Temps réel – Entretiens du Certu, "L'action des villes européennes pour la ville durable"
03 02/10
Si la première matinée de ces Entretiens du Certu s'intéressait principalement aux jeux de gouvernances sur le territoire français, la question européenne n'a évidemment pas été oubliée. Un atelier lui était justement consacrée afin de partager, dans la dynamique voulue par ces Entretiens, les "bonnes pratiques" observées chez nos voisins communautaires.
L'exemple barcelonais traduit encore une fois les rouages complexes du jeu d'acteurs locaux. Ainsi, la municipalité a choisi de "se libérer du carcan de la région catalane" pour se rapprocher de Madrid - malgré ses rivalités - et donc de l'Europe. La ville a ainsi pu tirer partie des grands événements internationaux pour accélérer les investissements dans la ville (Jeux Olympiques de 1992, Forum des Cultures en 2004). La région cherche aujourd'hui la voie du durable dans la "ville des intelligences" en misant sur le dynamisme des "classes créatives" (notamment théorisés par le géographe Richard Florida). Une manière de rappeler que la ville durable ne se limite pas à ses dimensions écologiques ou sociales, mais que le volet économique y tient évidemment un rôle majeur.
Un principe que ne renie pas la ville de La Haye avec son dogme des "3P" : "Planet, People, Profit". On connait l'appétence des néerlandais pour le développement durable. Certains exemples incitent à l'optimisme. A Culemborg, l'éco-quartier de Lanxmeer jouit notamment d'une belle notoriété. La "nature habitée" serait donc un rêve autorisé ? La réalité est plus nuancé, notamment depuis que la voiture a réinvesti les rues suite aux choix des promoteurs immobiliers, faute de demande suffisante pour les logements sans parking.
La Haye, réaliste, se définit comme une "ville évolutionnaire" ; une référence à Darwin qui raconte l'adaptativité nécessaire des centres urbains. Le terme résonne avec un propos de la matinée, cité par Jean-Marc Offner : la ville durable doit être "instable et réversible".
Dans cette perspective, la question des friches industrielles peuplant l'Europe émerge avec force dans la parallaxe de la ville durable. Comment réinvestir ces friches de manière à concilier les "3P" ? L'IBA Emscher Park est exemplaire. Suivant les principes de la Charte de Leipzig (2007), document de référence pour la pensée urbaine et durable en Europe, une zone industrielle sinistrée a ainsi été réhabilitée, grâce à une série de grands projets mêlant les savoir-faires architecturaux, énergétiques ou culturels :
- réanimation du parc régional
- conservation et restauration du patrimoine industriel
- installations photo alvaïques sur les toits des friches
- réhabilitation des usines en espaces culturels
- restauration et aménagement des ouvrières
Dans une région pauvre en bâtis de références, ces zones réhabilitées prétendent même à un rôle de "cathédrales" !
Toutes ces initiatives se retrouve autour d'une même problématique conceptuelle. Comment mesurer la "durabilité" de ces projets ? Il existe en Europe près de 70 référentiels différents. Le Certu vient d'ailleurs de réaliser un travail comparatif sur ces indicateurs afin d'en caractériser les points saillants ; les résultats devraient être bientôt disponibles. Autre exemple : une étude Veolia observait récemment que les grandes villes européennes utilisaient huit méthodes différentes pour calculer leurs émissions carbone. Dans ce contexte, comment construire un "marché commun des émissions", une des voies vers la ville décarbonnée ?
Le sujet fait débat dans la salle. Pour certains, la "normalisation" des indicateurs par les institutions européennes serait un "carcan" et pourrait desservir la ville durable. On comprend pourtant aisément l'enjeu d'un indicateur partagé par tous, dans la perspective d'une diffusion d'un "benchmark" des pratiques durables à l'échelle communautaire (cf. Charte de Leipzig (2007) et Agenda Territorial de Marseille, (2008), les deux documents de référence pour la ville européenne durable). Certaines initiatives existent déjà pour tenter de partager les connaissances :
- un "audit urbain" rassemblant les données de 258 villes européennes
- le groupe de travail "Sustainable Cities Reference Framework"
- le programme URBACT II ou le réseau EUKN
Autre déception partagée par certains, la question des espaces publiques n'est d'ailleurs que rarement posée dans les grands aménagements verts. Y a-t-il un risque de façonner des "égo-quartiers" ? La question de l'espace public, évidemment au coeur de la ville durable, sera traitée dans un second atelier chroniqué prochainement : "Partage de l'espace public : comment requalifier la ville existante ?"

