Blog Chronos
Les dessous de la ville
05 05/09
Paris est protéïforme, aucun panorama ne permet de l'embrasser d'un seul regard. Bruno Latour et Emilie Hermant le constatent, qui parlent de "ville invisible". Pour en découvrir les replis cachés, une expérience de "rupture avec les temporalités urbaines dominantes s'impose."
Le rendez-vous a été fixé par email au 56, de telle avenue. Il fallait être équipés de lampes torches et de vêtements troués pour une soirée de folie dans les catacombes. Rupture nocturne avec la ville du dessus.

Deux jeunes sont postés devant l'immeuble : "vous cherchez le 56 ?". Ca sonne bizarrement comme un mot de passe et c'est grisant. On ouvre la porte en ferraille indiquée et on descend un escalier déglingué. Sous le pont, une cinquantaine de fêtards boivent des bières avant l'ultime descente de la soirée.
La troupe se met finalement en marche. On crapahute, cahin-cahan, le long des voies désaffectées de chemin de fer. Dix minutes plus tard, une cavité dans la paroi se révèle à la lumière des torches. Un par un, nous glissons dans l'étroit corridor, incertains pour les novices de ce que nous allons trouver.
On marche, on glisse, on s'accroupit, on se courbe. Les galeries sont parfois assez larges pour laisser passer deux personnes de front, parfois pas. Sans carte, inutile de penser à rebrousser chemin, on se perdrait dans le dédale de galeries... Des blagues fusent, mi-figue mi-raisin: on est perdu ! La voie est bouchée ! Le téléphone arabe connaît son heure de gloire, trois pas dans la boue et "c'est encore loin ?" devient "faut rebrousser chemin !". On baigne parfois jusqu'aux cuisses dans la nappe phréatique.
A l'issue d'une ultime glissade, on y est. Cuivres, instruments à vent, basses... les musicos et leurs matos animent une soirée démentielle. La sonorité est parfaite. Des bougies sont logées dans tous les recoins et éclairent des fresques murales tandis que les spots des lampes de poche zigzaguent sur les parois.
C'est une véritable invasion sub-urbaine : il y a environ 300 personnes, couvertes de boue à 15 mètres sous terre.
Le lendemain, au réveil, on doute un peu de la réalité de la soirée.
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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

