Cette note retraverse les problématiques et analyses développées dans le cadre d'un Mémoire de Master I Études européennes (Paris III, mai 2010) : "La pertinence de l'éco-quartier dans la construction d'une politique de développement urbain durable. Études de cas : Vauban (Fribourg en Brisgau, Allemagne) et la Zac de Bonne (Grenoble, France)", dirigé par Violaine Delteil, Maître de conférences en Sciences Économiques (Paris III).
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Introduction : la multiplication des éco-quartiers
Le développement urbain durable est une injonction que s'appliquent aujourd'hui la grande majorité des villes européennes. Poursuivant les principes onusiens de la Conférence de Rio, la Charte d'Aalborg engageait les maires signataires dans une politique « durable » : respecter et préserver l'environnement et les ressources naturelles, promouvoir la justice et l'équité sociale, permettre le développement d'une économie pérenne. Or, la redéfinition de la conception de la ville et de son modèle d'organisation apparaît comme une route pleine d'embûches, d'intérêts divergents, de logiques court-termistes ou sectorielles de certains acteurs, de manque d'imagination, parfois. L'apparition de l'éco-quartier apparaît dans ce contexte comme un éclaireur. Il tente d'appliquer à l'échelle d'un quartier les exigences de ce développement durable (Ecoquartier et ses mobilités, introduction).
Le travail de recherche, ici brièvement présenté, revient sur le développement des éco-quartiers de Vauban et de la Zac de Bonne. En analysant leurs différentes acceptions (écologique, économique et sociale), il interroge la pertinence de ces nouvelles formes d'urbanisme en tant qu'expérimentations de la ville durable.
Pionnier des éco-quartiers de l'Europe du Nord, Vauban se distingue de ses voisins en ce qu'il est le fruit d'une initiative citoyenne, imaginé et conduit par des citadins, soucieux d'un environnement urbain plus sain et plus calme. Dans cette première vague d'éco-quartiers des années 1990, certains sont principalement connus pour leurs normes écologiques et techniques, ou architecturales (l'anglais BedZed, près de Londres, les suédois Bo 01 à Malmö et Hammarby à Stockholm). Une seconde vague apparaît aujourd'hui, dans laquelle la Zac de Bonne fait figure exemplaire dans les médias. Lauréat du Grand Prix National EcoQuartiers 2009 du MEEDDM, ce projet fait partie des premiers écoquartiers français réellement aboutis. Des efforts importants ont été menés dans le domaine écologique (normes basse consommation des bâtiments, espaces verts, voies cyclo-piétonnes, accessibilité des transports en commun, etc.), social (40% de logements sociaux sur les 850 logements, établissement pour personnes âgées, écoles, accessibilité aux personnes à mobilité réduite), et économique (mixité habitats, espaces commerciaux et bureaux, hôtel).
Cette multiplication des écoquartiers souligne cependant sur leur caractère expérientiel. Conjuguée à l'absence de principes transnationaux qui autoriseraient l'appellation « écoquartier » et à ses conséquences, elle pose directement la question de leur pertinence, dans la recherche d'un développement urbain durable.
Plan masse de la Zac de Bonne sur vue aérienne. Aktis architecture
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L'échelle du quartier : intérêts et limites
D'un côté, l'échelle du quartier est sans conteste favorable à l'expérimentation. « L'évolution de l'urbanisme passe par la nécessité d'incarner les nouvelles idées, exigences et aspirations des opérations urbaines circonscrites, pour leur donner vie et pour les tester », analyse Cyria Emelianoff, géographe et spécialiste de l'aménagement du territoire[1]. C'est l'échelle, avancent les aménageurs, qui permettrait d'introduire une nouvelle forme de gouvernance urbaine (concertation entre les habitants, les acteurs privés, les experts et l'autorité locale dans l'élaboration du projet ; participation des habitants à la gestion du quartier dans certains cas plus rares). D'un autre côté, l'échelle du quartier c'est aussi celle sur laquelle un projet urbain peut être exposé comme un produit fini dans un temps - relativement - court, mandat et concurrence en matière d'innovation écologique obligent.
Cette échelle indique néanmoins les limites de la capacité des villes à adopter une démarche systémique. Ces « micro-systèmes » conduisent parfois à la reproduction des oppositions socio-économiques, et concentrent majoritairement des catégories socio-professionnelles supérieures (Bo 01, Vauban). La multiplication de projets d'éco-quartiers en cours depuis quelques années implique des investissements importants, aux dépends parfois de l'amélioration de l'existant, notamment de certaines banlieues, ayant pourtant un caractère d'urgence. Pour exemple, en France, le Grenelle de l'Environnement préconise que soit construit « au moins un éco-quartier avant 2012 dans toutes les communes de France qui ont des programmes de développement de l'habitat significatif ».
[1] « À quoi servent les éco-quartiers ? », Entretien C. EMELIANOFF par A. LOUBIÈRE, in Alternatives économiques, Hors Série n°39, « La Ville autrement », juin 2009
À la recherche du moindre impact environnemental
Associant les systèmes de récupération des eaux pluviales aux jardins partagés, les éco-quartiers pensent la nature en ville d'une manière proprement « utilitaire », estime l'architecte et urbaniste Philippe Madec [2]. Les maisons à faible consommation énergétique sont sollicitées, et les petits immeubles jouent de leur forme et de leurs couleurs pour tourner le dos au modèle pavillonnaire et chercher à limiter l'étalement urbain tout en créant une ambiance de nouveauté joyeuse. Vauban et la Zac de Bonne ont par ailleurs été quadrillés de pistes cyclables et piétonnes, pour permettre aux enfants de jouer en toute sécurité et inciter les adultes à utiliser des modes « actifs » quotidiennement. Pour rejoindre les autres quartiers et le centre-ville, l'accent a été mis sur la proximité des réseaux de transport, bus et tramway (la ligne E grenobloise est en cours de construction ; une ligne existante a été étendu pour atteindre le quartier de Vauban).
Reste que la politique automobile est plus ambiguë ici et là. Vauban voulait en effet être un quartier « zéro voiture » ; au final les habitants ont obtenus que seule une voie permette aux voitures de circuler à 30 km/h, les autres étant limitées 5 km/h et interdisent le stationnement. En avance sur son temps, l'association locale d'autopartage Carfrei rassemble un quart des habitants [3], et les parkings en silo sont concentrés en périphérie de quartier, au risque de polluer les voisins. Sur la Zac de Bonne, pas d'interdiction mais une limitation. Les immeubles ont leur parking, avec un taux de place réduit, et le quartier forme une zone 30. Reste que le centre commercial propose 400 places auto, et qu'une seule place dédiée au covoiturage a été prévue pour le quartier.
Une des rue de Vauban. Source : Wikipédia
[2] « Ajouter l'éthique à la technique », Entretien de P. MADEC par M. LEMONIER, in Diagonal, n°178, novembre 2008, pp 37-38
[3] Association dont les membres ont contourné l'obligation de construire un parking pour un logement en achetant en commun des terrains qui pourront à termes, si certains le souhaitent, accueillir des parkings ; Carfrei a aussi créé un système d'autopartage pour ses membres.
Une dimension participative à consolider
Pour Pierre Lefèvre, la dimension participative de la ville durable « (...) n'a de sens que si elle s'appuie sur la mobilisation des habitants eux mêmes »[4]. Jardins d'îlots partagés dans les deux éco-quartiers, association d'autopartage autogérée et coopératives habitantes à Vauban ; si l'expérience a encore à s'enrichir, l'idée est avancée : il faut placer le citoyen-citadin au coeur du processus de construction de son environnement. La concertation et la participation qui se sont manifestés à différents degrés dans les deux cas, français et allemand, constituent une première étape, mais il serait dommageable que les autorités et les acteurs du projet s'y limitent. Il est nécessaire que l'on donne aux habitants les outils qui leur permettent de participer, d'alimenter et d'enrichir leur environnement quotidien pour construire une ville durable[5]. « Les trois dimensions du développement durable - économique, sociale et environnementale, portées chacune par des acteurs différents, ne peuvent être articulées que dans de nouvelles formes de gouvernance, associant à la puissance publique tous ces acteurs, alliant participation des habitants et capacité technique de réalisation », souligne le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) 2007-2012[6].
Dans ce contexte, l'échelle du quartier peut sans aucun doute être considérée comme celle favorable à un échange constructif et pérenne entre les habitants, les commerces et entreprises, les experts, et les autorités locales ; reste à connaître les conditions et l'objet du dialogue sur le terrain.
[4] « Voyages dans l'Europe des villes durables » in Revue Urbanisme, idem
[5] http://www.groupechronos.org/index.php/fre/themas/dossiers/ville s-2.0-co, consulté le 15.04.10
[6] Site du PUCA, « Le PUCA. Enjeux, programmes et méthodes, 2007-2012, Le futur des villes à l'impératif du développement durable », idem
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