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Données publiques. Un gisement nommé désir


12 02/10 de Philippe Gargov

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La Fing organisait ce 11 février une journée d'échanges sur la question des données publiques. Pour Charles Népote, responsable du chantier Données publiques à la Fing, le mouvement de l'accès aux données "est en marche", il reste à enclencher leur exploitation opérationnelle. Comment passer du catalogue de donnée à la fabrique des services urbains ? L'accès aux données - souvent hérité d'un lobbying de la "base" (une vingtaine de data-stores existaient çi et là avant l'arrivée des portails gouvernementaux) -, doit être stimulé et accompagné, à l'instar de Show Us a Better Way ou de Mashup Australia.

 

La France, à la traîne sur ce sujet, voit cependant des initiatives locales créer une dynamique :

  • en Bretagne, en particulier sur les données géographiques (cadastres ouverts et depuis intégrés à Open Street Map, par exemple) ;
  • l'Agence du patrimoine immatériel de l'Etat, créée en 2007, travaille actuellement à l'ouverture d'un portail unique facilitant l'accès aux données étatiques ;
  • le rapport Ory-Lavollée : "Propositions pour une charte de diffusion et de réutilisation des données publiques culturelles numériques", juillet 2009 ;
  • Creative Commons France appelle les candidats aux élections régionales à se prononcer sur la question, etc.

"On est aujourd'hui en France à l'ère des pionniers qui dissèquent les collectivités pour trouver des données accessibles", résume Denis Berthault, du Groupement Français des Industries de l'Information (GFII). Le cas Vélib' est emblématique de "l'entre-deux" actuel. La réutilisation des données dans de nombreux mashups s'est faite sans cadre juridique et sans documentation de l'API. Incertitudes et lourdeurs, ces deux "barrières à l'entrée" témoignent des limites persistantes dans ce difficile jeu d'acteurs.

 

Les données publiques encouragent à "externaliser l'innovation". De la R&D crowdsourcée en quelque sorte ! Un cadre juridique est nécessaire évidemment. Mais comment mesurer les bénéfices de l'ouverture des données ? Le manque à gagner des revenus directs de la vente de données à des acteurs privés sera largement compensé par les externalités positives de cette ouverture : applications innovantes, créations d'entreprises, optimisation voire soulagement des services publics, contributions des usagers qui peuvent éditer les données, etc. La donnée publique, réutilisable de mille façons, est un véritable "gisement de matière première pour l'innovation", rappelle Denis Berthault. La question de sa valeur financière n'est donc pas un débat neutre. La pérennité économique des données est évidemment un enjeu auquel on n'échappera pas, souligne aussi Yann Le Tilly de Canal TP.

Pour Hugues Aubin, chargé de mission TIC à Rennes, plutôt que s'attarder sur la normalisation des données (pointée du doigt dans la salle), partons des bases existantes - avec leurs limites - en tirant partie de la pression exercée par l'écosystème web. Le constat se répète en boucle : "si une institution ne partage pas ses données, d'autres le feront à sa place" - avec les séquelles non maîtrisées : carences de fiabilité et de garanties, usages commerciaux non désirés, détournements pouvant dégrader la marque, etc. Aux institutions de prendre les devants.

 

Justement, c'est l'annonce scoop du jour : Keolis Rennes (Christophe Millot), avec le soutien de l'équipe TIC de Rennes et Rennes Métropole (Xavier Crouan et Hugues Aubin) et de son partenaire In Cité Solution (Amiel Lavon) a annoncé la mise à disposition prochaine de ses données dans "l'entrepôt" des données publiques rennaises. Au programme : données chaudes (vélo en libre service Star : données géolocalisées et dynamiques ; fonctionnement des ascenceurs, etc.) et des données froides (information théorique horaire, "qu'on espère voir se réchauffer"). Les données seront diffusées sous licence Creative Commons (Paternité et Usage non-commercial). L'opérateur envisage des comptes "premiums" pour un usage commercial. Les modèles restent à définir et les élus trancheront.

En outre, Keolis lancera en mars-avril un concours de projets d'exploitation de ses données autour des questions d'intermodalité ou d'accessibilité - à l'image de l'initiative MassDOT, modèle du genre dans le domaine des données publiques. Cerise sur le gâteau, l'API elle-même de la plateforme d'accès aux données sera en Open Source, afin que d'autres acteurs se saisissent aisément de l'outil.

 

Quels services peut-on attendre de ces données ? Constat partagé : la donnée transport ne se suffit pas à elle-même. Pour proposer un service véritablement "sans coutures", celle-ci doit être mixée, "mashupée" avec d'autres données : offre marchande, accidentologie, climat, places de stationnement, accessibilité pour les PMR..., ces dernières peuvent provenir d'autres institutions et des usagers eux-mêmes : édition de données, systèmes d'évaluation ou de commentaires, etc.

Le débat dérive sur la visualisation des données, et donc la carte, sujet inévitable lorsque l'on parle de mobilité. 30% des gens ne sauraient pas lire une carte, selon l'enquête Keolis Keoscopie 2007 ; dès lors, la créativité des développeurs doit s'attacher à proposer d'autres représentations de l'information. Faut-il vraiment passer par la réalité augmentée ? En revanche, la question du temps est essentielle. Comment introduire cette variable, et faire coïncider nos emplois du temps avec les données ainsi remixées ?

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

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