Blog Chronos
Le télétravail en question
24 01/11
La question du télétravail (voir ses multiples définitions) monte en puissance. L'évolution de ses formes interroge l'organisation des déplacements personnels et l'offre de lieux de halte - de tiers-lieux. Partant de ce constat et d'une focale sur les acteurs de l'immobilier d'entreprise, la CCIP des Hauts-de-Seine organisait récemment une rencontre dans le cadre de la 11e édition de "l'Economie en Débat".
Nicole Turbe Suetens, experte auprès de la Commission Européenne et fondatrice du cabinet Distance Expert, a lancé la première table ronde en évoquant le retard de la France en matière de télétravail. Selon un rapport du Centre d'Analyse Stratégique, la France compterait 8,4% de télétravailleurs contre 27,6% aux États-Unis et plus de 30% aux Pays-Bas. Selon elle, "ce retard s'expliquerait par une plus faible dématérialisation des processus et la mentalité d'ingénieur, voire de militaire régnant en France et qui se traduit par une forte culture du présentiel en comparaison de la culture du résultat caractérisant les pays anglo-saxons". [note de Chronos. Suggérons d'autres raisons : nous sommes loin des écartèlements domicile-travail des Américains et, hormis en Ile-de-France, loin des congestions que connaissent les Pays-Bas].
L'enquête de Médiamétrie auprès de 300 PME des Hauts-de-Seine présentée lors de cette rencontre souligne les motivations des entreprises pratiquant le télétravail : optimiser les temps de déplacement des salariés, accroître la réactivité de l'entreprise et fidéliser les collaborateurs.
La plupart des individus ne pense pas faire du télétravail quand ils relèvent leur e-mails dans le métro ou répondent à leurs clients depuis leur domicile. Les experts l'appellent le "télétravail gris"*, un télétravail informel et invasif, aussi difficile à encadrer et structurer qu'à mesurer. Tandis que Cisco s'en accommode, d'autres comme Renault ont décidé de passer par un accord "explicite". Ainsi les plannings des salariés en télétravail y sont précisés, un avenant au contrat de travail est signé et les managers reçoivent une formation spécifique pour apprendre à le gérer.
Qu'en est-il des lieux où il s'exerce ? Faut-il que les télécentres se rapprochent des domiciles pour limiter les déplacements des individus ou des pôles d'échange pour élargir leur fréquentation ?
Pour Christian Ollivry, président d'Actipole21, les télécentres situés en périphérie et organisés en réseau ont cette capacité à relier des travailleurs réguliers sur un territoire défini ; une solution qui paraît par ailleurs moins coûteuse pour les entreprises.
Au contraire Guillaume du Poy, directeur marketing chez Regus préfère les télécentres situés en centre urbain et très facilement accessible par les grandes gares et aéroports. Ces lieux concerneraient davantage des salariés amenés à des déplacements fréquents, notamment à l'étranger, et ils faciliteraient les rencontres entre collaborateurs lointains; ceux que les étudiants du master CCESE ont appelés les road warriors dans notre étude consacrée aux tiers-lieux.
Les experts auraient pu évoquer les porosités des différents temps des "salariés". Pourquoi ne servir que le télétravailleur quand le travail se mêle de manière si proche des achats, des services ? Pourquoi ces télécentres ne seraient-ils pas des "tiers-lieux" s'ouvrant à des ressources de la ville et aux services (commerce, services publics, crèches, etc.) ?
* Le télétravail "gris" est celui qui résulte d'une tolérance ou même d'une incitation de la part de l'employeur sans que les conditions de télétravail fassent l'objet d'un accord d'entreprise ou sans que la relation soit contractualisée par un avenant au contrat de travail. (Distance Expert)
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