La musique adoucit les murs
26 01/10
Chaque ville a sa couleur sonore qui rythme le tempo des activités urbaines. Logiquement, les deux sujets se croisent souvent comme dans ce numéro de La Géographie consacré au monde en musiques. "Le mythe d'Orphée qui bâtit une ville avec sa lyre n'est pas si loin", annonce le philosophe et urbaniste Jean-François Augoyard, fondateur du CRESSON. Selon lui, "il est possible d'utiliser la dimension sonore des formes construite comme matériau à part entière de la composition urbaine et de la création architecturale". Ce qu'il résume en une jolie formule : "le son finira bien par donner des ailes au pierres" (in Les villes ont une couleur sonore)
Pour l'architecte Henry Torgue, "le sonore déploie sa propre géographie en ouvrant au territoire temporel. Loin de n'être qu'un habillage temporel de l'espace visuel, le sonore en est une dimension complémentaire". L'ambiance sonore, un "révélateur de l'altérité", devient alors "le terrain à la fois le plus concret et le plus éthique pour organiser la vie en commun". Les artistes urbains n'attendent d'ailleurs pas qu'on les y invite pour se mettre à l'oeuvre. Exemple avec ces quelques graffitis de Jef Aérosol et Jana und Js capturés à Paris qui donnent leur titre à ce billet.
Mais attention : la musique urbaine n'a pas toujours cette poésie et se conjugue souvent avec le bruit et les nuisances. On l'observe chaque jour dans les transports en commun où le mobile à tout faire et aussi baladeur*, est souvent pointé du doigt.
Il n'est pas toujours facile de réconcilier la musique et la ville. Fin 2009, plusieurs acteurs de la nuit lançaient une pétition pour "réveiller Paris". "La loi du silence généralisée qui s'abat sur nos événements et nos lieux de vie est en passe de reléguer la Ville Lumière au rang de capitale européenne du sommeil". Et d'appeler les autorités à clarifier la législation. Car comme le souligne Henry Torgue, "harmoniser l'espace sonore relève bien de la vie politique".
* Sur ce sujet, lire le chapitre "Embarqués dans le ville et la musique" paru dans le numéro de septembre de Réseaux. L'ethnographie proposée révèle la porosité des sphères intimes que se construisent les commuters. Nous en proposerons bientôt un résumé.