Editer l'espace public
29 01/09
Appelons "tag de ville" l'ensemble des signes urbains, officiels ou non qui guident ou nous interpellent au long de nos parcours et définissons comme "l'éditorialisation de la ville" le produit des contenus qu'ils générent. Concentrons-nous ici sur la partie officieuse de l'affaire, sur les empreintes laissées volontairement par qui entend marquer l'espace de son sceau. Regardons plus précisément comment, de l'Hudson à la Seine, les aller-retours entre artistes et citadins créent un espace de dialogues inédits revisitant nos perceptions de la ville.
Les Waterfalls d'Olafur Eliasson sont d'immenses cascades installées dans la baie new-yorkaise. Face à ce gigantisme, on s'étonnerait presque de l'humilité du créateur : "Ce n'est plus mon oeuvre, c'est votre oeuvre" (Waterfalls Economic Impact Report). Olafur Eliasson vise juste : de juin à décembre 2008, les touristes et citadins ont posté plus de 6000 photos géotaguées, 200 vidéos et 1200 articles répercutant l'oeuvre. La révolution n'est pas dans l'ampleur du contenu produit par les usagers mais dans l'acceptation d'une nouvelle donne : l'espace public est publié conjointement par les passants et l'artiste. Les spectateurs deviennent exposants, les citadins interviennent dans la création. C'est le propos par Anthony Townsend (Augmenting public space and authoring public art : the role of locative media) avant de conclure : l'étape suivante de la création urbaine est celle qui permettra aux passants d'interagir concrètement avec l'espace public (en publiant leurs contributions sur un écran public Citywall, par exemple).
Changeons d'échelle et penchons-nous sur le macadam parisien. DCODD est un projet de vidéos géolocalisées conçu par le collectif Microtruc (via Fluctuat.net). Le principe est simple, nomade et urbain : des codes 2D (codes-barre nouvelle génération) sont tagués sur les trottoirs ; en les photographiant avec votre mobile, vous recevez en retour une vidéo spécifique au lieu où vous vous trouvez (retrouvez les vidéos en question sur la chaîne Youtube du collectif). L'expérience est contextualisée : l'oeuvre ne prend de sens que lorsqu'elle confronte l'environnement réel à son interprétation par l'artiste. L'espace public est cette fois publié de manière active conjointement par l'artiste - qui tague la ville - et par le nomade, dont le regard change après l'expérience. Passants et artistes font jeu égal pour donner un nouveau sens à l'espace public. C'est la Nuit Blanche au quotidien, la réappropriation de l'espace public via la publication artistique.
Pour prolonger cet article, le Master Projets Culturels dans l'Espace Public propose, en partenariat avec le magazine Stradda, un cycle de rencontres du 30 janvier au 13 mars. Art urbain, fabrique de l'urbanité et ville mobile, un programme excitant.


