Blog Chronos
Qui est propriétaire du monde ? English summary
25 12/08
Des centaines de milliers de joueurs retournent plusieurs fois par jour sur une carte du bout du monde (Virtual Regatta), vierge de tout carrefour, libéré de tout dénivellé, et sur laquelle on cherchera vainement la moindre architecture ou végétation, ni rue, ni monument, seuls les mouvements du vent et celui des vagues et un bateau sur la carte qui grignote des miles. Ils en jouent sur leur PC et leur mobile. Comme le Tamagoshi qu'il fallait nourrir, le mouvement est compulsionnel qui renvoie 300.000 joueurs sur la table à carte pour vérifier leur course, régler les voiles, corriger l'allure. Libération raconte ce jeu, joyeux reflet d'un carte désormais bien ancrée dans le quotidien. La carte est partout, dans les jeux, dans les services, dans les informations, dans l'organisation des mobilités et des rencontres.
Les Google, Nokia, Yahoo! et autre Tom Tom ne cessent d'affûter leurs solutions. Trendwatching parle de mapmania comme l'une des tendances de l'année 2009. Ce n'est pas une révélation. Chronos se fait constamment l'écho de cette progression des usages (La carte, des territoires et des quotidiens à inventer). La question est plutôt de savoir ce que masquent les déambulations dans Google Street View et des mashups entre cartes et réseaux sociaux (Loopt, Brightkite ou Whrrl). Nous sommes face à un phénomène aux ressources inépuisables et aux perspectives innombrables. Mais une question taraude. La carte n'a de sens que par rapport aux données et plus on avance, plus on réalise que la donnée est une matière très palimpseste et un article rare. Les événements vont et viennent, les perturbations surgissent puis disparaissent, les rencontres se font et se défont et même le paysage change. Certes, le fond de carte reste le plus souvent imperturbable, mais tout ce qui vit change. Comment tenir la carte à jour, mission impossible ? En tout cas, les fournisseurs de données n'y suffisent plus. Le salut est-il dans les contributions individuelles ? autre tendance lourde. Lancée en 2004 au Royaume-Uni pour faire face aux restrictions d'utilisation des données publiques, Open Street Map est un wikipedia cartographique, où chaque utilisateur peut éditer un fond de carte commun. Fort de 80 000 contributeurs (Open Street Map's Growth), le succès croissant du projet tient dans sa philosophie. Les cartes proposées par OSM sont entièrement libres de droit. La croissance du petit dernier incite même les plus grands à évoluer. Ainsi, Google a lancé en juin dernier Map Maker, pour que les utilisateurs puissent éditer les régions non ou mal cartographiées (Google's Ever-Expanding Geo Investment). Mais ces cartes restent la propriété de Google, au grand dam des supporters de l'Open Source. Comment réagiront les utilisateurs ? Si l'envie de collaborer à l'écriture du monde est séduisante, les néo-cartographes attendent un "retour sur investissement" que Google n'offre pas. D'autant que la résistance à Google s'organise sur un autre front, le respect de la vie privée (Japanese group asks Google to stop map service) et d'autant que se profile en arrière plan les enjeux considérables des traces (Vous êtes capteur, donnée et exploitant).
Qui est le propriétaire des données cartographiées ? Qui, des utilisateurs ou des opérateurs, sera le "propriétaire du monde", celui qui détient des droits sur la carte du globe ? InternetActu s'en est fait l'écho sous le titre "Les joyaux de la couronne n'appartiennent à personne". Gilles Barbier, directeur et co-fondateur de DisMoiOù affirme dans nos colonnes une position radicale : l'information générée par l'utilisateur a cessé d'être propriétaire. Google continue pourtant de privatiser des données produit par les usager et pourrait même s'en servir comme monnaie d'échange dans son partenariat avec Tele Atlas. L'opérateur cherche à obtenir le beurre et l'argent du beurre au mépris d'une contribution collaborative gratuite. Est-ce tenable ? 2009 sera-t-elle l'année de la wikimap ?
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Présentation de Chronos
Chronos est un cabinet d'études et de prospective dont les travaux s'articulent autour de quatre grands thèmes : les mobilités, la ville, le numérique et le quotidien.

