Coopérer et informer la marche métropolitaine, une carte collaborative sur le territoire de Saclay

29 03/2012 de Chronos

Le projet de recherche-action "Co/opérer et informer la marche métropolitaine", débuté en janvier 2011 et soutenu par le Predit* repose sur une double expertise : sociologique d'une part, urbanistique et architecturale d'autre part. Piloté par Chronos et sous la direction scientifique de Sabine Chardonnet, enseignante chercheuse à l'École Nationale Supérieure de Paris Malaquais (ENSAPM), il poursuit un double objectif :

  • Déterminer les cadres et formes urbaines appropriés au développement de la marche, en particulier dans des espaces géographiques de faibles densités
  • Interroger les capacités et les ressorts de démarches d'implication des citadins pour comprendre le territoire

Ce projet privilégie une approche terrain et s'intéresse à deux territoires : le Plateau de Saclay et Saint-Denis, retenus pour leur valeur comparative, entre La ville en train de se faire et La ville qui se fait sur elle-même. Les premiers travaux se sont intéressés en priorité au Plateau de Saclay pour en analyser la marchabilité. Ils sont restitués ici de manière synthétique et seront proposés au téléchargement prochainement sur ce site.

Pour en savoir plus sur ce projet, contactez Léa Marzloff

 

*Le Predit est un programme national de recherche et d´innovation dans les transports terrestres, à l´initiative des ministères chargés des transports, de la recherche, de l´écologie et de l´industrie, de l´Ademe, d´Oséo et de l´ANR.

 

Les terrains d'étude : le Plateau de Saclay et Saint-Denis

Deux territoires ont été retenus pour cette recherche, pour leur valeur comparative : le Plateau de Saclay dans sa partie Sud Est et le secteur Saint-Denis / frange Nord de Paris. Si les projets urbains en cours sont importants dans les deux cas, le premier illustre la Ville en train de se faire, le territoire en mutation, quand le second nous confronte à la Ville qui se fait sur elle-même, au palimpseste.

Bien que densément habité, le territoire de Saint-Denis présente un double intérêt pour le bénéfice de la comparaison : c'est un territoire en projet et en croissance d'activités qui se présente comme un pendant nord de la cité scientifique au sud de Paris ; de plus, il comporte de vastes emprises vides, celles des infrastructures, ce qui réinterroge la notion même de densité, de compacité urbaine et d'accessibilité, alors que - comme à Saclay - la politique des transports y est fortement questionnée parallèlement à la réappropriation des emprises publiques. Dans les deux sites, la question des lisières et des enclaves faisant obstacle à la mobilité se pose de façon forte et ce, à plusieurs échelles.

Dans les deux cas, une population jeune caractérise ces territoires, bien que la sociologie en soit radicalement différente. Une compréhension de la sociologie de la mobilité incluant la mobilité pédestre sera donc cruciale, au même titre qu'une compréhension des situations : urbain dans le travail, périurbain dans la résidence. Comment ces générations, pour lesquelles la mobilité est un enjeu majeur, vont-elles s'emparer de la marche en des lieux où celle-ci n'a pas encore droit de cité pour des raisons culturelles, sociales, géographiques, morphologiques ou simplement d'aménagement en creux ?

Il se trouve également que sur ces deux terrains, les dossiers et les partenariats sont riches, après les débats sur les défis du Grand Paris. Enfin, se nourrit sur les deux sites la réflexion sur la nécessité d'intégrer à une ambition internationale les besoins et enjeux locaux.

 

Lecture de la marchabilité sur le Plateau de Saclay

La recherche a démarré sur le Plateau de Saclay où l'équipe projet est allée à la rencontre de quelques acteurs locaux et du territoire (associations, acteurs institutionnels, universités, individus rencontrés sur le vif ). À l'issue de cette première approche, les points suivants peuvent être mis en avant concernant la marchabilité de territoire :

1. Le territoire du Plateau de Saclay peut être décomposé en trois figures territoriales qui s'ignorent : le plateau, les vallées et les coteaux.

Ces derniers, qui délimitent le plateau agricole, apparaissent comme des limites difficiles à franchir, ainsi qu'en témoigne le peu de chemins piétons, mal aménagés et signalés, qui permettent de passer des vallées au plateau. De même, la prépondérance des voies routières qui permettent littéralement de franchir les coteaux sans s'y arrêter, comme s'il s'agissait de les enjamber et donc de les ignorer, illustre ce phénomène.

=> On s'interrogera sur la capacité de la marche à (re)former de l'espace public et sur les moteurs potentiels de projet qui seraient issus de la marche.

 

2. De vastes emprises produisant des ruptures dans le territoire

Le territoire étudié est parsemé de vastes emprises qui fonctionnent comme des enclaves : Polytechnique, le CNRS, la Faculté d'Orsay, HEC, le CEA, les emprises militaires, les étangs fermés (qui auraient pu être une des centralités importantes du plateau), etc. Ces enclaves sont ou paraissent infranchissables aux piétons, créant de fortes ruptures dans l'usage piétonnier du territoire (contournement, allongement des distances, etc.).

=> Comment, au moins, faire de ces enclaves des zones moins repoussantes et violentes (travail sur les limites et l'intégration) ? Comment introduire la capacité de la marche à (re)former de l'espace public ?

 

3. L'importance de l'agriculture, de la nature

L'agriculture, comme paysage, comme histoire de l'occupation du site et comme productrice de ressources diverses, apparaît bien comme l'activité humaine la plus importante du plateau. Les diverses associations locales, comme l'AMAP Les Jardins de Céres, et les 2 300 hectares sanctuarisés ajoutent à son intérêt. Pourtant, lorsque l'on regarde les constructions en cours et certains projets, les terres agricoles apparaissent toujours comme des réserves foncières à l'extension de la ville.

=> Comment « la marche dans l'agriculture » peut-elle aider à qualifier les relations entre ville et agriculteurs, à qualifier la marche elle-même, et participer à l'ancrage des agriculteurs dans leur territoire ?

 

Un autre regard sur le territoire. Représentations et cartes sensibles

Les designers Anne Goasgen et Florence Massin ont accompagné l'équipe projet dans son appréhension du territoire. Les cartes vécues qu'elles ont réalisées à l'issue de visites et marches sur le Plateau de Saclay offrent des regards décalés qui contribuent avec richesse à l'analyse des leviers et freins à la marche sur ce territoire.
En voici deux exemples.

Cette carte d'Anne Goasguen montre la marque d'identités territoriales distinctes autour du rond-point du Christ de Saclay.

 

Cette carte de Florence Massin illustre la prégnance des frontières physiques et psychologiques qui limitent la marche sur le Plateau.

 

 

Mise en place d'une cartographie collaborative et interactive

Les citadins, experts de leur quotidien et de leurs territoires de vie, disposent aujourd'hui avec le numérique des outils leur permettant de partager ces connaissances. À l'initiative d'individus et d'associations, des plateformes wiki se développent qui s'adossent souvent à des cartes en ligne. Comment inciter les individus à partager des données pertinentes pour les professionnels de l'urbain ? Comment tirer parti de cette manne de renseignements ? Comment rendre ces contributions utiles pour la collectivité ?

À travers la mise en place et l'animation d'une plateforme contributive locale sur le plateau de Saclay, étudiants, habitants et associations vont être amener à collaborer afin d'élaborer une cartographie ouverte et interactive. Inspirée du modèle de la Carte OuVerte de Rennes, celle-ci permettra de renseigner le territoire sur les services, les points d'intérêts paysagers ou culturels, les événements locaux, les offres de logis, etc... La mobilité, problématique au coeur de ce programme trouvera aussi une place de choix dans cette cartographie qui espère devenir un outil en matière de déplacements actifs (vélo et marche), publics et/ou partagés (covoiturage, autopartage, etc). La carte indiquera ainsi les itinéraires de marche, les lieux d'intermodalité, les stations de vélo, de taxi, de covoiturage en espérant se doter d'un calculateur de temps dans sa deuxième version. Dans ce territoire en mutation, il sera aussi intéressant d'intégrer les différents projets à venir en donnant le choix aux utilisateurs de leur horizon, à 2015, à 2020..

 

La Carto Party du 12 avril : Premiers retours

Afin de compléter au mieux le fond d' OpenStreetMap, élément incontournable pour la mise en place d'une carte OuVerte, une "carto party" a été organisée pour relever les caractéristiques du territoire. Cet atelier-promenade a permis la collecte de centaines d'éléments qui offriront une connaissance plus fine du territoire. Dans la vidéo ci-dessous vous trouverez un entretien de Sabine Chardonnet avec Stanislas Berteloot de Monsaclay.fr qui revient sur cette expérimentation :

 

Prochaine étape : Réunion de concertation avec les associations

A la mi-mai sera organisée une réunion avec les associations qui souhaitent s'engager dans le programme de recherche-action afin de s'orienter vers un projet commun et profitable à tous.

 

Présentation de Chronos

 

Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

Abonnement newsletter