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"Désacralisons la vitesse des transports !"
22 07/09
Ce n'est pas en allant vite qu'on gagnera du temps. Les automobilistes en ont fait depuis longtemps le constat. Pourquoi en serait-il autrement dans les transports publics ? Le magazine Ville Rail & Transport du 17 juin 2009 donnait la parole à Marc Wiel, urbaniste et spécialiste du lien entre urbanisme et transport. Sa lecture du Grand Paris propose de reconsidérer la prépondérance de la vitesse dans les transports. Elle annonce, en filigrane, la nécessité penser la "maîtrise d'usage" des infrastructures comme préalable aux développements des réseaux.
"La consultation du Grand Paris a permis de vérifier les limites de la compréhension des rapports entre les politiques de transports et d'urbanisme", assène-t-il d'entrée. Cette limite tient à la priorisation des transports publics rapides. "Nous avons pris l'habitude de considérer que la finalité principale des déplacements résidait dans les opportunités de gagner du temps sur les trajets, ou du moins de ne pas trop en perdre". L'urbaniste y décèle un impact sur le cercle vicieux de la flambée foncière, "la compétition entre les territoires étant plus forte avec la mobilité facilitée"... ce que "toute la culture technique des gestionnaires de mobilité tend à ignorer". Le même urbaniste fait dans le même temps le constat de la permanence du délitement urbain.
En clair, on n'a pas su maîtriser les variables qui déterminent l'écartèlement habitat-emploi et on a laissé à la maîtrise de la vitesse par les infrastructures dicter la localisation résidentielle des salariés. Conséquence : "tout fonctionne à la limite du supportable, mais tout fonctionne". Pour combien de temps ? "Il devient nécessaire de mettre au point des fiscalités de la mobilité et des localisations qui jouent un rôle de régulation". Evident, rappelle Marc Wiel lorsque le prix des terrains représente 56% de la valeur d'un logement en 2007, contre 20% en 1978.
La taxation des plus-values immobilières doit financer l'aménagement pour, en creux, réduire les besoins de mobilité. La logique frise aujourd'hui l'absurde : l'on finance avec ces taxes le surcroît de mobilité (infrastructures de transport rapides) qui, insidieusement, "va majorer ces mêmes plus-values" et donc "réduire la capacité d'aménagement"... pour finalement "relancer les besoins de mobilité". La démonstration est fait du "contre-sens généralisé", symptomatique du cercle vicieux dans laquelle la ville s'est enfermée.
Le mot de la fin résume tout : "Ce qui rend la ville invivable est bien de toujours vouloir résoudre les difficultés de l'aménagement par la mobilité au lieu de l'inverse". Pour sortir du paradoxe, il faut réguler les usages, autrement dit mieux maîtriser l'élasticité des déplacements, donc des infrastructures et par conséquence des deux ressources maîtresses, le temps et le territoire.
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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

