Nous ne sommes pas Chronos pour rien. Voilà pourquoi notre première tribune de l'année s'ouvre au temps. 'Une pauvreté se fait jour, nous appartenons à une société pauvre de temps, au point que la rareté du temps régit totalement la société, ses transactions et ses classes politiques'. L'argument du récent film Time Out est pleinement actuel. Nous sommes interpellés par les bouleversements du temps, avec en arrière-plan le rêve récurrent de l'éternité (voir aussi les recherches biologiques de l'Inserm sur l'allongement de la vie, "Panoramix anti-âge", in Libération, 27.12).
Le film, sorti en fin d'année, est malheureusement desservi par un scénario insipide. Dommage, car l'actualité du temps nous cerne et cette science-fiction, qui fait du temps une valeur pivot des sociétés, soulève des questions cruciales. Le succès en 2011 du livre Accélération : une critique sociale du temps, confirme que le réalisateur ne s'était pourtant pas trompé dans son analyse. Le temps intéresse, préoccupe, sa perception se transforme à toute vitesse. Les accélérations - technique, changement social, rythme de vie... - se conclueraient selon Hartmut Rosa par l'expérience du stress et du manque de temps. La thèse est passablement émoussée mais l'attention qu'on y porte souligne son actualité constante. Plus intéressante est la consolidation de "la déspatialisation du temps" (Thierry Paquot, Urbanisme, 1997) et de ses conséquences.

