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La rame quotidienne


14 11/11 de Bruno Marzloff

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François Maspéro avait fait un célèbre "voyage au long cours" sur la ligne B du RER parisien, Les Passagers du Roissy-Express en 1989 avec la photographe Anaïk Frantz, un ouvrage à lire absolument pour ceux qui ne l'ont pas encore dévoré. Vingt ans après, c'est aussi dans les transports ferrés de la région qu'a voyagé Anne-Louise Sautreuil pour produire "RER, mon amour". Un tout autre voyage, plus long ... un an et des centaines de rencontres. Des notes, des visages, des portraits, des images sur le vif.

 

 

"Le plus beau, dans ces voyages, c'est de respirer l'air du réel"

C'est toujours l'enjeu du reportage. "Le plus beau, dans ces voyages, c'est de respirer l'air du réel", dit William T. Vollmann, dont "Le grand partout", reportage sur les Etas-Unis, vient d'être traduit en français. Comme pour ce dernier, le lecteur de "RER mon amour" peut piocher, n'importe où dans une séquence dont le rail et le quotidien font l'unité.

 

On peut choisir, comme Le Monde (11.11.2011) de les appeler "Les prisonniers du RER" : un million de voyageurs par jour sur la ligne A, troisième ligne la plus fréquentée au monde ; 800.000 sur la B ; 500.000 sur la C ; 600.000 sur la D et 300.000 sur la E. Les chiffres s'emballent. Guillaume Pépy, président de la SNCF, livrait au Monde un constat sans fard sur la ligne D en début d'année : "Il y a environ 5% d'augmentation chaque année, soit 25.000 personnes. Pour ne pas détériorer la qualité de service, il faudrait 25 trains supplémentaires. Combien en met-on ? Zéro, parce que la ligne est déjà saturée."

 

 

Même si elle n'évite pas les rames en thrombose, les bousculades des quais, les ras-le-bol - qui ne sont pas seulement ceux des jours de grève, mais bêtement du quotidien -, Anne-Louise Sautreuil préfère les gens, les sonde, les écoute. C'est un autre regard moins métrique, plus éclectique, plus empathique que propose la journaliste.

 

Fraudeurs, graffeurs, tagueurs, dragueurs et autres arpenteurs

 

Elle nous fait voir d'un oeil tendre les fraudeurs, les graffeurs, les tagueurs et les dragueurs. Les pickpockets (pourquoi les affuble-t-on d'un mot anglais ?) sont en embuscade et les contrôleurs sont sur leur garde. Les musicos et autres arpenteurs du RER sont en quête de quelques sous. Les joyeuses tricoteuses ont chaque jour rendez-vous pour le même voyage, un touriste célèbre (chez lui et anonyme ici), la surveillante bienveillante est en alerte, l'allumé à l'écoute de la rame aussi - il sait jauger la qualité du machiniste et le retard prévisible due à sa dextérité aux manettes du RER. On n'échappe pas aux incontournables amants seuls au monde. Des figures convenues et d'autres moins, une fraîcheur qui n'exclut pas une certaine candeur.

 

Et de beaux imaginaires comme "La petite fille à l'éventail". Imaginez des petites filles, accrochées au plafond des rames - comme ces angelots des églises rococo - qui dispenseraient une ventilisation charmante et fraîche dans la tiédeur des juillet harassants du RER. Une surprise que vous pourrez croquer dans votre rame quotidienne.

 

 

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Présentation de Chronos

 

Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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