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De la folksonomie aux "folksotopies", éditer la ville


01 09/09 de Philippe Gargov

Qui indexe l'information diffusée sur le web ? Qui classe, identifie, renseigne cet océan de contenus ? On serait tenté de répondre "Google" et ses algorithmes surpuissants. C'est vrai, mais incomplet. Grâce aux tags, les internautes étiquettent billets de blogs et articles de presse pour leurs pairs. Ce mode d'archivage porte un nom, la "folksonomie".

 

Le néologisme désigne une classification de l'information par les gens ("folks"), révélation d'autres consommations de médias, produits et services. Un achat sur Internet sera ainsi influencé par les recommandations d'autres utilisateurs. Côté médias, idem : De plus en plus de gens choisissent des filtres sociaux pour leur information [...] Quand quelque chose me parvient, il a été approuvé par ceux à qui je fais confiance, rappelle le bouillonnant Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired. Propulsée par les moteurs de recherche de Twitter ou Facebook - mais surtout par hybridation des différents réseaux -, "l'information sociale" fait son chemin.

 

Le phénomène ne se cantonne pas aux territoires virtuels. Parallèlement aux tags du web, les tags de ville ont révélé l'appétence des citadins à "éditer l'espace". Un commentaire sur la pizzeria du coin ? Une anecdote sur la façade d'un immeuble ? Les citadins étiquettent et renseignent l'espace grâce à divers outils géolocalisés, tels ceux qu'imaginaient les étudiants de l'ENSCI - auteurs des images qui illustrent ce texte - dans le cadre du Programme Villes 2.0. (les projets sont repris dans l'ouvrage Le 5e écran). La ville devient : un livre ouvert avec HomePage et même une n'Autre ville grâce aux collaborations partagées des citadins.

 

Projet HomePage

© ENSCI : Flavien Berger

 

Un néologisme en appelle un autre : pourquoi pas les "folksotopies" pour désigner ces territoires augmentés par les contributions d'autres urbains ? Un environnement à la fois collectif et individuel ; entièrement "cliquable", la navigation s'y fait entre des hyperlieux, par analogie aux hyperliens du net. La problématique est alors identique à celle formulée en introduction : comment s'y retrouver dans cette infosphère en effervescence ?

 

Espaces physiques, espaces virtuels

© Collectif Imaginario

 

Le mobile vient à la rescousse. De nombreuses applications voient le jour pour accompagner le nomade dans cette navigation complexe. On se souvient de Wikitude : regardez le paysage, Wikipedia se charge de vous renseigner. Les applications plus récentes misent sur les conversations Twitter pour augmenter la valeur informationnelle de l'espace. Avec TwittARound, on accède in situ aux "bruits" laissés par des conversations Twitter précédant notre passage. La consommation de la ville s'étend, via l'écran du mobile, à ce brouhaha social et souvent informel. Comme le résume Dominique Cardon, sociologue chez Orange Labs, à propos de la Sekai Camera (second prix de l'innovation Net Explorateur 2009) : Les technologies vont nous permettre de mettre un écran entre nous et le monde. Cet écran ne nous sépare pas de la ville : au contraire, il nous offre un nouvelle espace à consommer, celui d'une ville bavarde à redécouvrir.

 

Commentaires

02 09/09 de Groupe Chronos

Merci :)

Je n'ai pas insisté dessus dans le billet mais ce commentaire m'en donne l'occasion : cette idée des folksotopies s'inspire grandement de vos analyses, notamment sur les "hyperlieux". Pour les lecteurs intéressés, un lien des plus complets : http://fverron.blogspot.com/2009/06/lapres-web-2-0-le-grand-virage-est.html . Je vous remercie pour cette inspiration.

Le néologisme proposé ici traduit une évidence, celle de l'hybridation croissante entre espaces physiques et virtuels. A ce sujet, on pourrait discuter de la pertinence du terme "réalité augmentée", puisque l'expérience virtuelle est aussi une "réalité". Pour revenir à notre sujet, on peut s'amuser à imaginer mille autres néologismes pour exprimer nos observations (qui sont aussi des intentions) : des "folksutopies" pour instruire le réenchantement de la ville par ses usagers, des "folksotropies" pour rappeler que la tribu affinitaire est devenu le modèle d'organisation de la cité.... etc :)

Enfin, ça sera pour un autre jour ! Merci pour votre commentaire, et à bientôt.

Philippe Gargov

01 09/09 de François VERRON

J'aime beaucoup votre idée de folksotopies qui témoigne bien de l'impact de l'acculturation 2.0 amorcée dans le web ( folksonomie, logique ugc et logique affinitaire) sur les espaces rééls cliquables et interconnectés . Ce que je développe autour de la notion d'hyperlieux ( http://fverron.blogspot.com/) . Nous sommes en complète convergence de vue ! :-)

Merci pour cet excellent billet.

A bientôt.

 

Présentation du groupe Chronos

Chronos est un cabinet d'études sociologiques et de conseil en innovation qui observe, interroge et analyse l'évolution et les enjeux des mobilités.

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