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Et si on inventait la "piétonique" ?


04 04/11 de Julie Rieg

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Sommes-nous un peuple nomade ou sédentaire ? Ni noir ni blanc, nous sommes les deux. Nomade car nous nous déplaçons de plus en plus souvent et de plus en plus loin. Sédentaire car nous nous déplaçons à l'aide de motorisations et ne bougeons pas autant notre corps qu'avant. De 1750 à 2010, nous sommes passés d'une activité physique moyenne de huit heures par jour à moins d'une heure, précise le docteur Toussaint lors du colloque "Marche urbaine et transports collectifs", RATP. D'où l'intérêt de favoriser le retour des modes actifs, le vélo et la marche, dans le quotidien des gens.

 

En référence à la tectonique, une danse entortillée et véloce à la mode chez les jeunes générations, Yo Kaminagai, Directeur du design à la RATP, propose d'inventer la « piétonique », qui serait une discipline consacrée au piéton. Cette discipline permettrait d'institutionnaliser la marche comme un mode de déplacement actif et d'accompagner son apprentissage par les individus. Car les peurs liées à la marche et à l'environnement dans lequel on se meut sont nombreuses, notamment pour les vieilles générations. Ces peurs se manifestent à des degrés divers, d'une simple gêne à des maladies post-traumatiques : on craint le bruit, les lieux clos, la foule, la vitesse, l'éloignement, la hauteur, les regards, les accidents, le toucher, les odeurs, les agressions ou encore les chutes, précise le docteur Alain Berthoz.

 

Fort heureusement, le (ré)apprentissage de la marche est possible (et quel que soit son âge) en agissant sur les émotions de l'individu (relaxation, gestion du stress, attention, etc.) et sur leur motilité (coordination et exercices posturaux). Certains proposent des thérapies en réalité virtuelle qui permettent de simuler la marche sans exposition physique au risque. D'autres proposent des aides à la déambulation de plus en plus variées (voir par exemple les map-hole, bouches d'égouts transformées en des sortes de boussoles qui indiquent aux marcheurs les distances à parcourir vers différentes destinations). Mieux encore, la marche elle-même a ses vertus thérapeutiques : curatives d'une part, préventives de l'autre. Les bénéfices sont nombreux : amélioration des fonctions cognitives, de la régulation respiratoire, prévention du stress et de la dépression, hygiène émotionnelle, etc.

 

Pour favoriser l'apprentissage de la marche, l'aménagement des villes et plus largement des territoires n'est pas en reste. Il faut redonner un caractère "marchable" aux espaces publics. C'est-à-dire ?

  • "Améliorer la qualité de l'air" et "recréer des espaces d'errance", Corinne Filliol, Représentante du responsable « Santé des voyageurs », Délégation Générale à l'Innovation et au Développement Durable, RATP.
  • "Privilégier la vitesse contextuelle à la vitesse km/h", Jacques Lévy, géographe. La vitesse contextuelle s'appuie sur une logique d'accès et non de distance parcourue. Ainsi le Tokyoïte à pied est plus rapide que l'automobiliste de Los Angeles.
  • Permettre la polychronie. "Le piéton n'est plus un être démuni, mais le meilleur moyen pour faire plusieurs choses à la fois", Jacques Lévy.
  • "Donner plus de lisibilité au cheminement naturel du piéton", Ghislaine Geffroy, directrice de la Voirie et des Déplacements, Ville de Paris.
  • "Permettre le franchissement à pied des barrières physiques comme le périphérique parisien", Fabienne Giboudeau, adjointe au maire chargée des espaces verts.
  • "Assurer une continuité urbaine par le travail en commun des divers acteurs de la ville et des déplacements", Colette Horel, Directrice du département Développement et action Territoriale, RATP.
  • "Aménager et construire des espaces de halte et de pause", Rémi FEREDJ, Directeur du département Espaces et services, RATP.
  • "Penser le piéton au-delà des déplacements de proximité et l'inscrire dans des échelles territoriales variées", Véronique Michaud, secrétaire générale du Club des Villes et Territoires Cyclables.
  • "Intégrer que le piéton est multiple (promeneur, joueur, grand-mère...)", Christian Piana, Directeur du Département Bus, RATP.
  • "Continuer à décloisonner les disciplines et les infrastructures urbaines", Georges Amar, co-président du programme commission mobilité, RATP.

Commentaires

06 04/11 de Benoit Beroud

Espérons, et cela semble le cas, que cette discipline ne cloisonne pas à l'unique approche de l'ingénieur.

"La marche est notre mode de déplacement naturel. Comprendre les pratiques et les besoins de déplacements des piétons permet de reconsidérer l'être vivant, animé, en chacun de nous."

Au plaisir de contribuer à la piétonique.

Benoit Beroud,
Consultant indépendant en mobilités actives
Mobiped - la mobilité des bipèdes
www.mobiped.com

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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