Non, ce n'est pas Brasilia
29 04/09
En 1925, Le Corbusier réinvente Paris dans le Plan Voisin, sponsorisé par le constructeur automobile du même nom. La voiture y est reine, c'est selon l'allégorie de l'architecte le Panthéon moderne. La société fait ce choix dont les étirements jusqu'aujourd'hui étaient impensables. C'est pourquoi l'entretien fictif avec Le Corbusier, d'un journaliste de Libération jette un oeil bizarre sur ce à quoi nous avons échappé : "Le sol n'est plus bâti que sur 5%. Le reste est consacré aux grandes artères, aux garages de stationnement et aux parcs." La société n'a pas voulu aller si vite... Mais en sommes-nous si loin ?
La crise actuelle révèle et exacerbe les limites de l'étalement urbain. A Raleigh, en Caroline du Sud, certains habitants "ont dû démissionner de leurs entreprises car ils ne pouvaient plus remplir le réservoir de leurs voitures pour aller bosser" (Rue 89). Marie Demers, dans son ouvrage-manifeste Pour une ville qui marche (2006) enfonce le clou et décrit notre défaite contre l'automobile et le développement urbain engendré.
Ce constat participe de la critique de l'urbaniste Paul Virilio pour qui l'apologie de la vitesse est partie prenante d'une propagande du progrès. Déjà dans les années 1960, Lewis Mumford alertait, "La vitesse de notre mode de locomotion devrait dépendre du but à atteindre. (...) pour être efficace, un réseau doit comporter la plus grande diversité possible de modes de locomotion, permettant des vitesses et des volumes variables et répondant à différents objectifs et fonctions." Un demi siècle plus tard, ces paroles commencent à peine à s'entendre. La société change de regard.