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Ma ville en l'air (2/3)


24 03/10 de Philippe Gargov

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Comment penser la ville lorsque celle-ci s'étale aussi à la verticale ? Paul Virilio dénonçait hier "l'impasse en altitude" d'une ville ne jurant que par les gratte-ciels. Et si cette urbanisme des hauteurs ouvrait au contraire la voie d'urbanité retrouvée ? C'est le pari de quelques villes d'Asie du Sud-Est aux rues impraticables. Si la proposition est séduisante, elle soulève de nombreuses interrogations quant à sa pertinence réelle.

Retrouvez les autres volets de notre triptyque "Ma ville en l'air" :

 

Vices et vertus d'une mobilité à étages

Avec près de 60% des déplacements effectués à pied, Bombay peut se vanter d'être l'un des villes les plus "marchées" du monde, elle n'en est pas pour autant "marchable". Le code de la rue indien a de quoi laisser perplexe, entre trottoirs impraticables et rickshaws déchainés. Le remède ? une cinquantaine de voies piétonnes surélevées, qui garantissent aux marcheurs sécurité et air pur. Une solution séduisante, mais qui mérite d'être débattue. Faut-il y voir un aveu de faiblesse, l'abandon de la voirie aux affres de la congestion ?

 

Les villes d'Asie du Sud-Est explorent depuis longtemps les possibilités de cette stratification des circulations urbaines rendues nécessaires par la densité du bâti. Loin d'être la panacée que l'on serait en droit d'attendre, ces morphologies urbaines servent en réalité la boulimie de bitume de l'automobile. L'architecte Harvey Wiley Corbett, théoricien de gratte-ciels, en fournissait dès 1923 une démonstration on ne peut plus claire : "Le niveau du sol serait progressivement rendu tout entier à la seule circulation automobile. Au second niveau, les piétons emprunteront des cheminements formant un réseau continu, relié par des passerelles" (cité par Rem Koolhaas dans son Delirious New York). L'objectif avoué de cette refonte urbaine : "augmenter la capacité automobile de 700%" ! De quoi s'interroger sur ces drôles de conceptions urbaines.

 

 

 

Le débat se pose aussi en termes d'urbanité et d'espace publics. Ainsi, le public des récents Ateliers du Certu rappelait la nature nécessairement "conflictuelle" de la ville, espace privilégié de la rencontre, et le risque d'"apartheid spatial" qui sous-tend ces voies réservées où chaque mode vivrait dans son coin. Pas très "vivable", selon notre vision européenne de la cité partagée. Et si l'urbanisme apprenait à "gérer le disensus plutôt qu'à créer le consensus", pour reprendre une formule de Rancière entendue ici ? Autrement dit, à tenter de faire coexister les modes avant de vouloir les opposer ?

Commentaires

17 04/10 de Olivier Anthore

A noter qu'il existe une ville en France qui a sur une partie de son territoire tenter cette séparation de la circulation piétonne et automobile : Créteil.

C'était l'époque du "nouveau Créteil".

Résultat une ville où on se perds car on y manque de point de repère à tel point que ça en devient presque proverbial comme le montre le film "Tellement proche"

 

Présentation de Chronos

 

Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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