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Cartographies subjectives, entre Restitutions factuelles et Imaginaires


21 07/10 de Elie Guitton

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Bartolomé, frère de Christophe Colomb, était cartographe, du moins dans la narration qu'en fait Eric Orsenna dans son dernier ouvrage L'Entreprise des Indes. L'art de la carte, rappelle t-il, est de tanguer en permanence entre Mensonges et Vérités dans les Ateliers cartographiques de Lisbonne où on réserve la connaissance au Roi et à ses troupes maritimes et où on enfume avec talent les adversaires avec des cartes maquillées. Mais la carte oscille aussi joyeusement entre Restitutions factuelles et Imaginaires. C'est justement parce qu'elle nous semble si familière et crédible qu'un simple détournement suffit à nous surprendre et à nous dévoiler d'autres perspectives (voir aussi nos précédents billets, L'imaginaire des cartes et Du jeu d'acteurs au jeu de cartes).

 

Le collectif La Glacière, emmené par l'artiste Catherine Jourdan, s'inscrit dans cette voie. Des enfants de deux quartiers de Nantes ont dessiné leur ville telle qu'ils la voient. Les résultats sont insouciants et amusants, mais aussi étonnants et souvent révélateurs. Ils décrivent la ville telle qu'ils la vivent c'est-à-dire telle qu'ils la rêvent. Ou comment la carte peut rendre visible un imaginaire imperceptible.

 

Le projet a été répété dans plusieurs villes, et notamment à Rennes, par les enfants du centre de loisir du quartier de ZUS du Blosne. Dans ce projet pseudo géographique farfelu, on retrouve le quartier au centre, ses repères ("j'ai une cachette dans la bibliothèque", "le magasin où on peut acheter à manger") mais aussi ses dangers ("attention, ici les enfants se font voler par des voleurs"), ses bruits et ses odeurs. Les échelles ne sont pas respectées, plus on s'éloigne du quartier et plus les précisions se font rares ("ici et là-bas, nous ne savons pas ce qu'il y a, je ne connais pas tout Rennes quand même !"). Après un no man's land on retrouve "le centre-ville, où les immeubles ont des toits de châteaux", pour y aller il suffit de suivre le tracé "du métro électronique de course qui marche avec des piles". L'aéroport, placé au hasard, permet de se rendre dans les "chez nous ailleurs", les pays d'origine des enfants représentés à côté du quartier, comme des havres imaginaires et accueillants.

 

 

 

Extrait de la carte subjective de Rennes

 

Les enfants proposent aussi des solutions "innovantes" aux problèmes urbains, comme le "crottherbe, qui aspirera le caca des chiens pour le transformer en herbe". Ils veulent "construire une maison où les clochards pourront dormir", "changer les immeubles parce que parfois ils brûlent ou ils sont sales, et avoir des maisons parce qu'avec une maison, tu as forcement une piscine pour toi tout seul ou ta famille ou tes amis". Les jeux en bas des immeubles et les glaciers ambulants dans les rues sont aussi sollicités...

 

Mais la cartographie subjective n'est pas forcément géographique. Une recherche sur Google découvre une "cartographie subjective de la blogarchie française" et des territoires inventés pour matérialiser la blogosphère, comme cette carte de l'Internet. De la même manière, Slate publiait récemment des cartes faites à la main par ses lecteurs : un plan d'accès griffonné par un ami peut être plus utile qu'une carte dessinée par un pro, car il est personnalisé et va à l'essentiel.

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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