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Retour sur le Forum Vies Mobiles #1 - Le périurbain, une maladie fantôme ?


28 01/13 de Charles Capelli

 

Pourquoi convoquer la Fibromyalgie pour traiter du périurbain !? La fibromyalgie est une maladie rhumatismale dont la singularité est de ne pas présenter d'anomalies médicales. En d'autres termes, une maladie fantôme reconnue par l'OMS depuis 1992... mais que la France ne référence pas. Il faut entendre que le périurbain serait une maladie à curer au plus vite pour construire la ville dense, durable et saine. Est-ce bien de cela qu'il s'agit ! C'est un peu court. D'autres pays intègrent cette problématique dans la planification du territoire quand l'imaginaire français du périurbain se nourrit plutôt de séries télévisées pour construire sa vision et sa stratégie.

Premier retour sur le Forum Vies Mobiles organisé les 25 et 26 janvier. Quatre demi-journées de débats présentées dans une série de trois billets (le deuxième est accessible ici : "Les mobilités dans le périurbain. Comment habiter "l'entre-deux" ?").
A lire aussi sur le sujet notre dossier "Le périurbain, ou comment inventer la ville à la campagne".

 

Le périurbain : qui c'est celui-là ?

 

Le périurbain. De quoi parle-t-on ? Statistiquement, l'INSEE définit cet espace comme étant l'ensemble des territoires extérieurs à la ville (son périmètre se délimite par la rupture de continuité du bâti) où 40 % de la population active résidente travaille dans la ville-centre ou dans les autres communes périphériques de l'aire urbaine*. Pour caricaturer, ce sont les villages, bourgs ou petites villes (qualifiés auparavant de campagne ou rural) dont les habitants travaillent dans l'agglomération principale. Pourquoi périurbain et pas rural ? Parce que les relations sociales sont différentes. La société rurale fait référence au voisinage, au contraire de l'urbain. L'exercice de définition trouve ses limites dans l'âpreté des débats sur le sujet.

 

La maladie de la métropolisation

 

L'imaginaire relatif à ces territoires périphériques est entretenu par les médias souvent pour le pire : espaces vides, insécures, symbole du conformisme, de la société de consommation, etc. Cet imaginaire lutte avec l'idéal de la ville durable et dense. L'étalement urbain mis en relation direct avec le périurbain est stigmatisé. Cette pandémie du territoire grapillerait l'espace agricole en artificialisant la campagne de façon anarchique. Vrai ou faux ?

 

Peu de problèmes, beaucoup d'opportunités !

 

On en revient alors à notre Fibromyalgie : la pandémie est-elle réelle ? Rien n'est moins sûr. Selon Jean-Michel Roux - précurseur à l'origine du concept de "rurbain" en 1976 - sur 700.000 ha. artificialisés chaque année en France, 12.000 concernent le périurbain. Par ailleurs, la représentante de Carbone 4 - spécialiste du développement durable - rappelle que l'habitat pavillonnaire typique de ces territoires produit une empreinte carbone proche en moyenne des bâtiments des villes-centres. Au contraire, les espaces verts privés (potagers, jardins) et les surfaces des toits des habitations offrent un potentiel de production d'énergie supérieur ! Finalement, le périurbain serait possiblement plus durable que l'urbain ; d'autant qu'Hélène Nessi, du bureau de recherche 6-t, souligne que la somme des mobilités (loisirs et travail) dans les deux types d'espaces est sensiblement homogène. Il y a donc moins de problèmes que de solutions. Reste à savoir qui apportera les solutions et comment. Nous reparlerons des capacités d'auto-organisation des habitants et des politiques publiques/ ou leur absence, pour la planification et l'aménagement des espaces périphériques.

 

* Suite au commentaire de Arnaud Clavel de Keolis, nous précisons que la définition de l'espace périurbain de l'INSEE est construite non seulement avec la population active résidente qui travaille dans la ville-centre comme nous l'avons dit, mais aussi avec la population qui travaille dans les autres communes de l'aire urbaine.

Commentaires

18 02/13 de François Serve

Quote: "Selon Jean-Michel Roux - précurseur à l'origine du concept de "rurbain" en 1976 - sur 700.000 ha. artificialisés chaque année en France, 12.000 concernent le périurbain."

A quoi correspondent les 688 000 Ha de différence ? Si c'est à des activités en lien avec le périurbain (par exemple des infrastructures routières ou des centres commerciaux), on se mord la queue.

Si c'est autre chose (mais quoi ?) alors, ce nombre est très étonnant, où peut-on en trouver une explication ?

Merci d'avance pour votre réponse.

08 02/13 de Arnaud Clavel

Bonjour !

cela fait plusieurs fois que je vois apparaitre cette erreur ici dans la définition du périurbain ; ce n'est pas 40% de la population active de la commune qui travaille dans la ville-centre.

Une commune périurbaine est une commune qui appartient à la couronne périurbaine, qui est l'ensemble des communes de l'aire urbaine à l'exception du pole urbain (unité urbaine qui concentre les emplois). Les 40% concerne l'aire urbaine dans son entier, et pas uniquement la ville-centre. Ce qui fait que la construction INSEE de l'aire urbaine se fait via un programme assez compliqué car la méthode est récursive...

http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/commune-periurbaine.htm

Cela fait une différence très importante en terme de mobilité : les déplacements se font non seulement vers la ville centre qui effectivement concentre beaucoup d'emplois, mais aussi vers les communes périphériques, du fait de la périphérisation des emplois, et donc, par construction, aussi dans le périurbain.

28 01/13 de Guillaume C.

"...l'habitat pavillonnaire typique de ces territoires produit une empreinte carbone proche en moyenne des bâtiments des villes-centres." Sauf que l'habitat pavillonnaire est par définition monofonctionnel. On y habite, pour ne pas dire on y dort. Accéder au moindre service nécessite le plus souvent une voiture et cela augmente significativement l'empreinte carbone de ces espaces. C'est d'un manque, voire d'une absence de fonctions interconnectées (et donc d'urbanité) dont souffre ces territoires. Mais leur potentiel est énorme : il "suffirait" d'y insérer de l'urbain pour qu'ils se révèlent comme l'avenir de la ville durable.

 

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Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, les territoires, le numérique et le quotidien.

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