Blog Chronos
Carto ergo sum
13 01/12
La carte et ses territoires étaient à l'honneur au BarCamp co-organisé par FaberNovel et la RATP sur la "cartographie des transports en commun". Yann Le Tilly propose un compte-rendu clair et efficace en quatre rappels utiles à tout acteur urbain désireux de cartographier "son" monde et l'inévitable débat de l'ouverture des données. La présence de la RATP en tant qu'organisateur lui offre ici une résonance particulière. Les frottements en 2011 de l'opérateur avec CheckMyMétro, application mobile de navigation parisienne, a sans doute servi de détonateur. L'affaire s'est (momentanément ?) conclue positivement par un concours invitant les usagers à produire un plan de métro libre de droit. Une centaine de cartes ont vu le jour, plus ou moins lisibles, plus ou moins artistiques, mais toutes stupéfiantes (et surtout fidèles à la réalité).
Elles témoignent de l'envie de voir les données géographiques sortir de leurs murs. Comme le résume Yann Le Tilly : "Les données gagnent à être partagées. [...] Non seulement il serait utile à la communauté OSM [Open Street Map] de disposer des droits d'utilisation des données cartographiques des exploitants [de réseaux de transports], mais inversement, le travail de la communauté est susceptible d'enrichir les services et d'améliorer la qualité des données des exploitants. Suite à data.gouv.fr la plupart des décideurs commencent à le comprendre, d'autres persistent !" [Pour prendre le pouls de ces avancées, lire l'Open Data dans les transports également de Yann Le Tilly].
Open Street Map, héraut de la carte libre, rencontre un succès croissant sur mobile aussi logique que salutaire. Proxima Mobile commente : "De nombreuses applications mobiles permettent désormais d'afficher les cartes OSM en mode connecté ou en mode déconnecté. Elles permettent aussi de contribuer au projet, qu'il s'agisse d'enregistrer des traces GPS (route, chemin, rivière, bordure de forêt...) ou encore de documenter les lieux via des notes écrites, des commentaires audio ou des photos. Longtemps réservé aux seuls utilisateurs avertis, OSM a mis ligne Open Street Bugs qui permet désormais aux primo-utilisateurs d'enrichir la base de données".
Quand les utilisateurs ne contribuent pas activement à ces bases... ils les manipulent à l'envi, à l'image du séduisant Chromaroma, jeu développé par une entreprise privé à partir des données de fréquentation du Subway. "Chromaroma est un jeu qui propose une guerre de territoire dans le métro londonien. Chaque station est la propriété de l'équipe qui la fréquente le plus, à la manière des mayorships de Foursquare. Et pourtant ici point de check-in : les données utilisées sont les swipes de l'Oyster Card, c'est-à-dire les passages de ces badges similaires aux Pass Navigo dans les bornes du métro", expliquaient (il y a un an précisément) les spécialistes ès ludification du blog Fais-moi jouer.
Résumons donc le jeu d'acteurs de ce jeu de cartes en ébullition. D'un côté, des acteurs publics légitimement propriétaires de leur données géographiques (pour eux, la carte représente aussi une image de marque, comme l'expliquait Yann). De l'autre, des acteurs privés jugent légitime de s'en resservir, avec ou sans leur accord, en tombant donc dans l'illégalité... Au milieu, des usagers à la fois producteurs, contributeurs, bénéficiaires, exploitants, joueurs ou clients de ces mêmes données. D'où l'imbroglio : qui est propriétaire du monde cartographié ? Ce billet - de trois ans et quelques jours - n'a rien perdu de son actualité.
La complexité de la situation ne doit pas masquer les vertus oniriques de la carte, parfois média du "voyage immobile" à l'imaginaire propre. Ce sont d'ailleurs des cartes (papier, cette fois) qui illustraient la Saint-Urbain, fêtée le 19 décembre dernier par le Polau, témoignant de la vivacité incontestée de ce support pour raconter la cité. Dans la même veine graphique, une étrange faune s'anime dans ce clip de Piers Faccini, laissant de côté les complexités de l'Open Data...
Je cartographie, donc je suis. Dernier slogan de l'homme mobile ?
À suivre un billet sur les cartographies subjectives, réalisées par des habitants via le projet La Glacière de Catherine Jourdan et Sarah Debove
Commentaires
Présentation de Chronos
Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

