Ma ville en l'air (3/3)
29 03/10
Et si l'on remettait un peu de vivable dans cette "ville en l'air" que nous serons de facto amenés à habiter ? Nous évoquions dans un précédent billet les questions soulevées par la séparation verticale des modes urbains, solution de secours souvent employée lorsque les urbanistes ne trouvent plus de remède aux congestions de la voirie. Un sujet sérieux, auquel répond dans ce nouveau billet son équivalent ludique. Et si la ville des hauteurs devenait le nouveau terrain de jeu des citadins énergiques ?
Retrouvez les autres volets de notre triptyque "Ma ville en l'air" :
Sportifs à l'assaut des hauteurs
La pratique du Parkour, cette acrobatie urbaine popularisée par le film Yamakasi, a dévoilé les "nouveaux horizons" des hauteurs urbaines, véritables terrae incognitae de nos trajectoires quotidiennes. Bien que réservé aux plus casse-cous, le Parkour a ainsi inspiré architectes et artistes qui voient dans nos toits un nouvel espace à conquérir. Illustration avec Liber Toit, une installation ludique imaginée par le designer Aureline Ranson grâce à laquelle les toits d'une ville se transforment en parcours sportif (voir aussi le jeu vidéo Mirror's Edge, qui prend les toits urbains pour décor).
D'autres imaginent même les voies d'accès à ces territoires autrement inaccessibles : des cordes pour conquérir les toits. Ce dernier projet était présenté l'an passé lors d'une exposition sur l'appropriation de la ville au Centre Canadien d'Architecture. A découvrir aussi : les glisses impertinentes sur les toits de Sao Paulo ; la guerre des grimpeurs de gratte-ciels ; la seconde vie ascensionnelle des étudiants de l'Université de Cambridge...
Ces quelques exemples, mi-ludiques mi-sérieux, partagent un point commun : ils font suer ! La question n'est pas anodine, à l'heure où les municipalités se rendent compte d'une autre dérive du système automobile : l'empâtement des citadins. A New York, le responsable de la santé fraichement intronisé part en guerre contre les escalators, afin de lutter contre l'obésité croissante de ses administrés.
Le geste peut faire sourire, il n'en pas moins très sérieux... et soulève le débat. Car vouloir développer les escaliers urbains a un revers évident : rendre la ville moins accessible aux personnes à mobilité réduite - handicapés, seniors, parents avec poussettes... Comment concilier la livable city avec la "fit city" ? L'heure est à l'invention d'une morphologie urbaine dans laquelle marche et vélo pourraient pleinement déployer leurs bénéfices en termes de santé, qui transparaissent déjà dans le néologisme "mode actif" et que nous pointait aussi le docteur Saladin.