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La carte, du moteur de recherche au moteur d'action


02 07/09 de Philippe Gargov

 

On redécouvre la carte, une carte qui se détache de l'analogique, qui se cherche ses référentiels et qui raconte une autre éditorialisation du monde, de la ville et du quotidien. Le Colloque HyperUrbain.2, s'attaquaient aux liens entre "nouvelles cartes et nouvelles villes" tandis que le séminaire w2s se penchait sur les "cartes vivantes", dynamiques et peuplées de traces géolocalisées. La carte en sort riche d'interrogations nouvelles.

 

Le citadin éditeur de l'espace

La capacité du citadin de concevoir ses propres cartes bouscule le jeu des gouvernances. Le "plan" (planification descendante de la ville) cède la place à la "carte" co-construite et partagée. Via des applications tel OpenStreetMap, le citadin est éditeur de l'espace (Qui est propriétaire du monde ?). Il y gagne une légitimité pour agir dans la ville 2.0. La carte devient palimpseste lorsqu'elle se ponctue de traces numériques - délibérées ou non. Une promesse autant qu'un problème : les potentiels sont multiples, riches et inquiétants. Big Brother et les fantasmes d'un panoptique ne sont pas loin.

 

Les traces libérées, délibérées et... les autres

Comment sortir de l'ombre et de la pathologie orwelliennes ? La porosité croissante entre sphères privées et publiques sur l'Internet rappelle la nécessité de garde-fous juridiques et sociaux. La carte doit faire les preuves de sa vertu, tant sur le plan de l'éthique, en garantissant par exemple le "droit à l'oubli" pour les empreintes que l'on ne souhaite pas ou plus voir enregistrées, que des bénéfices envisageables (Les traces réinventent le quotidien).

La carte vivante, parce qu'elle est habitée par tous, se veut un "bien commun" sujet au double contrôle des institutions... et de la collectivité. Seule l'anonymisation et la surtout libération des données (autorisant donc la surveillance par la communauté : une souveillance par des "Small Brothers" ?) permettront de sortir de la logique paranoïaque qui pèse sur la carte.

 

Du "search engine" au "do engine"

Les intervenants ont présentés sur ce modèle des cartes impressionnantes, voire impressionnistes à l'image des tableaux d'Urban Mobs. Mais au-delà de la fascination, que faire de toutes ces cartes ? Daniel Kaplan résumait l'enjeu en introduction du colloque Hyperurbain : "Nous savons voir, mais savons nous tirer du sens ?".

La carte numérique, renseignée par des traces géolocalisées ou des données géotaguées, s'est imposée comme moteur de recherche (search engine) pour dénicher d'un clic restaurants, itinéraires de randonnée, stations de bus ou même des compagnons de route (les "buddy finder" de Nicolas Nova).

Mais la carte numérique peut se donner d'autres perspectives, plus ambitieuses. En traduisant les traces individuelles en nuage de points agrégés, à l'image des projets CityPulse/La montre verte, la carte devient un "moteur d'action" (do engine). Le cheminement est simple : par son implication dans la carte et la prise de conscience de sa présence sur l'espace, l'usager modifie ses pratiques (de déplacements, de consommations énergétiques...). Il participe à la construction collective de la ville durable. C'est la perspective du "pouls", d'une carte qui permet d'agir sur la ville 2.0.

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