Temps réel - Entretiens du Certu, Plénière de clotûre
09 02/10
Les deux journées de ces entretiens lyonnais touchent à leur fin... mais pas la mission du Certu. Les Ateliers (nos compte-rendus sont à lire ici et là, celui de la plénière d'ouverture est ici) auront mis en avant les différents besoins des acteurs de la ville - collectivités, services de l'Etat, entreprises... - pour construire une urbanité plus durable. Le Certu, à l'écoute, souhaite s'en inspirer pour déterminer son orientation future. Jean-Pierre Offner en pose les jalons en introduction : ces deux jours auront montré que « le Certu est considéré comme légitime et compétent pour organiser le débat » de la ville durable, certains ayant même parlé de « grand frère » voire de « casque bleu » ( ! ).
S'ensuit un premier bilan, mené Jean-Pierre Offner et Eric Charmes, respectivement Président et membre de la commission de qualité scientifique du Certu, revenant sur les points saillants repérés lors des Ateliers.
- « L'état et le local : où en est-on ? »
Le développement durable a rebattu les cartes de la gouvernance à partir des années 90, ayant « remis l'Etat dans le coup » après les années 80 de la décentralisation. Un retour qui soulève encore quelques accrocs pour que chacun trouve sa place...
- « Gouvernance et jeu d'acteurs »
La dimension « multidimensionnelle et multiscalaire » est nécessaire si l'on veut s'attaquer à la ville : « il faut élargir le cadre et diversifier la palette ». Ainsi, construire un nouveau collège, « ce n'est pas seulement faire un bâti écolo. C'est aussi imaginer un Plan Vélo, par exemple. Comment l'AO doit-elle agir avec le Conseil Général ? ». Mais il y a toujours un problème pour passer du discours aux actes. Comment le Certu peut-il y répondre ?
Pour être efficace, le jeu des gouvernances « a besoin d'objets de négociation, de cadrage, de méthode ». C'est le but de la grille RST02 du Certu, qui permet d'avoir un cadre commun pour évaluer la durabilité des projets urbains et donc de faciliter le dialogue et le « compromis », terme souvent entendu dans les débats. Mais faut-il la pousser jusqu'à la labellisation ? Et quid de l'échelle européenne, dont on a observé les problématiques lors d'un atelier ?
- La mission du Certu : mettre en relation « le savoir et l'action »
Il incombe au Certu de diffuser ces outils. La diversité des médias actuels rend compte de son activité en la matière. D'autres pistes sont à explorer : les référentiels européens et les bonnes pratiques rencontrées ailleurs (ou les mauvaises, car les échecs ont beaucoup à nous apprendre) ; mais aussi l'évaluation quantitative, qui doit être « réinventée et réhabilitée » pour mesurer avec des ordres de grandeur robustes les impacts durables d'un projet ; enfin, sortir des terrains connus (et pourquoi pas sortir des terres urbaines ?) pour proposer de nouveaux savoir-faire.
Ceux-ci doivent être évidemment centrés sur l'usager, qui ne saurait être inclus dans la ville « à coups de réunions » autour d'un projet. Car « la concertation est insuffisante pour s'approprier la ville durable » (voir ici). « Avec le développement durable, le projet commence à la livraison », c'est-à-dire avec l'usage qui en est fait.
- La maîtrise d'usage
Comment permettre cet usage durable du projet urbain ? Mais du même coup, comment concilier les différents usages d'un espace urbain forcément partagé ? On atteint les limites spatiales ou financières de la ville, et parfois les limites de l'absurde : à Londres, certains proposaient ainsi des voies réservées aux piétons pressés !
La maîtrise d'usage se définit sur le temps long. Ainsi, les économies d'énergies d'un bâtiment durable permettent-elles d'en amortir le surcoût. Mais il faut des connaissances et des mesures pour évaluer ces gains.
Enfin, la maîtrise de l'espace urbain aborde aussi la question de la nature en ville. Si celle-ci n'est pas nouvelle (cités-jardins au XXe...), elle se pose en des termes nouveaux avec le développement durable. Il ne s'agit plus seulement d'enjeux récréatifs ou esthétiques mais bien d'enjeux environnementaux : maîtrises des températures et îlots de chaleur, gestion de l'eau, biodiversité, colonnes vertes et bleues... Il s'agit d'une « petite révolution pour l'urbanisme », qui implique de travailler avec des acteurs nouveaux : paysagistes, agences d'agriculture, etc.
- La transversalité, « pas une addition de logiques sectorielles »
On en arrive, avec cet exemple du paysagiste, au terme qui animera tout le long du débat : la fameuse « transversalité » de l'action urbaine, nécessairement multiscalaire (comme le paysagiste dont le regard articule toutes les échelles, du brin d'herbe jusqu'à l'insertion du parc dans la ville). Il faut des méthodes communes pour construire cette transversalité, comme par exemple le « budget énergie transport » de Jean-Pierre Orfeuil.
C'est sur cet appel que s'ouvre la table ronde de clotûre, où les acteurs sont invités à interpeller le Certu.
Pour Christophe Bresson, de la CLCV, l'usager est au coeur des enjeux. La question durable implique un « changement de culture » qui ne coule pas de source et doit donc être accompagné. Mais surtout, le citadin doit être impliqué dès l'amont du projet. Un point de vue en partie partagé par Bruno Bourg-Broc, Président de la Fédération des Maires de Villes Moyennes, pour qui il y a un « problème de pédagogie » pour faire comprendre les enjeux durables, et auquel les associations de citoyens pourrait répondre.
Pascale Poirot, du Syndicat des Aménageurs Lotisseurs (SNAL), défend sa matière en rappelant que le lotissement ne s'oppose pas forcément à la ville durable. Le SNAL avait ainsi lancé en 2002 un concours sur le lotissement dense : « Quand le lotissement revient dans la ville ». Ce type de projet pourrait permettre à des collectivités de se mettre à l'aménagement, plutôt que de laisser faire des aménagements non-programmés qui favorisent l'éparpillement urbain.
Michel Destot, Président de l'Association des Maires de grandes villes, rappellent que les collectivités sont les premières concernées. La globalisation de la problématique durable leur donne davantage de responsabilités. Ainsi, 70% des mesures de Copenhague seront à appliquer par les collectivités. La maîtrise de la ville est un enjeu aussi en termes d'attractivité : à Bangalore, on met 5h pour traverser la ville car la municipalité manque d'outils de gouvernance ! « Le XXIe siècle sera donc le siècle des villes ». Une approche confirmée par Jacques Pellissard, Président de l'Association des Maires de France, qui déplore toutefois le manque d'outils pour « capitaliser les bonnes pratiques ». Dans cette perspective, le Certu doit être « un outil de valorisation des expériences locales » qui promeuve un réglementation « bottom-up », partie du terrain.
Michel Lussault, géographe et Président du comité scientifique du PUCA, revient sur le terme fort de l'après-midi : la transversalité. Plus que de la transversalité, Michel Lussault préfère parler de regards « traversants », « qui traversent les problématiques plutôt qu'elles se transfèrent de l'une à l'autre ». Il faut pour cela accepter reconnaître l'égale légitimité de tous les regards et donc « la complexité cumulative de chaque situation urbaine ». La concertation doit viser à créer de la compétence collective autour d'un enjeu, puis seulement de voir comment elle peut être diffusée à d'autres projets.
Le géographe s'amuse alors à imaginer un monde aménagiste sans documents d'urbanisme, ou plutôt avec des documents calqués sur « l'hypertexte », remis à jour en permanence. À quoi ressembleraient des « ensembles de savoirs, de prescriptions et de perspectives qui seraient présentées ou débattus sur ce modèle ? »
La conclusion revient à André Rossinot, Président du Comité d'orientation du Certu. Transversalité ou chemin de traverse ? « Peu importe, il faut que tout le monde soit autour de la table ». On a pu en prendre la mesure lors de la plénière d'ouverture, une sorte de « mini-Grenelle du Meeddem sur lui-même » où les différentes Directions Générales semblaient se rencontrer pour la première fois. Un jeu d'acteurs où les agences d'urbanismes pourraient jouer les en avant-postes de par leur caractère multidimensionnel, selon André Rossinot.
C'est sur cet appel du pied que se ferment ces premiers Entretiens du Certu, dont l'extraordinaire affluence (plus de 800 inscrits bravant la grève et la neige) appelle forcément une seconde édition. Rendez-vous l'année prochaine où cette logique « d'entretiens » sera préservée.