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Les artistes et la ville, un mariage de raison (3/3)


01 03/10 de Philippe Gargov

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Les artistes sont-ils solubles dans la ville contemporaine ? Ou le retour des situationnistes. Suite du compte-rendu de la conférence "Ville créative - Ville collaborative" du 27 janvier dernier qui concluait le cycle 2009 du programme Smart City.

La seconde partie de la conférence réunissait à la même table artistes, acteurs de la ville et intermédiaires. Si l'ambiance était bon enfant, il ne reste pas moins que le mariage de la ville et de l'art a encore quelques rouages à huiler.

 

Retrouvez les autres volets de notre compte-rendu :

 

3. Artistes et urbanistes, la difficile entente

Du côté des artistes de Nogo Voyages (qui explorent brillamment le voyage urbain ; ils sont notamment les auteurs de l'expérience "Voyage immobile" au Forum des Halles, mais aussi de Let Them Burn dont nous avions parlé ici), on rappelle que la participation de l'artiste à la ville ne doit pas se faire "sur commande". Ils regrettent une "dérive actuelle" consistant à appeler les artistes à la rescousse pour remettre du lien social dans la ville. Pascal Amphoux, architecte-géographe au CRESSON, partage cette vision : il faut selon lui "limiter la dérive de la ville contemporaine qui devrait être culturelle à tout prix".

 

L'urbaniste Jean-Pierre Charbonneau se propose comme médiateur : pour les techniciens de la ville, il faut trouver l'équilibre "entre le professionnalisme et l'ouverture" aux artistes. Selon lui, l'art éphémère est aujourd'hui le plus pertinent pour remettre de la création dans la cité. Ce que confirme à sa façon Pascal Amphoux : la vitesse des changements sociétaux ne laisse que le temps d'en prendre acte (il faut voir comment l'iPhone a envahi nos rues, où comment les Français se sont habitués aux interdictions de fumer). Le pérenne quelque peu inadapté à ce "rêve d'une ville mutante", selon l'expression du critique d'art Paul Ardenne ne doit toutefois pas s'opposer à l'éphémère. Ainsi, certains parcs temporaires, qu'il avait participé à construire à Lausanne dans les années 80, avaient été adoptés par les citadins pour finalement s'inscrire durablement dans la ville.

 

Pour Henri Simons, premier échevin en charge de l'urbanisme et de la culture à Bruxelles entre 2001 et 2006, il est nécessaire qu'une volonté politique prenne la responsabilité de donner une véritable place aux artistes dans la ville. Le consensus n'est pas envisageable ; on doit savoir faire accepter des formes artistiques plus novatrices. Bref, citant Rancière, mieux vaut "apprendre à gérer le disensus que créer le consensus". Selon lui, l'enjeu sera surtout de "ne pas laisser une ville du XXe siècle", qui "n'a rien produit d'espace public" (on ajouterait même qu'elle l'a déconstruit), contrairement au XIXe. On peut compter pour cela sur l'art éphémère qu'appelle de ses voeux Jean-Pierre Charbonneau, mais aussi sur l'art pérenne - qui peut prendre la forme d'un simple banc public, pourquoi voir forcément grand ?

 

Les projets urbains se pensent aujourd'hui à l'échelle du territoire, voir du globe comme l'ont montré les initiatives tels que PARK(ing) Day, présenté avant la table ronde. L'art se conjugue aujourd'hui avec la technologie : réseaux sociaux pour diffuser une initiatives sans passer par la case média (Flickr ou Facebook ont fait leur preuve), ou nouvelles technologies mobiles pour réinventer l'art. Les services géolocalisés peuvent ainsi "étendre l'espace" via l'étiquetage virtuel des lieux, pour Nogo Voyages ; une application comme Walking The Edit donnera lieu quant à elle à de nouvelles formes de "dérive" dans la ville, selon une idée chère aux psychogéographes situationnistes. On connait les horizons ; reste à les mettre en branle, et donc à accorder artistes et acteurs urbains sur les projets à mener. Il ne faudrait pas oublier le citadin, qui aura finalement été mis à l'écart du débat. Car c'est à lui que reviendra le dernier mot sur l'insertion de l'art dans son environnement.

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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