Blog Chronos

Panne d'imaginaire dans la ville


10 06/09 de Philippe Gargov

A quoi ressemblera la ville du futur ? La décision appartient pour l'heure aux architectes, urbanistes et paysagistes qui l'imaginent et aux politiques qui sanctionnent ces choix. Le blog Transit-City (lecture vivement conseillée) s'en fait l'écho dans de nombreux billets - dont proviennent justement les liens qui suivent. La tendance est au vert et la ville se pare de mille utopies : Londres devient une ferme géante, Tokyo se tapisse de gazon… La science fiction inspire ces imaginaires et donne naissance à des mégalopoles futuristes, telle cette Green Mega City foisonnante d'idées.

 

La ville durable n'existera pas sans s'attaquer de front aux maux générateurs des désordres environnementaux : l'étalement urbain et l'exacerbation des flux du quotidien (un actif français travaille en moyenne à 35 km de son domicile, selon l'Insee). Sans un regard neuf sur les mobilités, la ville du futur ratera le virage vert. Ce changement de perspective implique des solutions nouvelles : d'autres mobilités centrées sur une meilleure gestion des déplacements et des infrastructures (tiers-lieux, démobilités… Lire sur ce sujet "Le périurbain saisi par l'intermodalité").

 

Les urbanistes seraient-ils victime de la path-dependency ? Un terme barbare qui souligne le poids des héritages dans le processus d'innovation : "ce que l'on fera demain dépend de ce que l'on a fait hier". La définition s'étend aux imaginaires et à leurs représentations. A regarder de plus près, ces visions laissent songeur. Transit-City rappelle que rien n'a changé en un siècle d'imaginaire urbain (transport suspendu, fermes verticales…) et l'image de Métropolis perdure, plus d'un siècle après avoir été imaginée, jusque dans des projets prévus pour 2030.

 

Les mobilités sont exemplaires de cette dépendance aux images du passé. D'un côté, cette vision de la ville du futur de Métropolis, puis une autre réalisée dans les années 1950 et enfin celle de l'équipe de Christian de Portzamparc pour le Grand Paris… (images ci-dessous). Serait-on encore sur le même imaginaire ? La comparaison, proposée par Transit-City, révèle la panne d'inventivité face aux défis de la mobilité durable : la voiture reste toujours aussi présente et aussi propres soient elles, la multiplication d'infrastructures ne résoudra pas les dérives environnementales et l'inflation de déplacements.

 

Commentaires

08 07/09 de Chronos

La question est intéressante. Oui, difficile de faire émerger d'autres modèles d'organisation. Et il est plutôt logique que les urbanistes défendent leur coeur de métier et ne promeuvent pas très fort ces autres possibles.

L'espace des flux qui caractérise notre société ouvre des pistes, comme vous le soulignez. C'est ce que nous mettons en avant à travers nos "hubs" et nos "tiers-lieux", qui invitent à d'autres modèles d'organisation de l'espace centrés sur les flux, matériels (réseaux de transports) ou non (internet). L'espace physique et l'espace du réseau ne s'opposent pas. Un réseau immatériel, ce sont aussi et avant tout des infrastructures et des noeuds.

Notre pari : l'espace peut s'organiser autour de ces noeuds. Ce peut être le "périurbain saisi par l'intermodalité" (http://www.groupechronos.org/blog/le-periurbain-saisi-par-l-intermodalite ). C'est plus largement "mettre la ville dans les réseaux" (http://www.groupechronos.org/index.php/fre/projets/forums/mettre-la-ville-dans-les-reseaux-retours-sur-le-colloque-utp-chronos ).

Une autre organisation de l'espace, où le modèle n'est plus la ville et son assise croissante, mais le réseau, le service, le numérique ambiant… Bien sûr, cela appelle une transformation des gouvernances… Et c'est là que se jouent toutes les résistances, cette "nostalgie d'un futurisme" (joli paradoxe !) qui faisait de la ville le seul référent de l'espace (on est en malheureusement en plein dedans).

Philippe Gargov

10 06/09 de Pierre XAVIER

Intéressante analyse, mais vous n'allez pas assez loin. Il y a dans cette panne d'imaginaire une autre donnée qui n'est pas souvent abordée dans l'espace public : la ville est-elle le seul modèle d'organisation sociale possible dans un monde où la communication et les échanges sont dématérialisés ?
Cette incapacité à projeter une autre ville n'est-elle pas le symptôme d'un attachement névrotique à la ville comme centralité, comme lieu de souveraineté, comme théâtre de l'autorité et du pouvoir, comme dernier et ultime vestige de la concentration du prestige et des gloires historiques ?
Et n'y a-t-il pas dans les projets (finalement pauvres) d'urbanisation en France et ailleurs comme une nostalgie d'un futurisme désincarné, vide de sens mais terriblement esthétique ?
Autant de questions sur lesquelles votre perception et la réflexion qui la sous-tend aura certainement des remarques et des propos à livrer...

Présentation du groupe Chronos

Chronos est un cabinet d'études sociologiques et de conseil en innovation qui observe, interroge et analyse l'évolution et les enjeux des mobilités.

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