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L'application I-graffiti : un coup de jeune pour le débat public


09 05/11 de Julie Rieg

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En Suisse, tout citoyen peut prendre l'initiative de déclencher un référendum pour agir sur une décision ou une action de l'Etat. Dernier en date, un référendum sur la possession d'armes par les militaires suisses. Depuis la Seconde Guerre Mondiale, chaque homme qui passe son service militaire rentre en effet chez lui avec une arme à feu (sans balles). L'objectif de départ était d'assurer une réactivité maximale en cas du déclenchement d'une guerre.

 

Après une votation citoyenne, la loi est finalement maintenue par le plus grand nombre. Retirer les armes à feu des mains des militaires reviendrait à tirer une balle dans la confiance que l'Etat accorde au peuple, s'accorde la majorité des votants. La minorité, elle, condamne un système qui favoriserait la criminalité, même si les chiffres démontrent un taux de criminalité plus faible chez les Suisses que chez leurs voisins européens (voir ici).

 

Profitant de ce débat d'envergure nationale, Jean-Henri Morin, spécialiste des systèmes d'information et professeur à l'Université de Genève, organise un atelier de créativité avec quelques dizaines de participants à Lift (voir la description de l'atelier "mobile Public Debate in the Urban Space", février 2011). Dans les locaux, il reproduit des lieux de la ville et y colle des affiches politiques relatives au port d'armes à feu, sur lesquelles les participants peuvent apposer des graffitis de toutes sortes. La règle du jeu est très simple :

  • imaginer qu'on dispose sur son smartphone d'une application mobile appelée "i-graffiti",
  • interagir fictivement aussi bien avec les affiches qu'avec les autres protagonistes (en annotant les affiches, en organisant des débats ou toute autre action à l'initiative des participants).

 

L'application est imaginaire; les actions des participants sont relevées sur des post-it et recensées par des observateurs. A la fin de la séance, les participants analysent les résultats de leur action.

 

L'exercice de simulation est intéressant. Il révèle qu'il y a encore de la place pour le débat public au coeur même des espaces publics. Les technologies mobiles, la géolocalisation, la réalité augmentée, les tags virtuels, le jeu ou encore les réseaux sociaux sont autant de canaux pour ce débat public, mais ils ne se substituent pas aux rencontres physiques. Ils les accompagnent, les organisent et les prolongent.

 

En effet, les échanges étaient à la fois virtuels et physiques. Des flashmobs ont été déclenchés entre les participants, mais aussi des actions militantes, des jeux et des rencontres amicales. Les échanges virtuels (d'information notamment) se font dans tous les sens et via toutes sortes de canaux : entre les gens sur place, entre les places, entre les places et le domicile, avec ses proches... En revanche, l'application n'est - étonnement - pas utilisée pour voter, alors que les affiches s'inscrivent dans la logique d'un référendum

 

On note une participation active des jeunes générations. La plupart ont d'ailleurs choisi cet atelier de travail pour son titre alléchant : "i-graffiti". Or, le constat veut que ce sont d'ordinaire les générations plus anciennes qui s'impliquent en politique. Le débat public sur mobile redonne un coup de jeune à la discipline.

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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