Blog Chronos
Télétravail et travail mobile
04 10/11
Le travail mobile englobe deux pratiques. D'une part, le "télétravail" - un travail à partir de domicile ou d'un télécentre en accord avec son entreprise et pour un ou plusieurs jours par semaine. D'autre part, le "travail mobile", plus spontané, concerne déjà beaucoup de monde, avec des intensités différentes selon les profils de travail. Il s'effectue partout - transport, café, aéroport, TGV, chez soi... - et tout le temps - un mail envoyé à trois heures du matin ou un dimanche n'étonne plus. L'un n'exclut pas l'autre. Il est pourtant important de les distinguer.
Pour ceux qui ont besoin d'un espace de ressources et de pause, des "tiers-lieux" dédiés comme les espaces de "coworking" sont apparus sous la pression des usages déjà depuis quelques années et continuent de fleurir. À noter l'arrivée d'un espace de travail collectif parisien par et pour les femmes : Solleilles Cowork. Des outils de repérage et de réservation de ces lieux surgissent - en France l'application Neo-Nomade (interview de son fondateur ici) ou Let's meet and work à Londres.
Le travail mobile, un travail en archipel
L'évolution vers un travail mobile semble aller de soi à l'heure où nombre d'activités s'effectuent à distance. La désynchronisation et la délocalisation des activités sont déjà à l'oeuvre. Les résultats de la récente étude iPass menée en Europe, en Asie et aux Etats-Unis montrent que 35% des Européens et 44% des Américains travaillent le matin avant même l'arrivée au bureau, et respectivement 28% et 23% pendant leur trajet domicile-travail. Par ailleurs, plus de la moitié déclarent travailler dans des cafés et un peu moins de la moitié dans les transports. 54% se déclarent plus productifs grâce à cette organisation et 64% estiment que cette flexibilité leur permet de mieux concilier leur vies professionnelle et personnnelle. Un éparpillement qui appelle à la figure de l'archipel.
S'agissant du télétravail, entendu comme cadre de travail à domicile ou en télécentre, les chiffres divergent, mais le retard français par rapport au pays anglo-saxons et scandinaves est visible. Selon l'étude Dares (Le développement du télétravail dans la société numérique de demain, novembre 2009) en 2007, la France comptait 8,4% de télétravailleurs. À la même époque, la Finlande en dénombrait 32,4%, la Suède 26,8%. En revanche, le travail mobile, trop spontané, trop dispersé ne fait pas encore l'objet de mesure. C'est dommage !
Pendant ce temps là... on travaille
Le travail mobile promet d'améliorer l'organisation des flux de la ville et d'accompagner la maîtrise du quotidien pour le travailleur (voir ici). Mais qu'en est-il du "travail" lui-même ? L'arrivée du cloud computing suffit à faire vivre les documents et agendas dans les nuages. L'essentiel des travailleurs mobiles (actuels ou en devenir) a simplement besoin d'une connexion internet, d'un ordinateur portable et d'un smartphone.
Cela renvoie à la percolation des vies professionnelle et personnelle. Les nouvelles générations arrivant sur le marché de travail se divisent en deux camps. Ceux qui ne font pas le distinguo entre leur vie professionnelle et personnelle, passionnés, en réseau avec des énergies multiples. Ils préfèrent être en lien avec le bureau même en vacances, tout en restant disponible pour les loisirs ou la vie familiale en semaine. Un nouveau mot désigne le phénomène - worliday. Le second camp rassemble ceux qui ne veulent pas passer leur temps à mi-travailler-mi-vivre et préfèrent couper tout lien avec le travail en sortant du bureau. Quelles mesures adopter pour faire cohabiter les uns et les autres ? Pour les faire travailler ensemble dans la même entreprise ?
Le principal frein au télétravail ? Le manager, car malgré la flexibilité - et donc l'autonomie du travailleur - à la base d'un nouveau modèle, le temps de travail perdure comme norme. Comment apprendre à tirer profit de l'autonomie des collaborateurs qui s'affranchissent de cette mesure ? C'est déjà considérable, mais ce n'est qu'une partie du chemin. Pour que ce travail ne soit pas synonyme de débordements, il est aussi nécessaire aussi de limiter le cadre de la production immatérielle à des objectifs identifiés, donc atteignables. Les entreprises sont-elles en mesure de les formuler ? Reste encore à instaurer le droit à la déconnexion. Comment ?
À lire aussi sur notre site :
Un dossier de mai 2011 réservé à nos membres : Et si on réinventait le travail ?
Un dossier de février 2011 réservé à nos membres : L'entreprise en archipel
Un dossier de janvier 2011 réservé à nos membres : Une feuille de route pour le télétravail
Un billet de juin 2011 ouvert à tous : Quand le travail s'éloigne des sièges
Une interview de juin 2011 avec Nathanaël Mathieu, co-fondateur de Neo-Nomade et LBMG Worklabs
Le projet WITE 2.0 - Plateforme unifiée de travail à distance dont Chronos est partenaire
Le dossier d'intelligence économique Chronos sur les Tiers-lieux
Commentaires
Présentation de Chronos
Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

