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Quand les sons de la ville font sens


26 04/13 de Elisa Mendoza

 

 

Quel rôle les sons jouent-ils dans notre perception de l'espace urbain ? Comment nous aident-ils à nous repérer, à nous déplacer ? Au début du 20e siècle, le sociologue Georges Simmel expliquait que dans les grandes villes modernes, la vue est le sens le plus sollicité par le paysage et dans les interactions avec les autres [1]. Pourtant, nos oreilles ne cessent d'être à l'écoute des sons de la ville. Ces "bruits ordinaires" sont considérés comme des nuisances, des repères ou des sources de plaisir, c'est selon. Deux Français sur trois se déclarent gênés par les bruits lorsqu'ils se trouvent à leur domicile, singulièrement la circulation routière et les bruits du voisinage. [2] Pour 92
% des Français, le premier motif d'altération du sommeil relève de 
nuisances
 sonores 

provenant de l'extérieur, 
dont 
61
% 

sont 
liées
 aux 
transports,
et 
en 
particulier 
aux voitures 
(82
%) [3].

Pourtant, la distinction entre le "son agréable" et le "bruit gênant" ne dépend pas uniquement des mesures acoustiques en décibels. Dans les années soixante, le compositeur Murray Schafer formulait la notion de "paysages sonores" (soundscape), à partir d'un constat : les appartenances sociales et culturelles sont des critères d'évaluation d'un son agréable ou parasite. Après avoir mené des enquêtes dans différents pays, Schafer note des différences liées aux contextes dans la perception des sons. Il montre par exemple que si les Canadiens trouvent le chant des oiseaux agréable et ne supportent pas le bruit des machines, les Jamaïcains, en revanche, détestent certains bruits d'oiseaux et restent indifférents au bruit des machines, des avions et de la circulation [5].

 

Revue Ile de France. No 45 Février 2013

 

 

Cet exemple radical soulève un enjeu. Comment savoir quelles sonorités protéger et lesquelles chasser ? Que recouvre l'idée d'une ville moins "bruyante" ? Depuis presque 20 ans, les études réalisées par le Centre du Centre de Recherche de l'Espace Sonore et de l'Environnement (CRESSON), à Grenoble, soulignent l'importance d'analyser la perception sonore et ses usages in situ afin d'intégrer le point de vue sensoriel des citadins. De ce constat sont nées des méthodologies comme les parcours commentés et l'analyse des ambiances, qui dépassent la simple mesure en décibels pour s'intéresser à la façon dont les sons sont reçus.

 

 

La ville intelligente est-elle silencieuse ?

 

http://www.bruitparif.fr/ouverture-de-l-espace-cartographique

 

Dans la ville, le bruit fait l'objet d'une surveillance des pouvoirs publics et d'une lutte administrative. En France les réglementation contre le bruit comprennent différents aspects (logement, travail, transports, espace public). Dans plusieurs villes européennes, des actions sont consacrées aux bruits produits par les transports et la circulation. A Barcelone, un plan d'action de réduction de la pollution sonore d'ici 2020 se concentre sur les zones de mobilité, d'aménagement urbain, de services et d'activités. En Ile-de-France, la cartographie du bruit ou les initiatives de mesure en temps réel, comme Rumeur, renvoient à une acception techno-centrée de la ville intelligente, équipée de capteurs. Si la mesure des nuisances est importante, cette chasse au bruit soulève des interrogations. Quel sera le rôle des habitants ? Se contentera-t-on des capteurs au détriment des opinions des citadins ? Tous les habitants de la ville ne vivent pas les sons de la même manière. Par exemple, une voiture qui ne produit plus de sons serait imperceptible pour un mal-voyant ou un passant distrait au moment de traverser.

 

Quel son pour la voiture électrique ? (Source : GreenPod)

 

Plus largement, les débats sur le tapage nocturne et la place de la fête dans la ville soulignent les enjeux sociaux et politiques de la gestion du bruit. Passer à une seconde génération d'intelligences, c'est adresser la problématique avec une vision sociétale, en s'intéressant à la perception et aux usages des habitants.

 

 

 

http://www.20minutes.fr/societe/905027-patrouilles-clowns-mimes-eviter-tapage-nocturne

 

La ville de Paris teste un dispositif où des artistes interviennent de façon ludique auprès des fêtards...

 

 

 

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