il est intéressant de noter que les industries des transports et des télécommunications présentent des analogies fortes. Un réseau de télécommunications représente un investissement lourd, à l'instar d'un réseau de transport (que l'on parle d'une infrastructure comme d'une flotte de moyens de transport).

Ces investissements permettent de disposer d'une capacité, et la rentabilisation dépendra des usages réels par rapport à la capacité déployée. Une rentabilisation sur le long terme, mais qui va donc dépendre d'un pilotage quasiment en temps réel.

Typiquement, si la demande est trop faible par rapport à la capacité, l'investissement n'est pas rentable. Si a contrario la demande dépasse la capacité, la qualité de service baisse, avec un impact à la baisse de la demande.

 

Réseau et réseaux

La gestion capacitaire d'un réseau est complexe, et elle l'est encore plus lorsqu'existent d'autres réseaux apportant des services similaires : à titre d'exemple dans les télécommunications, les réseaux de télécommunications fixes et les réseaux de télécommunications mobiles, pouvant proposer les uns comme les autres des services de communication vocale ou d'accès à Internet.

La gestion capacitaire dépend de l'usage, mais l'utilisateur ne peut en général utiliser simultanément plusieurs réseaux. Il faut donc tenir compte de la répartition de l'usage entre les différents réseaux. Se pose alors une question de concurrence potentielle entre ces réseaux ou de complémentarité de ces réseaux.

À l'instar des marchés de l'électronique grand public, qui connaît un renouvellement rapide des produits, une tendance naturelle d'un acteur qui investit peut être de rester hors concurrence, en développant des produits étanches du point de vue des standards techniques ou en avance sur des standards futurs.

Du point de vue économique, une telle approche peut certes limiter le potentiel de ventes. Mais elle permet aussi, justement, d'être moins sensible à la concurrence, et donc de mieux piloter la rentabilisation d'un investissement.

Autrement dit, il peut être économiquement valide de viser des volumes moins importants mais une part de marché supérieure. Cependant, à moyen terme, ces produits s'ouvriront aux standards, pour qu'un marché puisse pousser les volumes au-delà d'un acteur, et bien évidemment car la demande des clients finaux porte sur des produits ouverts aux standards.

Ignorer les autres réseaux pour rester hors concurrence est donc une position difficile à conserver sur le long terme.

 

Interconnexion et convergence

Dans les télécommunications, l'un des premiers axes de développement du marché a été l'interconnexion entre des réseaux différents (fixes et mobiles par exemple) comme concurrents (mobiles et mobiles par exemple). Une interconnexion qui crée une nouvelle complexité de gestion capacitaire (impacts croisés), mais qui surtout lève un frein d'adoption et d'usage.

Et au-delà de l'interconnexion, les télécommunications rendent aujourd'hui possibles des services transparents par rapport aux réseaux utilisés. Il s'agit de la "convergence". Une illustration chez SFR est son approche "toujours connecté au meilleur réseau" (Always Best Connected) : SFR propose une connexion à Internet en tout lieu, à tout moment, mais gère pour l'utilisateur le choix du meilleur réseau d'un point de vue technico-économique. Le service rendu, par une complémentarité des réseaux, n'est pas seulement plus performant, il est aussi optimisé du point de vue des coûts. Ce qui permet d'élargir l'offre tout en la rendant plus facile d'accè

 

Nécessaires collaborations et limites du collaboratif

On le voit, la "collaboration" entre des réseaux complémentaires peut avoir des vertus. Elle peut permettre de favoriser les usages, de maîtriser l'optimisation capacitaire de chaque réseau et de l'ensemble des réseaux. Même si elle ne masquera pas la concurrence entre deux réseaux apportant les mêmes caractéristiques.

Dans le domaine des transports, il s'agirait donc de permettre plus de déplacements, avec moins d'effets sur l'environnement, tout en assurant une optimisation capacitaire de chaque réseau. Une "collaboration" potentiellement simplifiée par le fait que les différents modes de transport présentent rarement des caractéristiques totalement identiques.

Pour que cette collaboration soit opérante, des échanges de données sont nécessaires. De la même manière que l'on ne peut proposer un "Always Best Connected" sans connaître les réseaux "sur lesquels se connecter", une proposition de transport "convergent" devra s'appuyer sur une connaissance des différents moyens de transport disponibles.

Les vertus du "collaboratif" sont nettement visibles aujourd'hui dans notre vie personnelle comme professionnelle quotidienne : développement de logiciels collaboratifs, encyclopédies en ligne collaboratives, facteurs d'échelle par la mise en commun de ressources matérielles, Web 2.0 ou encore le réseau Internet en lui-même, n'en sont que quelques exemples.

Mais ces vertus ne doivent pas effacer des règles nécessaires à cette "collaboration".

D'une manière générale, chacun est prêt à "collaborer", si cette collaboration ne se fait pas à ses dépens. Chacun est prêt à partager un véhicule, et à faire des efforts pour le restituer en bon état, si les autres utilisateurs font de même.

C'est d'ailleurs le débat de la "Net Neutrality" qui agite le monde de l'Internet. Les fournisseurs d'accès à Internet proposent aujourd'hui des prix qui, de par le marché, n'évoluent pas, pour un accès illimité. Or, les pages d'accueil des sites Web, par exemple, ont vu leur taille moyenne multipliée par dix en quelques années. Et de nouveaux services encore plus "gourmands" en capacité, tels que les services de rattrapage de la diffusion de programmes télévisuels, font leur apparition sans que les fournisseurs d'accès aient de nouveaux revenus associés, et ne puissent donc amortir les nouveaux investissements capacitaires nécessaires.

 

Les télécommunications dans la chaîne des mobilités

Au-delà de ces métiers d'opérateurs de télécommunications, SFR dispose d'une expérience dans de nombreux domaines qui existent tant dans les télécommunications que dans les transports. Citons en particulier la gestion capacitaire mono-réseau et multi-réseau, et ses outils plus fins tels que la planification, l'évaluation d'impact a priori et la mesure d'impact a posteriori, ou encore la régulation tarifaire. Appliquée dans le domaine des transports, cette expérience permettrait d'évaluer, de calibrer, et d'ajuster un "Illimythics" des transports. Car nous répondons aux mêmes défis de congestion, de fluidité, de multi-modalité, visant les mêmes utilisateurs.

Enfin, SFR est née de la mobilité, une mobilité étroitement associée à l'univers des transports (les premiers téléphones mobiles étaient des téléphones de voiture). Nous accompagnons nos clients dans leur mobilité, leur proposons des services associés à leur mobilité (bureau mobile par exemple) ou à une non-mobilité (télé-présence par exemple). Et nous savons mettre en les mains de nos clients de nouvelles technologies, de nouveaux services, dans des conditions d'usage optimales et en répondant aux équations économiques des différentes parties prenantes.

SFR participe ainsi à la chaîne des mobilités, et peut contribuer à la dimension des transports et déplacements. La forme précise de cette contribution ne pourra être définie qu'au travers un dialogue ouvert avec l'ensemble de l'écosystème, tenant compte des légitimités, attentes, métiers, et problématiques de chacun.

Ce dialogue abordera certainement des questions de standards, de concurrence, et de partenariats. L'une des spécificités de SFR est justement d'avoir bâti son activité dans des logiques de standards (GSM, 3G, IP), de concurrence, et de partenariats avec d'autres industries (terminaux, applications, contenus, solutions métiers, machine-to-machine, etc.).

Présentation de Chronos

 

Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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