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Chroniques des villes agiles #3 - Poubelle la ville


30 11/11 de Philippe Gargov

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Le feuilleton des villes agiles commence à être consistant. Bon d'accord, Philippe a voulu jouer le titre qui tue. Bien essayé, mais tout le monde n'est pas Libération, passé maître dans cet art. On le garde quand même et vous avez le droit de ne pas rire si ça vous chante. En revanche, on aime beaucoup sa formule "la ville en CDD". Elle est percutante et surtout pose bien l'enjeu des villes agiles. Ne faudrait-il pas encourager les opérations temporaires telles que l'initiative des parklets ? Le détournement du mobilier urbain (et il y'en a beaucoup !) en jardinet, salon ou encore piscine ? Mais..découvrez par vous-même. Chronos

 

Qu'on le veuille ou non, les ordures participent du métabolisme des villes, marquées par la société de consommation et sa production exponentielle de déchets plus ou moins dégradables, odorants et nuisibles. Allez à Naples, Palerme pour mesurer le niveau de dépendance des territoires à leur égard, lorsque les éboueurs se mettent en grève. D'autres images de villes-décharge parsèment l'imaginaire, à l'image de ces stupéfiants quartiers du Caire englués dans les ordures (voire aussi La ville-décharge dans le film Idiocracy, commentée par Nicolas Nova).

Ce rôle majeur devrait placer la poubelle - elle s'analyse somme toute comme un mobilier urbain -, au coeur des réflexions de la ville. Pourtant, peu d'acteurs urbains s'intéressent à cette question, sinon sous un angle logistique qui ne nous intéresse guère ici. Si la question des déchets eux-mêmes a été exploitée dans quelques productions architecturales et urbanistiques (cf. L'utopie du dépotoir sur le blog de l'auteur), leurs "récipients" n'ont pas connu le même succès. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, et encore davantage à en faire dans le cadre de la mutation "agile" des espaces urbains.

Hasard du calendrier, Slate publiait, au moment de l'écriture de ce billet, un cocasse article sur la potentielle disparition des vertes poubelles parisiennes. Sous la plume de l'auteur, le remplacement des "conteneurs en plastoc de l'ami Delanoë" par un système de "collecte par aspiration", ferait le plus grand bien à la capitale. Raison de plus pour s'interroger sur ce futur possible : comment recycler ces bennes tant décriées lorsqu'elles seront orphelines ? Éléments de réponse.

 

source : "Parisiennes : Toutes Déconn" par Zoé Kovacs

 

A l'instar d'autres éléments fonctionnels de la cité, les poubelles maillent le territoire avec une notable fréquence et une régularité rare. Surtout, leur composition permet nombre de détournements : à la fois suffisamment légères et robustes pour autoriser des réalisations "d'envergure"; en particulier dans le cas des structures en métal type bennes de chantier. Nous privilégierons ce type d'objets pour illustrer cette chronique, car ils sont les seuls à se donner à voir à ce jour (mais nous attendons de pied ferme les détournements des petits formats). A mi-chemin entre les micro-hackings du quotidien et l'aggiornamento ambitieux de la voirie automobile, la réappropriation des bennes à ordure prouve, si besoin était, que la créativité est à l'oeuvre.

Peut-être cette réflexion a-t-elle amené la ville de New York à accepter la transformation de ses fameuses bennes métalliques en piscines éphémères, installées par l'agence Macro-Sea ces derniers étés dans la Grande Pomme. Proposons-la comme une source d'inspiration pour des extensions Paris Plage hors des berges.

 

 

 

Les installations restent lourdes pour rendre ces piscines exploitables. Des ajouts dont s'affranchissent les créations plus légères de l'artiste-recycleur Oliver Bishop-Young, à l'initiative des poubelles londoniennes qui se muent en piscines, skatepark ou tables de ping-pong... Plus intimes, mais donc par conséquent plus agiles, ces détournements convoquent l'élément ludique au coin de la rue. [Note : Oliver Bishop-Young a récemment animé quelques workshop parisiens sur la péniche branchée du Batofar, en proposant notamment aux Parisiens de transformer trois bennes en "jardin aquatique qui filtreront l'eau de la Seine". Annonciateur d'une diffusion prochaine en France ?]

 

 

 

Parmi les créations les plus "sérieuses" du britannique, on retiendra les bennes-jardinets. La tendance fait écho à celle des parklets, avec une touche légèrement subversive et plus nomade. N'oublions pas que la force des poubelles détournées réside dans leur itinérance - encore faut-il les acheminer !

 

 

 

Sans surprise, une idée similaire avait germé dans les neurones prolifiques des designers de Rebar, "inventeurs" du Park(ing) Day, dans le cadre du programme san-fransiscain Pavement to Parks, visant à transformer un carrefour de bitume en plaza temporaire. Pour y répondre, le collectif avait notamment choisi de mettre à profit les bennes métalliques généreusement fournies (et déplacées) par la municipalité.

 

 

 

On s'accorde à Futurespace Magazine, "Rebar a prouvé combien un design urbain de qualité pouvait être réalisé rapidement et avec peu de budget". C'est évidemment l'objectif du détournement de transformer la ville à moindre coût, même de manière temporaire. D'ailleurs, l'usage éphémère de ces détournements pose question. Timidités, galops d'essai ou défaite de la "reconquista" qui alimentent ces initiatives ? La ville agile doit-elle nécessairement se construire "en CDD" ?

Si le Pavement to Plaza est un espace voué par définition à être "rendu" à l'automobile une fois la bise revenue, la piétonnisation de Times Square, avec son lot de mobilier de plage bariolé, vendue par le maire de New York comme une expérience, se conclut aujourd'hui dans l'éviction définitive de la voiture et même son extension à tout Broadway. La répétition de ces installations reste au final un encouragement à l'ingéniosité créative pour s'emparer d'autres objets urbains délaissés, des plus évidents aux plus "tabous". L'agilité urbaine ne devrait pas se connaître de limites. A suivre...

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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