La conversation sur mobile de votre voisin dans le bus est sans doute l'expérience la plus symptomatique de la réflexion proposée par Adam Greenfield (1). L'espace public n'est plus le même quand y circulent des conversations, non plus seulement privées - elles ont toujours existé -, mais aussi personnelles. Son article "On space as a service" porte sur "les ressources de l'espace partagé et médiatisé par la technologie".
A l'heure du numérique ambiant, l'espace public négocie sa "part de privatisation". En clair, qu'y a-t-il à gagner (et à perdre) pour l'usager à investir un lieu public et y conduire aussi des activités privées ? En tout état de cause, l'usage des outils numériques chahute la notion même d'espace public et interroge ses partages, son urbanité et son économie. La réflexion n'est pas inutile pour les opérateurs de tiers-lieux qui hébergent de plus en plus cette population nomade connectée, ni pour la ville qui dispose là du levier d'une "ville intense", ni pour l'économie que domine le service de manière massive (voir Everything as a service).
(1) Designer numérique et essayiste, Adam Greenfield est l'un des architectes d'information les plus influents et reconnus aux Etats-Unis et en Europe. Retrouvez la traduction de son texte "Transmobility" sur le site de Chronos.

