Blog Chronos
Inventions de soi et de la ville
26 02/10
Le billet Mondes légendaires est une excellente réponse à la question "Comment l'internet a-t-il transformé votre manière de penser ?" dont Internet Actu se fait l'écho. Mais si Yann Leroux explore l'invention de soi dans l'écosystème des réseaux, il l'a écrit dans une autre perspective. La légende, cette forme d'invention de soi (Jean-Paul Kaufman) que permet le réseau, repose selon lui sur la double acception de légende, à la fois description utilitaire et construction imaginaire ("écrire nos vies en plus grand qu'elle ne sont", jolie formule). "Si nous sommes devenus les archivistes de nos propres vies, c'est parce que nous avons besoin de les légender. [...] Cela n'est pas une tendance nouvelle due au réseau", dixit Yann Leroux, mais le réseau rend tangible le projet et accentue cette tendance.
L'intervention sur le contenu de la légende, sur ce qu'elle raconte de soi est palpable, elle s'exprime à l'écran de l'internet. Elle y propulse ses mots, des données, ses images dans une galaxie de diffusion qui n'est pas pour chacun considérable mais qui change carrément l'horizon des socialités. Cette formulation d'identités incertaines est en réécriture permanente et en quête du sens pour soi. L'expression semi-publique sur le réseau produit aussi du social dans le jeu mouvant des graphes sociaux. Précision de taille, "Le sens de ce que l'on est ne vient plus d'en haut. Il vient d'en bas, des collègues, des semblables, des autres soi même, et finalement de soi", ajoute Yann Leroux. Ce sens procède d'un flux d'informations et de données activées par soi, par les autres, sans oublier les machines.
Voila comment Yann Leroux introduit la légendarisation. Pourrait-on parler dans les mêmes termes de l'éditorialisation de la ville ? Est-ce que l'éditorialisation de la ville ne serait pas elle aussi une forme d'invention permanente ? Est-ce que cette image de la ville ne procède pas elle aussi d'un storytelling collectif, venant d'en-bas, nourri d'un flux d'informations et de données en abondance continue ? Est-ce que cette écriture ne serait pas à l'image de ces parchemins perpétuellement effacés puis remplis ? Ce palimpseste, instable par nature, est à la fois descriptif et constructif et retrouve l'ambivalence de la légende, utilitaire et imaginaire, une manière pour la ville de s'inventer.
Derrière cette déferlante prévisible de la donnée, il va falloir se faire à l'idée que la mémoire de la ville s'organise autrement, autour des données liquides (The city is a brain et aussi, La donnée, la ville lisible et la fabrique des services urbains). La couche de surface des données urbaines, leurs utilités et le pouls des activités qui en résultent commencent à être imaginés, décrits, voire activés de manière expérimentale. D'autres suivront, plus complexes, plus circonstanciés. Mais, si vous voulez prendre la mesure du travail qu'il reste à faire sur le seul chantier des données de transports et déplacements, regardez la vidéo de Yann Le Tilly (Canal TP). Le blog culturemobile constate, "Toutes ces metadonnées émergentes vont devoir se fondre avec cohérence dans l'écosystème urbain pour que les habitants 'connectés' les intègrent dans leurs usages", mais aussi dans leurs représentations de la ville et dans sa gouvernance. Ces données, une fois maîtrisées, deviendront l'infrastructure de la deuxième ville (Our Second City). C'est aussi dans les données que désormais la ville s'invente (the data city).
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Présentation de Chronos
Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.