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Temps réel - Comment passer de la "voiture à vivre" à la "voiture vivable" ?


19 11/09 de Philippe Gargov

Suite de notre compte-rendu live du colloque "Demain, la voiture servicielle".

Que perd-on, que gagne-t-on à la voiture intégrée ? Repenser l'automobile impliquera forcément des dialogues à inventer entre acteurs historiques et nouveaux opérateurs de mobilités. Comme le montrera le débat qui prendra place sur la scène de cette troisième et dernière table ronde, la question est loin d'être réglée.

Guillaume Saint, directeur du département automobile de TNS Sofres, propose de lancer la réflexion à partir des imaginaires automobiles. "La voiture fait-elle encore rêver ?" Les contraintes de la société amènent à davantage de rationalité face à la "valeur émotionnelle" de la voiture (plaisir et liberté), qui perd du terrain dans les enquêtes. "Nous sommes dans une période de remise en question de l'automobile". Dès lors, "comment passer du conducteur individu au conducteur citoyen" et responsable ? "La voiture doit avant tout être une réponse aux besoins de déplacements", disponible immédiatement, modulable et surtout peu coûteuse sans oublier que pour les Français, la "voiture idéale reste un objet de plaisir individuel".

 

Pascal Feillard, responsable de la prospective automobile clients marchés chez PSA Peugeot Citroën est le seul constructeur intervenant. "Au-delà de la voiture à vivre et de la voiture vivable, nous proposons la 'voiture vitale'. Le challenge, pour un constructeur, est de continuer à fournir un objet de mobilité individuelle" en y injectant des valeurs en phase avec les nouveaux imaginaires des usagers. Le ton est donné dans ce "mobilité individuelle" qui initie le débat : "les constructeurs font de la résistance", s'amuse le fil Twitter de Mobizen. Jean Ghédira, directeur écomobilité et innovation de SNCF Proximités, répond : "Il faut casser la vision que l'on a de la mobilité" et "penser de manière globale. Parions sur l'intelligence du citoyen" - et sa rationalité économique -, qui s'orientera vers le mode qui convient le mieux à son déplacement. Pascal Feillard n'abandonne pas : "La mobilité, c'est de la mobilité individuelle et automobile pour 80% des déplacements". L'enjeu est là - aux constructeurs de proposer un objet automobile suffisamment flexible et moderne pour y répondre.

 

André de Marco, directeur de la stratégie à la Fondation Nicolas Hulot, écoute cette dernière contre-offensive. "En vérité, les esprits des constructeurs n'ont pas changé. Il faut pourtant arrêter de penser la voiture comme un objet de plaisir". La salle s'anime. Pour Isabelle Torelli de Renault, il faut relativiser. "La vocation historique des constructeurs est de vendre des voitures, et on ne pourra pas changer de modèle comme ça. Mais leur participation à ce colloque ou à des clusters atteste de leur engagement sur la piste servicielle. De plus, l'autopartage n'est pas incompatible avec la voiture plaisir, et c'est justement ce que soulignait Robin Chase dans sa présentation".

 

Mais selon Gabriel Plassat, du département transports et mobilités de l'Ademe, "il y a une scission entre les véhicules émotionnels et les véhicules fonctionnels". Pour autant, "l'objet auto reste le plus performant" pour répondre aux besoins de mobilité. Le débat se recentre temporairement sur les progrès des moteurs en matière environnementale. Gabriel Plassat y met rapidement un terme : "le problème n'est pas que les véhicules soient éco-performants, mais qu'ils sont mal utilisés". En effet, l'auto propre - électrique ou non - ne résoudra pas les maux de l'auto-immobile : congestions, occupation de la voirie... Dans le public, un représentant de Veolia interpelle la salle : "Il y a un pays où la voiture est vivable : le Japon, et notamment Tokyo". Les moyens sont drastiques : il est impossible de posséder une voiture si l'on ne justifie pas d'une place de parking ; les transports collectifs sont extrêmement performants ; les flottes de taxis très accessibles. Pourquoi ne pas s'en inspirer ? C'est peut-être ça, l'avenir de l'automobile.

 

Au "choc des cultures, entre une ancienne et une nouvelle modernité, presque un combat idéologique". Jean Ghédira répond, "Autolib peut être le vecteur de cette nouvelle modernité". La voiture d'Autolib sera partagée, électrique, en one-way. Et devrait mettre les acteurs en collaboration, en atteste le groupement SNCF-RATP-Avis-Vinci qui intègre une chaîne des acteurs de l'automobile et du déplacement. La conclusion viendra de Gabriel Plassat : "La voiture fait partie du système de mobilité. Il faut la y intégrer. C'est une chance pour les constructeurs, les opérateurs, les citoyens et l'environnement". Mais il ajoute : "Si l'on exclut les citoyens on échouera, si on ne change pas le modèle économique on échouera".

 

Retrouvez l'ensemble des compte-rendus en temps réel :

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