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Panne de sens. Quel quotidien voulons-nous ?


26 10/09 de Bruno Marzloff

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Prenez quelques articles parus ces jours derniers. Lisez, comparez, remuez, reliez et concluez que l'histoire de la voiture a tellement pénétré nos destins que ses questions sont aussi celles de la société. D'abord, la curiosité que manifestent ces longues observations du malade ont changé de pages. Nous ne sommes plus dans la rubrique Nouveautés ou Design ou Mode de vie, on est plutôt du côté des faits de société. Toutes ces analyses proposées à des audiences publiques larges disent une voiture à bout de souffle dans son modèle actuel, comme notre modèle de société bâti sur l'industrialisation, le plein emploi et la modernité de la croissance.

 

Au milieu des contradictions

Pourquoi faut-il que le Figaro exhume dans ses colonnes une savoureuse tribune inédite de Boris Vian : « Paris est dégueulasse » où il dit avec son talent tout le mal qu'il pense des moteurs à essence, un défi au bon sens, à l'hygiène, et même, chose plus grave, à la notion de ville ? Une coïncidence ? L'opinion se cultive dans le sens du poil, et dernièrement ce poil se dresse même pour les lecteurs du Figaro contre la dépendance automobile. Même son de cloche dans les colonnes du Los Angeles Times (Rebel without a car?) qui observe aussi que n'avoir pas de voiture ne rime pas nécessairement avec "démuni" ('Without a Car in the World'). Quand la directrice d'un magazine américain abandonne son privilège de voiture avec chauffeur pour un vélo, c'est pour les économies, mais c'est aussi tendance. C'est à NYC et nulle part ailleurs !

L'imaginaire nouveau de la voiture n'est pas encore là, en revanche les blogs se font l'écho de la destruction de l'ancien avec humour (pop-up urbain - Quand la voiture s'auto-parodie). Trackmania désacralise la mythologie de l'objet automobile. La voiture s'auto-parodie en sublimant ses excès, pour n'être plus au final qu'un jouet manipulable à l'envi. "Manipulable à l'envi", et si c'était ça, le futur de l'auto ? No future gravé dans la poussière du pare-brise, c'est encore l'illustration du Monde 2, tout aussi grand public. C'est son discours aussi : 80% de jeunes Allemands déclarent pouvoir se passer d'une voiture mais pas d'internet. La dématérialisation n'est pas loin. Nous voila avec une nouvelle valeur ? Philippe Stark dans Télérama confirme : "Quand on est producteur de matière, comme je le suis, il faut réfléchir à comment refuser la matière. On entre là dans le process écologique ...".

Mais on entre aussi, dit Michèle Debonneuil, Inspectrice des Finances, dans Les Enjeux-Les Echos, dans un process sociétal qui signe la fin de l'industriel : "Louer une voiture au lieu de l'acheter ne tue pas la voiture. En revanche, cela déplace la valeur des industriels vers les prestataires" (La voiture dans l'économie des services). On pousse plus loin ? Le magazine de Total explore ce mois-ci l'automobile, avec ce surprenant titre à contre sens, "La révolution tranquille". Allez dire à Billancourt, Sochaux ou à Détroit que l'automobile vit une révolution tranquille ! On s'attend à la langue de bois. Jugez vous-même ! "Le consommateur n'est plus attaché à l'objet. La crise ne fait qu'accentuer cette réalité : ce qui compte aujourd'hui n'est pas de posséder une voiture, mais de pouvoir se déplacer." La multiplication des obstacles à la voiture renvoie à nos contradictions, selon qu'on est automobiliste ou non : Délinquants vs. Emmerdeurs ? Que fait la police ?

 

Panne d'imaginaire et pannes en tout genre

De l'immatériel, on est passé au service. Comment ? Le New York Times apporte deux réponses pragmatiques. Un premier article (For Car Buyers, the Brand Romance Is Gone) raconte la chute de fidélité à la marque (la proportion de ceux qui rachète la même marque s'écroule en six ans de près de 80% à quelque 20%). L'imaginaire n'est plus dans la marque, donc plus dans la voiture non plus. La volatilité à la marque, donc à l'objet, est le révélateur du besoin de service. Ça ne fait pas un imaginaire, cela ! sans doute faut-il chercher du côté des imaginaires de l'auto nécessaire.

Dans le second papier (For Some, the Car Is No Longer a Must-Have), l'Amérique s'interroge sur son destin automobile : Durant des générations, l'achat de voiture a été guidé par la question, quelle voiture ? Voila le moment où on pose la question, pourquoi une voiture ? do I need a car at all? La longueur de l'enquête, quatre pages, en dit long sur la profondeur de l'interrogation. Mais on n'en est encore qu'à décrire quelques pionniers qui osent le transport public, le vélo ou ... la voiture en partage. Panne d'alternatives ? Bien sûr. On attend les réponses. Mais aussi "Panne d'image", comme le titre Energies ? Ou bien panne de consommation comme invective un Philippe Stark, un rebelle au secours de l'histoire qui se fait pompeusement pompier de service : "J'essaie de faire exploser le système... Le travail de designer doit être politique. En se demandant comment sauver de la matière, comment changer l'esprit des gens, les dégoûter de l'achat de compensation du samedi après-midi...". Mais il semble que ce soit en route, suggèrent au Figaro en vidéo le publicitaire Vincent Leclabart et Dominique Lévy de TNS Sofres (C'est moins le pouvoir d'achat qui est en panne que le désir d'acheter, disent-ils à propos du désintérêt croissant des gens pour la publicité) ?

 

Quel est ce quotidien où on consomme sans acheter ?

Résumons, panne d'image (et d'imaginaire) + panne de consommation + panne d'alternative = panne de sens, non ? Il faut s'interroger sur le demi million de clients perdus par les marques automobile en France comme le fait l'article du Monde 2 (On lâche sa voiture). Ils ne prendraient plus leur voiture ? Ça se saurait dans les statistiques. Il faut bien admettre qu'une grande part utilise la voiture par défaut et manifeste une position : On consomme sans acheter (ou On n'a plus besoin de posséder, autre "révolution de modes de vie" du Monde 2). Le quotidien d'hier s'est façonné dans l'automobile, celui d'aujourd'hui se construit entre internet et mobile, dans l'immatériel des services et de nouvelles valeurs urbaines comme les partages, même tarifés; encore que On veut tout gratuit fait aussi partie du palmarès du Monde 2. Finalement la question de la voiture renvoie à la panne de sens : Quel quotidien voulons-nous ? Mais aussi, Quel territoire aussi voulons-nous ? interroge Marc Wiel dans un pdf à télécharger (). Nous n'avons plus moyens de nos incohérences territoriales, affirme t-il en substance.

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Présentation de Chronos

 

Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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