La génération wifikafédailymonop
16 11/09
Pourquoi les femmes ne sont jamais contentes ? Réponse de la journaliste de Slate, "Les mères qui travaillent reconnaîtront ce tableau de l'heure du dîner: deux casseroles sur le feu, trois enfants vociférant, un ordinateur grillé et pas le moindre mari à l'horizon". Quand les opérateurs téléphoniques ont compris que les téléphones mobiles ont été spontanément adoptés par les mamans pour gérer la jonction du bureau et de la crèche, une nouvelle ère se livrait à eux. C'était il y a quinze ans, une éternité. Le quotidien des mamans est un marché autrement plus conséquent que celui des seuls road warriors (traduisez travailleurs nomades) auxquels ils destinaient ces téléphones. Une nouvelle génération embraye sur le smartphone dont le destin de massification sera identique à celui du mobile, parce qu'il colle à un quotidien complexe. Le quotidien à distance est là, il faut le servir.
Ce n'est pas seulement une question de machine ! Le quotidien qu'on connaissait, régulé, récurrent, collectif, pépère part en vrac. Pourquoi faire une heure de route pour faire là-bas ce que je peux faire ici (compléter : chez moi, au bistrot, dans une gare, dans le train...) ? Des "lieux-entre" sont en train de se créer qui hébergent le rendez-vous (entendez-le comme vous voulez), la pause comme le travail à distance. Les Starbucks et autres MacDo deviennent les lieux emblématiques du quotidien à distance, celui de la génération wifikafédailymonop.
En même temps, la sensation de toute puissance de ces contrôles à distance, de cette pseudo maîtrise du quotidien masque une dispersion comme un défi à la concentration. Chahuté de textos et d'emails, on entrevoit à peine un temps à soi que dégringole la sonnerie du fond du sac. Paf ! On embraye avec le sourire convenu à l'interlocuteur, arraché à sa conversation.
C'est quoi la suite de l'histoire ? On a d'autre choix que de se construire de nouveaux équilibres. Ne passons pas de la dépendance automobile à la dépendance mobile. Ces lieux-entre sont peut-être les négatifs des non-lieux fonctionnels et repoussoirs que diagnostiquait Marc Augé il y a quinze ans (La halte. Des non-lieux aux tiers-lieux). Sans doute faut-il réfléchir une autre ville, d'autres lieux, un autre quotidien surtout qui conjuguent la pause, la détente, les rencontres, et pourquoi pas le travail... l'urbain, quoi !